19.05.2010
Musa Selimi, coup de cœur ou coup d’intox ?
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 19 mai 2010)
Chacun a droit à un procès équitable. Même la Suisse. Ce ne fut pas le cas lors de la mise en accusation, par Kosovar genevois interposé, de la Suisse, de son droit et de ses juges dans la presse de la semaine passée. La poussière retombée, je le regrette pour ceux qui, de bonne foi, se sont laissé piéger. Musa Selimi est un clandestin qui a une bonne tête, le candidat idéal au casting des bons sentiments. Et puis, personne ne le conteste, sa situation est absurde. Il doit partir alors que, comme des milliers d’autres clandestins, ses deux enfants fréquentent l’école genevoise et que lui-même travaille. Dans un restaurant italien des Eaux-Vives où il donne satisfaction avec ce bonheur supplémentaire et décisif de compter parmi ses clients un chanteur populaire amateur de coups de cœur. Pour autant, son cas ne relève en rien du cas de rigueur.
On le sait, les rigueurs du droit suisse des étrangers n’imposent pas d’arracher quelqu’un, fut-il clandestin, d’un lieu où il a fait de solides racines pour l’expédier en un autre lieu où il n’en aurait aucune. La loi prévoit au contraire expressément le cas du clandestin de longue durée qui fait son « coming out » et voit son cas régularisé s’il démontre qu’il s’est intégré en Suisse, essentiellement par le travail, en même temps qu’il s’est désintégré de son pays d’origine avec lequel il n’a plus d’attaches, en particulier familiales. Lorsqu’en 2004, Musa Selimi recourt à cette disposition pour déposer à Genève sa demande de régularisation, il a une femme et deux jeunes enfants qui vivent au Kosovo où ils sont nés au début des années 2000. C’est dire qu’il entretient alors avec son pays d’origine des liens objectivement très actuels et très étroits. Conscient de la contradiction, Musa se présente aux autorités comme un homme sans famille vivant et travaillant en Suisse depuis les années 1990. Puis, en 2005, il fait venir clandestinement à Genève sa femme et ses enfants. La chose apparait, semble-t-il, en 2007. Le Tribunal administratif rend alors la décision qui s’impose : le cas de Musa Selimi, qui a violé son obligation de collaborer loyalement à la procédure, ne relève manifestement pas du cas de rigueur.
A l’époque, sa famille ne vit en Suisse que depuis deux ans. Je sais, la version « coup de cœur » était meilleure pour l’audimat, croyez bien que je le regrette.
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26.04.2010
Le gnome d’Appenzell, la crise et la sphère privée
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 9 avril 2010)
Forcer la plus grande banque suisse à pulvériser le secret bancaire, avec l’absolution de la Finma et la bénédiction du Ministre suisse des finances, l’administration US a fait très fort. Les gnomes de Zurich restés sans voix, c’est à un arrêt du Tribunal administratif fédéral que l’on doit la première sortie, partielle, du coma institutionnel : l’accord UBS-USA est grossièrement illégal. Cela allait sans dire. Mais tellement mieux en le disant ! Et voilà que de son sac à malices, le gnome d’Appenzell sort de nouvelles facéties: abracadabra, que le parlement blanchisse rétroactivement l’acte illégal tout en l’appliquant de manière anticipée à titre provisoire ! Source d’inspiration inépuisable pour les scénaristes de « Retour vers le futur », la dernière trouvaille du ministre fait aussi progresser les consciences. Sous la coupole, on comprend mieux : l’iceberg est devant nous et non derrière. Sauf à faire machine arrière, toute !, nous passerons par le fond. La formule prononcée le 13 mars 2009 à l’OCDE (fin de la distinction suisse entre fraude et soustraction) a déclenché une suite d’inéluctables défaites : car la Suisse y a renoncé à sa souveraineté juridique, à son droit d’avoir un droit.
Que reste-t-il alors à négocier ? Que reste-t-il pour négocier ? Rien, sauf à reconstruire d’urgence les remparts détruits. En commençant par la pierre angulaire du système suisse : la sphère privée. Sous la pression conjuguée des nouvelles technologies et d’une prolifération d’ accords internationaux, les garanties que la Suisse a jadis offertes à la sphère privée se sont évaporées. Les récents développements internationaux dans le domaine patrimonial ont débouché sur une mutation de notre système immunitaire. Qui était censée ne toucher que les contribuables étrangers. C’était bien sûr impossible, on commence enfin à le comprendre. Chaque citoyen est visé par un changement qui remet en cause la nature-même du rapport des Suisses avec leur Etat. Les Suisses sont unanimes à rejeter l'idée d'un Etat fouineur. Quand bien même il leur arrive de diverger quant aux domaines où la protection de la sphère privée doit être le plus fortement affirmée, ils souhaitent tous conserver un rapport à l'Etat qui soit fondé sur la bonne foi, présumée de part et d'autre. Or c’est ceci qui est atteint. Un vaccin est possible. Il doit être constitutionnel : dire dans la loi fondamentale ce qu'au XXIème il faut entendre par "sphère privée". Cette sphère que les gnomes ont saccagée. Que les Suisses doivent restaurer : http://www.parlament.ch/F/Suche/Pages/geschaefte.aspx?ges...
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23.04.2010
De la « démocratie » en économie ?
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 23 avril 2010)
Or donc, les actionnaires d’UBS ont refusé la décharge. Un grand moment de ferveur, éditoriale, accessoirement populaire. Une révolte mais pas une révolution. Encore moins l’indice de cette «démocratie économique» qu’un Christian Levrat en mal de grand soir appelle bruyamment de ses vœux creux. L’exceptionnelle assemblée générale constitue en revanche une démonstration. Utile, précieuse même. En montrant que le résultat des votes d’assemblée peut être nettement différent, selon que l’ensemble des actionnaires sont mobilisés et prennent la peine d’exercer leur droit de manière effective ou que, comme cela se fait d’ordinaire, ils y renoncent en laissant à une nomenclature proche des directions d’entreprises le soin de voter à leur place. C’est là précisément la thèse de l’initiative Minder «contre les rémunérations abusives»: rendre obligatoire la participation des actionnaires aux assemblées, au besoin par le biais du vote électronique, et abolir le règne des prête-noms. Mettre fin aux directions sans contre-pouvoir et aux systèmes de rémunérations à gogo qui en découlent par la restauration d’un contrôle effectif de la S.A. par ses légitimes propriétaires, les actionnaires. L’exception UBS, célébrée à tort cette semaine comme une révolution, deviendrait ainsi la règle.
On relève au passage cette ironie qui veut que ce soit à l’idée de «share holders value» que l’on doive ce système de rémunérations en self-service dont Thomas Minder invite les actionnaires précisément à prononcer l’oraison funèbre. Au nom de la morale, plus que de la «démocratie économique» à laquelle il ne croit pas.
Les assemblées d’actionnaires ne seront jamais à la démocratie que ce que le suffrage censitaire est au droit de vote universel. «One share, one vote», en aucun cas «One man, one vote», principe inacceptable en économie. Christian Levrat abuse donc des mots lorsqu’il fait miroiter la «démocratie économique» au bout du chemin. Un argument destiné à donner l’illusion du souffle prophétique à un Parti socialiste qui, depuis des lustres, ne respire plus qu’en vase clos l’air rance de ses idées mortes. Un argument dangereux au demeurant, qui ne manquera pas de se retourner brutalement contre son auteur auquel on reprochera de militer en corollaire pour un droit de vote politique proportionné à la taxation fiscale. Une idée qui pourrait être creusée par d’autres partis, plus proches de l’économie.
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26.03.2010
L’œil état dans la tombe…
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 26 mars 2010)
Après la langue de bois, la gueule de bois. Les chiffres crus de l'Office fédéral des statistiques sont tombés comme une goutte de piment d'Espelette dans la bouche pâteuse d'un lendemain d'hier.
La publication lundi de la première statistique fédérale agrégeant les données policières des cantons pour en tirer l'inventaire systématique du crime en Suisse, infraction par infraction et selon l'origine des prévenus, relègue définitivement les pires fantasmes de l'UDC au rang de rêveries virginales à l'ombre des cerisiers en fleurs.
Sans appel et sans surprise: ceux qui s'identifient le moins au pays sont ceux qui le vandalisent le plus.
La palme revient donc naturellement aux requérants d'asile (généralement faux), avec un score imbattable de crimes et de délits graves. Suivis par les étrangers clandestins, qui commettent plus de crimes et de délits que les étrangers au bénéfice d'un permis de séjour.
Et enfin, même après avoir relativisé le nombre des homicides par celui des infractions routières, les Suisses qui ferment la marche dans les profondeurs du classement.
Le contraire aurait été surprenant tant il est humain de se comporter différemment selon que l'on est placé sous le regard intrusif des membres de la tribu dont on partage l'histoire et les jugements de valeurs ou que l'on se trouve isolé en terrain ennemi avec pour seule boussole les impératifs de sa propre conscience et ceux de la nécessité.
A la guerre comme à la guerre.
C'est le syndrome, connu, du troupeau d'Allemands en goguette abandonnant force canettes sur la plage dalmate des vacances avant de s'en retourner à Munich y poursuivre le tri religieux de ses déchets, tous biodégradables.
Devenu adulte, le petit prince se sent toujours plus responsable de ce qu'il a apprivoisé que de ce qui lui est étranger. On peut le regretter, c'est comme ça.
Les 220 000 signataires de l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers l'avaient compris avant les statistiques: il faut un œil. Soit il est dans la tombe et regarde Caïn.
Soit il porte le képi et la robe du juge.

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10.03.2010
Schizoo

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 10 mars 2010)
Moins on a de rapports avec les animaux, plus on leur déclare un amour passionné. Avec, pour preuve de cet amour, une sensibilité orientée, un discours argumenté, d'apparence logique, mais délirant, soutenu par un réseau d'illusions. Les sociétés avancées développent, on le sait, un rapport à l'animal qui tient de la schizophrénie.
D'un côté, ces animaux de rente (les 99,9% des animaux avec lesquels nous avons commerce), chosifiés, industrialisés, à qui l'on ne demande qu'une seule chose: ne pas ressembler à des animaux.
C'est le cuir des chaussures, la graisse des cosmétiques, les poissons en bâtonnets au détour d'une assiette, toute trace d'empathie bannie, contraire à la consommation.
De l'autre, sans doute par compensation, il y a les animaux de compagnie, une infime minorité, instituée en personnes au point de leur vouloir donner des droits de partie dans les procès pénaux plus étendus que ceux accordés aux victimes, lorsqu'elles ne sont qu'humaines.
L a «schizoophrénie», ce dimanche, n'a pas passé la rampe et c'est tant mieux. L'avocat des animaux ne plaidera pas dans nos vallées. Ne pas se priver pour autant du seul bien qu'aura pu apporter cette coûteuse et vaine campagne: un brin d'introspection sur l'état de notre rapport aux animaux. Trop lointains pour nous toucher ou trop proches pour être vus, les animaux, ni choses ni personnes, nous ressemblent profondément.
Ils interpellent notre histoire, témoins de nos névroses, dépositaires de nos mémoires, «sans les animaux, le monde ne serait pas humain».
Enchaînés, comme nous, au besoin de vivre, le plus, le mieux possible, satisfaire des envies, éviter des souffrances, le plaisir, la peur, la mémoire, des êtres, des lieux, des circonstances, pour y revenir ou n'y revenir jamais, des méthodes, une logique, une pensée.
En les protégeant, c'est de nous que nous prenons soin, à nous que nous faisons du bien. Le lien à l'animal, comme amorce salvatrice d'une réconciliation espérée, avec cet humain malade de ne pouvoir aimer l'homme.
Amour des animaux ou réquisitoire contre l'homme? L'avocat, c'est certain, aurait été mauvais médecin.
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25.02.2010
Minder ou le peuple propriétaire
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 25 février 2010)
C’est sans doute inscrit dans le génome humain : quand tout le monde est propriétaire de tout, personne n’est propriétaire de rien. Et une nomenklatura chargée d’administrer le bien commun se comporte alors propriétaire effectif, la responsabilité en moins, en se goinfrant jusqu’à l’infarctus. Cette démonstration, les socialistes l’ont conduite jusqu’au dépôt de bilan, avec l’Union soviétique en 1991, puis jusqu’à l’asphyxie avec le clientélisme social européen. Or, voici que les dérives du capitalisme boursier en apportent leur propre confirmation. Quand le peuple des actionnaires est si nombreux et si diffus qu’il ne peut s’exprimer, sinon par des représentants bancaires ou institutionnels, la nomenklatura chargée de diriger les entreprises cotées en bourse ne tarde pas à se goinfrer, c’est humain, au nom de la « share holding value ». Socialisme orthodoxe ou capitalisme déviant, la négation des droits et des devoirs du propriétaire est au centre du problème. Elle doit donc être au centre de sa solution. C’est du moins ce qu’en pense, en substance, Thomas Minder et son initiative « contre les rémunérations abusives ». Renforcer les droits et les devoirs des actionnaires propriétaires face à l’administration et à la direction des entreprises cotées. Exiger un vote d’assemblée fixant la rémunérations des organes. Interdire les parachutes dorés. Empêcher la captation des voix par les institutionnels et les « nominee ». En clair, éviter qu’à peine élus, des oligarques cooptés s’empressent de conclure avec eux-mêmes des contrats leurs assurant d’avance des rémunérations garanties sur plusieurs années sans rapport avec les résultats annuels. Sur le fond, l’idée est bonne et répond aux préoccupations populaires du moment. A la forme, la Constitution fédérale n’est pas le lieu d’une codification du droit des sociétés. Tout comme la Constitution cantonale (les Genevois l’ont appris à leur détriment), n’est pas le lieu d’une codification socialiste du droit du logement. Rigide, imperfectible sans un passage devant le peuple, la voie constitutionnelle en ces matières signifie blocages annoncés et effets pervers garantis. Bonne nouvelle, Thomas Minder retirera son initiative si la réforme du droit de la SA préconisée par l’UDC est acceptée. Il suffisait de d’asseoir à une même table. Personne d’autre ne l’a fait. Les socialistes apprécient moyennement. Car ce qu’ils aiment chez Minder, ce n’est pas tant le renforcement de la propriété privée que ces blocages dont ils salivent par avance en contemplant la voie constitutionnelle.

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23.02.2010
Le socialisme appartient au siècle passé
(chronique parue dans le Nouvelliste du 11 février 2009)
Même ses leaders le reconnaissent : le parti socialiste n’est plus en phase avec rien. Il y a l’évolution sociologique, bien sûr, qui fait du PS d’aujourd’hui un parti de bourgeois, bourgeois bohêmes, peut-être, bourgeois quand même. Des notables, instruits, bien placés et bien payés dans lesquels la veuve et l’orphelin emblématiques n’ont pas la moindre chance de se reconnaitre. Mais le pire c’est encore le siècle nouveau, dont la dialectique se passe parfaitement du socialisme qui n’en est ni la thèse et encore moins l’antithèse.
Les temps sont révolus où le socialisme pouvait prétendre incarner à la fois l’idée de progrès et celle de protection sociale. Car l’idée de progrès aujourd’hui, et les socialistes y souscrivent sans réserve, s’incarne dans la construction européenne, la primauté du droit international sur le droit des Etats et l’idée corolaire que la souveraineté nationale est soluble dans les perspectives de croissance du PIB. Pour faire sienne cette idée très libérale du progrès, le socialisme a dû répudier sa croyance fondatrice en une justice sociale qui résulterait de la planification étatique des économies nationales et se convertir au dogme des quatre libertés marchandes, circulation des capitaux, des marchandises, des services et des travailleurs, en posant un acte de foi irréversible et suicidaire : postuler que le marché, du seul fait qu’il serait unique, se mettrait à secréter de la protection sociale comme le foie secrète la bile.
Le socialisme appartient aux siècles passés, le XIXème pour la théorie, le XXème pour l’expérimentation. Comme l’insecte enivré de nectar se laisse digérer par la plante carnivore, les socialistes n’ont pas compris ce qui leur arrivait. Ou alors, ils s’en sont accommodés en jouissant des prébendes de l’élite. Ne fréquentant le peuple que lors des élections, qu’ils sont condamnés à perdre avec la régularité d’un métronome soviétique, dès lors que les laissés pour compte de l’ordre libéral qu’ils ont cofondé ont compris que le progrès qu’ils cautionnent consiste pour l’essentiel à priver l’Etat des moyens de protéger les travailleurs contre la malice des temps.
Entre une sociologie qui assèche sa base électorale et un siècle qui liquide son idéologie, le socialisme est déjà un fossile. Les plus grands élans de refondation n’y feront rien.

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18.01.2010
Une guerre propre, durable, renouvelable

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 16 janvier 2010)
Dans l’affaire des ex détenus de Guantanamo, le Conseil fédéral se voit sommé par le parlement de choisir : déclencher contre la Suisse la colère de la Chine ou bien celle des Etats Unis. On croit rêver, on se pince, on ne rêve pas. S’il fallait un indice apte à mesurer l’ampleur de l’échec de la politique étrangère conduite par Madame Calmy-Rey, l’absurdité du guêpier de Guantanamo, dans lequel la Suisse s’est spontanément précipitée, serait sans doute suffisant à élever au rang d’art majeur cette caricature des errements de l’abandon de la neutralité.
Car c’est en s’acharnant à tuer la neutralité, sous prétexte de la rendre « active », que le Conseil fédéral est parvenu à priver la Suisse de la boussole qui guidait sa politique étrangère lorsque ce pays en avait une. Sans orbite propre, la Suisse vit désormais un destin de satellite, volontairement exposé aux aventures des puissants, sommée de choisir son camp, de s’aligner : sur la raison du plus fort.
Pourtant la Suisse aurait une mission, une vraie, à l’aube d’un siècle qui a choisi de confier ses espoirs de paix au principal chef de guerre de la planète en décernant un prix Nobel préventif, comme il y a des guerres préventives, à un président américain en partance pour l’Afghanistan. Bon communicateur, Obama a promis une guerre « propre », ce mot magique et tellement dans l’air du temps qu’il anoblit tout ce qu’il touche. A l’image des nouvelles technologies, la guerre de demain serait donc propre, c'est-à-dire durable et renouvelable. Bon public, le monde a applaudi, avec au premier rang la Suisse officielle, tout sourire, alignée.
La Suisse doit rapidement sortir de ce rang et renouer avec sa vocation, il en va de sa survie. Se repositionner politiquement, en tant qu’Etat neutre et indépendant, dans un monde devenu multipolaire, où la Suisse offrira à des blocs rivaux de nations, réunies par des géographies et par des histoires, les prestations de bons offices que seule permet la neutralité. En un mot faire au XXIème siècle ce que la Suisse a toujours su faire : inventer une voie suisse, propre à l’époque, hier utile à l’Europe, demain utile au monde. Mais avant cela, changer de Conseil fédéral et de ministre des affaires étrangères.
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08.01.2010
2010, année héroïque
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 4 janvier 2010)

Elles avancent, depuis la chute du mur, telles des plaques tectoniques condamnées à se heurter, un jour ou l’autre, dans un choc de feu et de gravats. Elles, c’est la plaque continentale européenne, d’une part, libérée de sa gangue à la fin de la guerre froide, enivrée de mondialisation, s’ébrouant dans le détroit de l’histoire d’un siècle nouveau qui lui lâche enfin la bride, pour un temps : Elargissement rapide à vingt-sept Etats, jadis divorcés entre Est socialiste et Ouest démocratique, entre Nord protestant, industrieux et Sud agraire, catholique ou orthodoxe. Approfondissement tout aussi rapide, de la Communauté économique à l’Union politique, du traité multilatéral au quasi Etat, avec constitution, parlement, présidence, monnaie et fonctionnaires. Plus petite par la taille, c’est d’autre part la plaque de la culture politique, en chemin, tellement proche de l’Europe par l’esprit, tellement éloignée de sa lettre ; on l’appelle la Suisse : fédéralisme, démocratie semi-directe et peuple souverain récusant les juges étrangers qui osent s’aventurer dans ses vallées.
L’affrontement des deux plaques était programmé. Il aura lieu en 2010. Sur un champ de bataille nommé « libre circulation des personnes ». Chacun savait que c’est là qu’on viendrait pour en découdre. Tôt ou tard, mais dès l’aube du siècle et à la baïonnette. On l’avait anticipé au point de lier à cette bataille six traités, d’importances variables mais déterminantes. Personne ne devait ignorer le sillon par où coulait le Rubicond : on y avait même dressé une guillotine, barrant l’horizon de son hombre noire comme un ciel d’apocalypse.
Pour autant, personne n’était dupe : on n’arrête pas la dérive des plaques. Le compte à rebours avait commencé avant même que n’ait séché l’encre des traités signés. Le choc était inévitable. Entendez, dans les brumes de janvier 2010, résonner le cliquetis des armes. Les troupes sont réunies. Préparée pour ce jour, l’UDC ne s’étonne guère de se trouver là. En ordre de bataille, derrière son vieux général. Pendant toute l’année 2009, les légions de l’Union européenne ont pilonné la Suisse. L’immigration a atteint un seuil d’intolérance reconnu. Le chômage menace les jeunes et les anciens. Le secret bancaire est à genoux. Les traités d’entraides jetés aux hosties. Et les Suisses sommés par leurs voisins de renoncer aux inconvenances de leur démocratie. Il n’en fallait pas plus pour que l’année 2010 soit déclarée année de la riposte. Mieux vaudra ne pas être à côté de la plaque. Bonne et heureuse année à tous !
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16.12.2009
Raser les cathédrales?
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 16 décembre 2009)

Par leur vote anti-minarets, les Suisses ont pris acte de la présence de l’Islam chez eux. En le priant de ne pas modifier le paysage. C’est aussi le début de quelque chose de plus vaste, sans doute, avec l’ouverture de plusieurs débats d’importance : les limites respectives du droit constitutionnel et de la démocratie directe, d’une part, celles de la laïcité et de la liberté religieuse, d’autre part.
Car si certains ont vécu le vote anti-minarets comme une piqure de rappel - la chrétienté d’Occident fut longtemps voisine d’un Empire Ottoman, capitale Istanbul, avec lequel les contacts étaient surtout douloureux - d’autres utilisent déjà ce vote pour relancer leur lutte historique contre l’infâme, comprenez la religion, chrétienne de préférence. Alors que le pays s’émeut, à juste titre, du caractère discriminatoire d’une interdiction qui touche les croyants d’une seule religion, deux juristes de l’Université de Zurich sont sortis du bois ce dimanche avec sous le bras un projet de discrimination plus générale, destiné à frapper de manière égale toutes les religions.
Mus par ce souci louable qui fut celui des régimes marxistes, promoteurs d’une stricte égalité entre toutes les religions en s’appliquant à ce qu’aucune d’entre elles ne survive à leur politique. Nos érudits zurichois proposent donc de guérir d’une initiative populaire par une autre initiative populaire. Qui consisterait à inscrire dans la Constitution, à l’article 15, juste après la garantie de la liberté de conscience et de religion, une obligation de discrétion à charge de toutes les communautés religieuses. Bannir l’ostentatoire architectural d’inspiration religieuse d’où qu’il vienne ! Il fallait y penser. Pour ainsi laver l’affront du 29 novembre en noyant l’interdiction des minarets dans celle des cathédrales. Génial. Une interdiction générale de l’ostentatoire architectural rendrait en effet inutile, en l’absorbant, l’interdiction particulière des minarets.
Plus aucun croyant ne doit prendre le risque de heurter la sensibilité d’un autre croyant ou d’un incroyant. Rasons donc les cathédrales ! Gothiques ou romanes, ces édifices ostentatoirement chrétiens sont à l’évidence plus problématiques encore que les quelques phares ottomans dont certains prétendaient décorer le paysage helvétique.
La non discrimination est désormais à ce prix. Parole de juristes. Et pour le coup, la paix confessionnelle tournera à la paix des cimetières.
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02.12.2009
Les minarets, le peuple et l’immigration
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 2 décembre 2009)

On ne joue pas impunément avec les peuples qui ont une histoire comme on le ferait avec des éprouvettes de laboratoires. La classe politique suisse l’avait oublié. Le peuple suisse le lui a rappelé ce 29 novembre. Il s’est trouvé trois suisses sur cinq pour dire non aux minarets. Symbole architectural de conquête religieuse achevée pour les uns, fanion de propriétaire planté dans le gras de la terre possédée pour d’autres, le minaret est désormais turris non grata en terre d’Helvétie, corps étranger déclaré au paysage suisse.
Quelles que puissent être les qualités discutables du texte entré dimanche soir dans la constitution, l’interdiction des minarets incarne la résistance historique des Suisses confrontés à l’immigration étrangère. Là où un James Schwarzenbach obtenait 33% des voix en 1974 ou un Christoph Blocher 50,3% en 1992, le comité d'Egerkingen en rafle 57%. Sans doute, un symbole est-il meilleur mobilisateur qu’un dossier chiffré, mais tout de même !
Ce résultat s’inscrit de plus dans le sillage de l’annonce de l’UDC, il y a une semaine à peine, d’une attaque imminente contre les chiffres conjugués du chômage et de l’immigration. Par une motion parlementaire qui ne demandera rien de moins au Conseil fédéral que la résiliation pure et simple, puisque la clause se sauvegarde déjà est inopérante, de l’accord libre circulation qui lie la Suisse à l’Union européenne. Et en cas d’échec au parlement, une initiative populaire sera lancée. Sachant que des négociateurs scélérats ont lié la libre circulation à six autres accords, caducs (sauf ouverture de nouvelles négociations) six mois après la résiliation de la libre circulation, on mesure l’ampleur de la pression politique. Et celle des tensions que l’on verra à l’œuvre en 2010 et surtout en 2011, année d’élections fédérales.
Pour l’heure, clouée au pilori par certains, admirée par d’autres en Europe comme le Charles Martel du XXIème, la Suisse vient de démontrer que sa démocratie directe n’était pas un vain mot. Avec ses audaces iconoclastes, ses prises de risque excessives, ses gifles aux élites et ses offenses au bon goût. En un mot, avec ce pari sans cesse renouvelé, et cela suffit à sa justification, consistant à donner la parole à un peuple qui a une histoire.
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18.11.2009
L’âme des tribus

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 17 novembre 2009)
Plus les frontières s’effaceront sous la pression d’une économie mondialisée, plus les peuples crieront fort leur besoin d’enracinement local et national. Et plus ils se tourneront vers le politique. Dont ils attendent qu’il jugule pour eux les vents brutaux de la mondialisation. Paradoxe de la modernité : voici venir le temps des tribus. C’est pour l’avoir compris avant d’autres que l’UDC s’est taillé le succès national que l’on sait. Laissant loin derrière elle des adversaires hébétés, muets ou vitupérant à s’en casser la voix le retour d’idées prétendument d’un autre âge.
Au-delà du discours politique, c’est à l’inconscient d’une tribu que parle un Christophe Blocher. A son oreille qu’il souffle. Sa tribu, c’est celle que forment ensemble les cantons confédérés. Mais il en d’autres tribus en terre d’Helvétie : les cantons, chacun une tribu à part entière. Avec ses oreilles propres, son inconscient particulier, les traumatismes de son histoire, ses langues et son identité. Et ces tribus cantonales sont bon public. On vient de s’en apercevoir à Genève, après le Tessin. Deux territoires qui font frontière, à l’heure où précisément on sacrifie les frontières, entre les tribus confédérées et le restes du monde. Il était logique que ces tribus là soient premières à s’émouvoir.
Hier la ligue des tessinois, aujourd’hui le mouvement des citoyens genevois parlent des maux de la tribu. Un chef de meute s’y dresse, avec l’audace de celui qui n’a rien à perdre. Et défie l’époque. Vitupère les élites avachies. Parle à l’âme de la tribu. Au nom de la tribu. Evoque le territoire de chasse des ancêtres. Il peut tout dire, ce chef. Il a l’oreille de la tribu. Il peut dire le vrai comme le faux et même le manifestement tout faux. Peu importe. Sa légitimité ne réside pas dans la statistique. Mais dans l’incarnation. Que d’autres ont désertée.
Cette légitimité a ses impasses, ses dangers, son autodestruction programmée. Mais dans l’intervalle, elle va perdurer. Tant que personne ne sait murmurer à l’oreille des tribus cantonales. Dans leur dialecte. Qui n’est pas le langage de la la tribu fédérale.
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22.10.2009
L’interdiction des minarets, une tradition radicale

L'ajout à l'article 72 de la Constitution (qui charge la Confédération et les cantons de préserver la paix religieuse en Suisse) d’un alinéa 3 interdisant l'érection de minarets ressemble à s'y méprendre aux articles de la Constitution radicale de 1874 bannissant la création d’évêchés (art. 50 al. 4)[1], la fondation de couvents (art. 52), la présence de l’Ordre des jésuites (art. 51) ou rendant inéligibles les ecclésiastiques au Conseil national.
Ces interdictions n’ont rien d’archaïques puisqu’elles sont restées en vigueur jusqu’à la révision constitutionnelle de 1999, voire jusqu’au referendum du 13 juin 2001 pour les évêchés. C’est dire, d’une part, que jusqu’à ce jour ou presque, la moitié catholique de la population suisse s’est accommodée d’importantes intrusions de l'Etat dans la liberté d'une Eglise à s'organiser librement. D’autre part, que ces intrusions ne constituent pas une atteinte au noyau dur de la liberté de croire et de célébrer le culte de son choix, garantie par la Constitution de 1874 autant que par l’actuelle.
Ces interdits historiques résultent de la méfiance des radicaux envers une Eglise catholique soupçonnée, non sans raison à l’époque du Kulturkampf, d’exercer sur ses fidèles une influence morale à la limite du conflit ouvert avec le droit de l’Etat laïc.
Ce même soupçon s’exprime aujourd'hui à l'encontre de la charia islamique. Ceux qui demandent l’interdiction des minarets considèrent en effet que la volonté d'affirmer une présence visible de l'Islam en Suisse, symbolisée par l'érection de minarets, constitue l’aveu d’une revendication implicite à exiger des croyants musulmans une soumission à la loi religieuse en conflit potentiel avec la loi civile.
Loin d’introduire une rupture de tradition, la demande d'interdiction des minarets s’inscrit dans le droit fil du radicalisme suisse, à la suite de l’interdiction des évêchés et des jésuites, notamment. Et comme ses précédentes, elle ne porte pas atteinte au noyau dur de la liberté de croire et de pratiquer le culte de son choix
L’initiative ouvre un débat, par ailleurs utile, sur les limites de la multi-culturalité en fournissant un porte-voix aux craintes d’une partie importante de la population, confrontée à des revendications de visibilité en soi recevables mais problématiques dès lors qu’elles émanent d’une minorité démographiquement dynamique et dont le rapport au religieux, plus que la religion elle-même, lui semble incompatible avec la laïcité moderne.
Pour autant, le texte de l'initiative ne constitue pas une réponse aux questions qu’il pose, une restriction de police des constructions n’ayant pas vocation à agir sur les données d’une problématique essentiellement démographique.
[1] Soumettre la création de nouveaux évêchés à l’autorisation d’un Conseil fédéral alors composé de sept membres radicaux revenait à l’interdire, ce que les Catholiques ont bien compris.
21.10.2009
Interpeller, juger, renvoyer

Yves NIDEGGER au Conseil d’Etat http://www.udc-ge.ch/gd_conseil09/Plateforme%202009_1.pdf
La restauration de la sécurité à Genève tient en trois mots : interpeller, juger, renvoyer. Trois mots que le Conseil d’Etat sortant a systématiquement refusé de prononcer, préférant livrer les rues et les villages genevois à la violence, aux trafics et aux pillages. Au nom d’un humanisme dévoyé qui nie le premier de tous les droits de l’homme, celui de vivre en sécurité. Ce programme de destruction de la sécurité des genevois a été annoncé dès le premier jour par le seul acte politique que veuille bien assumer ce Conseil d’Etat sortant : la suppression des mots « justice » et « police » du nom du département, rebaptisé d’un castrateur « des institutions ». Tout un programme ! Qui a consisté pour le Conseiller d’Etat en charge du département à marquer durant quatre ans toute la répugnance du gouvernement genevois à l’égard de l’idée même de répression. Le résultat est à la hauteur de l’ambition.
Interpeller
Interpeller un criminel ou un délinquant est une action délicate qui requiert un savoir faire spécifique et une dose de courage physique, deux qualités qui ne font pas défaut à nos policiers genevoise, correctement formés. Cette activité suppose aussi une motivation intacte, qui passe par l’assurance que le palais de justice tire bien à la même corde que les policiers et la certitude que les criminels et délinquants arrêtés au terme d’un long travail seront effectivement jugés et renvoyés. En refusant de procéder aux renvois, pourtant requis par le droit fédéral, et en remettant à la rue les délinquants le jour même de leur interpellation, le département « des institutions » sape chaque jour le moral de ses troupes. Il est urgent d’élire un Conseiller d’Etat qui aime la police. Car il aura la double tâche de faire ouvrir des lieux de détention, pénale et administrative, et de restaurer la confiance rompue entre la police et le palais de justice d’une part, entre le département, la hiérarchie et les forces de polices d’autre part.
Juger
Les juges qui infligent des sanctions, ou qui contrôlent les conditions de la détention pénale ou administrative, doivent se souvenir que, comme toute autre autorité, ils ont été élus par le peuple, avec le mandat d’appliquer le droit au nom de celui-ci. Le peuple a été clair le 11 octobre, en désavouant nettement ses autorités. Il est urgent d’élire un Conseiller d’Etat qui aime la justice. Sa première tâche sera de mettre un terme aux querelles d’idées et de personnes qui ont consumé l’essentiel de l’énergie du département en blocages et autres coups bas, avec pour résultat de ruiner la confiance des citoyens envers leurs autorités. Le palais de justice a besoin des moyens nécessaires pour juger et pour maintenir en détention tous ceux qui doivent l’être.
Renvoyer
Chacun sait qu’une part essentielle de la criminalité de rue et du pillage de nos logements est le fait de personnes venues d’ailleurs, qui ont choisi Genève pour y commettre leurs forfaits précisément en raison de l’impunité que leur a garanti ce département « des institutions » que les criminels du monde entier nous envient. Zurich, qui dispose du même droit fédéral et des mêmes accords de réadmission que Genève, se débrouille pour éloigner le 80% des personnes qui doivent l’être, les Grisons font mieux encore alors que Genève en remet le 100% à la rue. La police d’autres cantons a des raisons de se sentir motivée que n’ont pas les policiers genevois, que l’on décourage à dessein en détruisant, jour après jour, le fruit de leur difficile travail. Le droit fédéral prescrit que tout étranger qui trouble l’ordre public doit être éloigné du territoire. Ce même droit en fournit les moyens, qui font leur preuve dans d’autres cantons : la détention administrative, indépendante de la détention pénale, qui permet de pallier le manque de collaboration de ceux qui veulent, et ils sont nombreux, se soustraire à leur renvoi. Il est urgent d’élire un Conseiller d’Etat qui ne soit pas rebelle au droit fédéral. Sa première mission sera de faire ouvrir des lieux de détention préventive et administrative. Puis de doter les services chargés du contrôle de la population de la volonté politique de faire appliquer le droit suisse à Genève comme il l’est dans les cantons respectueux de la population résidant légalement sur leur sol.
Je m’engage à être ce nouveau Conseiller d’Etat. Merci de voter Yves NIDEGGER à Justice et police le 15 novembre 2009.
20.10.2009
La frontière se rebelle
(chronique parue dans le Nouvelliste du 20 octobre 2009)

Plus les frontières politiques s’abaissent, sous la pression d’une économie mondialisée, plus le besoin d’enracinement local et national est ressenti comme important. Et plus les peuples du monde rêvent de disposer, comme le peuple suisse avec le fédéralisme et la démocratie directe, de leviers politiques capables de juguler les vents brutaux de la mondialisation. N’en déplaise à la pensée dominante, la notion de frontière n’est pas le contraire de la modernité, mais un de ses corolaires. Pour avoir traité cette évidence par le seul mépris, les élites économiques genevoises, donc les média et à leur suite la classe politique, pleurent aujourd’hui sur le succès d’une formation iconoclaste qui vient de leur tailler des croupières en thématisant la notion de frontière jusqu’à la nausée. La chose était pourtant prévisible. A Genève, canton frontière, cette ligne blanche joue depuis des siècles un rôle éminemment identitaire. On ne saurait songer à retirer impunément, et d’un seul coup, les contrôles aux frontières (Schengen), le contingentement des travailleurs (libre circulation) et la nationalité des produits (Cassis de Dijon). Quelque secousse tellurique était à prévoir. D’autant plus après que l’on se soit contenté de taxer d’obscurantisme la moindre réticence exprimée, qui plus dans un débat censé être démocratique, à l’encontre de ce qui a fini par apparaitre comme le dogme de la libre circulation absolue. Plus prompte à ériger des buchers, pour y brûler les hérétiques qui demandaient l’application de la clause de sauvegarde, qu’à se pencher sur les questions que posent le chômage en augmentation, d’une part, et l’arrivée quotidienne de nouveaux immigrants, de l’autre part, l’élite a mérité son retour de bâton populaire. La notion de frontière est certes à revisiter, dans le contexte des relations étroites que la Suisse noue avec l’Union européenne. Mais pas à ignorer. Ceux qui rêvaient tout haut d’une prochaine adhésion ont crû pouvoir s’épargner l’effort. En gommant la question. Le peuple vient de leur siffler la fin d’une sieste. Et c’est fort bien, même si, à Genève, ceux qui ont mis le feu à la frontière sont sans conteste de vilains hérétiques. Mais après tout qu’est-ce qu’une hérésie, sinon une question que les tenants de l’orthodoxie ont crû à tort pouvoir négliger ? Gageons que, comme de coutume dans l’histoire des idées, on brûlera promptement les hérétiques. Non sans récupérer l’hérésie. Qu’il faudra bien intégrer au dogme.
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06.10.2009
L'Europe se suicide, lentement
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 6 octobre 2009)

Vaincre la résistance irlandaise est une chose. Guérir ses pulsions suicidaires en est une autre. Ce n’est pas dans le Traité de Lisbonne que l’Europe trouvera l’antidote à son épuisement civilisationnel. Et à l’auto-dégoût occidental qui la mine, l’empêchant de se reproduire et de défendre ses valeurs et sa vision du monde. Le mal n’est pas neuf. On se souvient de la collaboration au communisme et de l’appui assumé à l’Union soviétique de nombreux intellectuels et hommes politiques européens. Dès après la deuxième guerre mondiale et jusqu’à la chute du mur de la honte. Ce refus de voir la vraie nature du communisme, danger mortel de tout ce sur quoi est fondé l’Europe, constitue le symptôme accablant à la base du diagnostique de faillite intellectuelle et morale qui a été posé sur le continent durant la guerre froide. Et que rien ne vient infirmer aujourd’hui.
Nos réponses alambiquées face à la terreur djihadiste (attentats de Madrid) et aux attaques antioccidentales de musulmans européens confirment un état de civilisation épuisée qui refuse de se défendre et se borne à exprimer des ressentiments à l’encontre de ceux qui le font, comme c’est le cas de l’UDC en Suisse. La crise démographique, échec de l’Europe à se reproduire, s’est accompagnée d’une allergie mortifère à l’idée même d’assimilation des migrants, sous-employés mais féconds. Le refus de la Constitution européenne de reconnaître l’importance causale du Christianisme fourni un symptôme supplémentaire au même diagnostique. Tout comme l’illusion que l’Europe redeviendra une puissance mondiale lorsqu’elle aura cédé l’autorité nationale de ses Etats membres à une bureaucratie utopique où des techniciens résoudront les problèmes politiques supranationaux à l’abri des contrôles démocratiques effectifs.
Cette idée est dangereuse, dans un monde dangereux où la menace crédible reste la clé. Tout comme sont suicidaires l’absence de volonté des élites politiques et intellectuelles de parler franchement de la violence des déracinés, qui reflète à la fois la culture dysfonctionnelle des immigrés non assimilés, en particulier musulmans, et le cocktail létal que constitue ce mélange de négligence étatique et d’apaisement à la petite semaine qui nous tient lieu de politique. L’initiative anti-minarets est l’expression d’un ras-le-bol populaire. Un cri de détresse, principalement à l’adresse du Ciel. Car son texte ne contient pas de solution au problème posé.
09:00 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.10.2009
Les très riches heures du duc Hans-Rudolf
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 23 septembre 2009)

Le siège du château avait duré des lustres et aurait pu se prolonger longtemps encore, tant les fortifications étaient solides et l'approvisionnement bien ordonné. Jusqu'à ce funeste matin de printemps où les assaillants firent parvenir au château cette improbable offre de paix: «Que les assiégés détruisent leurs murailles et les assiégeants brûleront leurs échelles.» Le châtelain n'y vit rien de déshonnête. Il fallait terminer cette guerre et le soir même, c'était un 13 mars, une bannière grise flottait au sommet du donjon.
A ses gens qui l'interrogeaient, le duc Hans-Rudolf expliquait que les murailles n'étaient détruites que pour ceux du dehors. Nullement pour les habitants du château: sauf à se quereller avec des seigneurs étrangers, les gens du pays resteraient, demain comme aujourd'hui, assurés de leur sécurité dans le périmètre de ses douves.
A ses anciens ennemis qui les convoitaient, le châtelain expliquait que la coutume du château interdisait de déplacer hors les murs les précieux grimoires conservés au donjon. Mais plusieurs objectaient à cet argument. Ainsi le chevalier de Steinbrück faisait observer que les murs étant détruits, le transport des manuscrits ne pouvait violer la coutume. Quant au Chevalier noir, il soutenait avec d'autres que la coutume était abrogée: le châtelain n'avait-il pas offert, en témoignage de la paix retrouvée, ce lot de trois cents parchemins déjà transportés au loin par-delà l'océan. Tous s'entendaient pour dire que, sauf à leur remettre l'ensemble des collections du donjon, le châtelain Hans-Rudolf se rendait coupable de parjure, une vilenie si grande que les représailles les plus cruelles, qui déjà se préparaient, n'y suffiraient à sauver le duc d'une excommunication certaine.
C'est alors qu'intervinrent à leur tour les échevins du château, réclamant eux aussi l'accès aux précieux parchemins. Ils arguaient de ce que des seigneurs étrangers, hier encore ennemis, ne sauraient être mieux traités par le duc que ceux qui, comme eux, levaient loyalement le cens, le champart et la gabelle sur les terres du château.
Le duc se sentait très las. Il était rentré les mains vides d'un voyage en mer, chez les Maures où il avait été trompé sur le prix par quelque barbaresque qui détenait en otages deux de ses gens. Fatigué, hésitant, il rechignait à argumenter plus avant. Et devait se faire grande violence pour ne pas céder aux délices du songe qui l'obsédait depuis peu: les très riches heures d'une paisible retraite.
17:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Hannibal et les éléphants
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 8 septembre 2009)

Depuis quatre cents jours, deux Suisses souffrent à Tripoli. Avec eux, leurs familles. Une torture psychologique. Faite d'insécurité, d'humiliations. De sentiment d'abandon. Suivi d'espoirs déçus. Des vies comme arrêtées. Au cadran de la montre, qu'un dictateur blessé arbore au poignet. Signe extérieur d'importance diplomatique. Deux Suisses, dont le seul tort fut de s'être trouvés là. A portée d'arbitraire. Lorsque la foudre devait tomber. Prévisible. Cela fait près d'un siècle, depuis la Société des Nations, que Genève héberge des membres de familles régnantes. Non couverts par l'immunité diplomatique. Et susceptibles à l'occasion de commettre un crime ou un délit. Instruire des plaintes sensibles participe ici d'un savoir-faire local. Rodé à souhait. La justice genevoise fonctionne, en général. Elle ne s'excuse pas de s'en prendre «au riche comme au pauvre, au puissant comme au faible, à l'étranger comme à l'habitant du pays». C'est même le serment des juges à leur entrée en fonction. On sait poursuivre le puissant sans provoquer de crise diplomatique. On savait. Avant qu'un quarteron de pachydermes ne se mette en tête de renverser la formule: déclencher une crise diplomatique majeure sans poursuivre aucune infrac-tion. Il fallait y penser. Depuis quatre cents jours, deux Suisses souffrent à Tripoli. Avec eux, un président forcé de s'humilier, en vain. Des entreprises paralysées. La concurrence anglaise ou italienne qui leur prend le marché. Des vies de travail suisse réduites à néant. Pour un quarteron d'éléphants amnésiques qui a voulu se payer un «fils de». Parce qu'il s'appelait Hannibal. Qu'il était riche. Puissant. Et caractériel. Cogner fort. Au diable la proportionnalité. Trop fort, diront les experts. Et pour aucun résultat: la plainte est classée. La justice? Pour Hannibal, elle est muette à jamais. Mais pour la Suisse, elle parlera. A Londres. Fourches caudines en perspectives. Deux Suisses souffrent à Tripoli. Parce qu'à Genève, ce jour-là, le substitut de garde était socialiste. Et le juge d'instruction radical. Le conseiller d'Etat en charge de justice et police, socialiste. Et le procureur général, radical. Et que chez ces gens-là, on ne communique pas. On campe. Et puis, la ministre des Affaires étrangères, socialiste. Infaillible. Même quand ses propres experts la contredisent. Deux Suisses souffrent à Tripoli. Et ce constat, qui s'installe, lentement, dans les consciences: et si notre politique étrangère n'était plus qu'un cimetière d'éléphants?
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25.06.2009
Le secret bancaire est mort, mais pas encore enterré
Ceux qui paient des impôts en Suisse le savent bien : la Suisse n’est pas un paradis fiscal. Elle s’est dotée de la loi anti-blanchiment la plus sévère au monde. Et elle applique plus loyalement que d’autres les traités d’entraide internationale. C’est dire que la capitulation du Conseil fédéral, le 13 mars 2009, aux premières lueurs d’une guerre qui n’était encore que de mauvaise propagande, a de quoi surprendre. Jusque dans les rangs ennemis : la Suisse, qui voyait venir le coup depuis longtemps, n’avait pas l’ombre d’une stratégie de défense ! Drapeau blanc contre liste grise : l’affaire n’avait rien d’un marché, sinon de dupes. Elle fut pourtant conclue. La guerre morale terminée, la vraie guerre a commencé. Fiscale, économique et politique. Economique, pour les anglo-américains qui font main basse sur la clientèle internationale de nos banques. Politique, pour l’Union européenne qui impose son modèle de société : ultra violet du droit administratif contre pénombres de la sphère privée, raison d’Etat contre libertés individuelles. L’adoption ces jours de nouveaux accords de double imposition entre la Suisse et un nombre arbitraire d’Etat de l’OCDE doit concrétiser les termes de cette capitulation. La réécriture de l’accord sur la fraude, présenté en 2004 comme la reconnaissance européenne du secret bancaire suisse, doit bannir d’Europe jusqu’à l’idée de cette institution.
Cliniquement, le secret bancaire est mort. Qu’elle espérance de vie prêterait-on à une institution qui ne bénéficierait qu’aux Suisses vivant en Suisse à condition de ne posséder ni titres américains ni autres biens imposables à l’étranger. Qui ne s’appliquerait ni aux Suisses vivant à l’étranger, ni aux étrangers vivant en Suisses toujours susceptibles de rendre des comptes à leur fisc d’origine ? La gauche parlementaire ne s’y est pas trompée : elle exige déjà l’abolition pure et simple du secret bancaire. Ce qu’elle obtiendra, si rien n’est entrepris pour renverser la vapeur, comme elle a obtenu la capitulation du Conseil fédéral.
Mort, le secret bancaire, mais pas encore enterré : en l’inscrivant dans la Constitution fédérale, le peuple suisse peut le ressusciter en rendant rétroactivement anticonstitutionnels les traités que ce Conseil fédéral sans stratégie est en train de signer, au nom du peuple suisse. L’initiative est lancée, la récolte des signatures a commencé. Pour les Suisses, une vraie question politique.
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25.05.2009
La fuite, l’eurolâtrie et le Conseil fédéral
Chronique parue dans le Nouvelliste du 23 mai 2009
Une fuite nous a appris que le Conseil fédéral tenait l’échéancier des décisions politiques utiles au suivi des traités : Libre circulation, délai au 1er juin 2009 pour notifier clause de sauvegarde en cas d’immigration excessive. Immigration excessive ? L’article 10 du Traité sur la libre circulation des personnes en donne la définition : une augmentation de plus de 10% du nombre annuel des nouveaux permis de travail UE par rapport à la moyenne des trois années précédentes. Conséquence : sur simple annonce à ses partenaires, la Suisse peut plafonner à 115'500 unités par année le nombre des nouveaux permis annuels de travail et à 15'000 unités celui des nouveaux permis illimités. Pendant combien de temps ? Vingt quatre mois au plus. Quand ? Avant 2014 : au-delà, la levée des écluses ne souffre plus aucune exception. C’est peu dire que cette clause, dite de sauvegarde, ne fermera pas la Suisse sur elle-même. N’en déplaise aux intégristes de la libre circulation absolue. Dont cette clause aujourd’hui par eux décriée fut en son temps l’argument de campagne favori : « La libre circulation sera indolore, c’est garanti, car le traité contient une clause de sauvegarde ». « Jamais la Suisse n’assistera les mains liées à une augmentation de son chômage ». A rigueur de chiffres, les conditions d’application de la clause sont remplies en 2009. Elles l’étaient d’ailleurs déjà en 2008. En plein débat sur la libre circulation, le Conseil fédéral n’en soufflait mot. La progression de l’immigration avait été très forte : les 94'000 nouveaux arrivants annuels de 2003 étaient devenus 157'000 en 2007. Avec un nombre de sorties resté stable, jamais le solde migratoire n’avait autant augmenté dans le pays. La levée des contingents en juin 2007 eut ainsi l’effet d’une explosion sur des chiffres déjà élevés. Passé l’échéance du 9 février 2009, les langues statistiques se délient quelque peu : On admet que le corolaire de la libre circulation couplée à la crise, c’est un chômage qui a bondi de 35% entre avril 2008 et avril 2009. Quant on sait que près d’un chômeur sur deux est étranger, la question devient politiquement chaude. D’autant que l’on anticipe une explosion du chômage en Suisse dans les six mois à venir. Cela n’a pas suffi à ce que la question soit abordée très franchement. Encore moins à ce qu’elle soit accompagnée des chiffres actualisés que suppose un débat à la loyale. On s’est contenté d’une fuite. Organisée à point nommé. Pour permettre aux médias de sonder l’opinion : le sondage fut édifiant. Le chœur virginal des adorateurs de la libre circulation eurolâtre a immédiatement retenti, laissant entendre sa polyphonie usuelle : patronat, syndicats, même combat. PLR, PDC, PS et Verts, tous unis. Pour exorciser la Suisse de ses démons. Eloigner ensemble jusqu’au symbole de l’idée d’une régulation à la frontière. Par la foi récitée des croyants. Raides comme l’intégrisme. Message reçu cinq sur cinq par le Conseil fédéral. Qui a pu évaluer le prix politique de l’inaction agendée. Un prix susceptible d’être revu à la hausse au jour de la publication des chiffres du chômage 2009.
10:29 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note