19/06/2013
Comme un air de printemps suisse…
En rejetant la lex USA, par laquelle Madame Widmer Schlumpf souhaitait inciter les banquiers à balancer leurs employés et leurs clients aux procureurs américains en échange d’une réduction de leur peine, le Conseil national vient de faire souffler comme un air de printemps suisse sur la caniculaire session d’été des Chambres fédérales.
C’est un mercredi noir, diront les pontes du pays, le temps dira ce qu’il faut en penser. Le prochain couplet s’appelle FATCA, autre diktat des américains qui abusent de la position dominante de leur monnaie et de leur marché pour forcer les autres Etats à convertir leurs banques en agent du fisc étatsunien et dont Madame Widmer Schlumpf viendra vanter la loi suisse d’application devant le national lors de la prochaine session d’automne.
Un référendum contre FATCA est déjà dans les starting blocs pour le cas où les chambres décideront de capituler. Des groupes comme SwissRespect ou le Lobby des citoyens récemment accrédité à Berne démontrent par leur récente mobilisation en faveur d’une place financière, à considérer comme un atout national dont les grandes banques ont abandonné la défense efficace, que le peuple suisse existe, qu’il n’a pas l’intention de se laisser manger tout cru et qu’il est en train de se réveiller.
Club de notables dans lequel le centre pèse d’un poids exagéré en raison du mode d’élection, le Conseil des Etats reste insensible à ce réveil, comme le démontre son obstination en faveur de la lex USA. S’il en est allé autrement du Conseil national c’est qu’il représente la réalité du peuple grâce au système d’élection à la proportionnelle qui garantit que tout le pays y soit représenté. Que le National ait rejeté par deux fois et de façon très nette la lex USA est un signe positif qui démontre, même si les raisons de ce rejet peuvent être diverses selon les partis, que le pays réel, le peuple suisse, a décidé de montrer les dents plutôt que de continuer à tendre la joue gauche lorsqu’on lui frappe sur la droite.
Qui sait si les conditions d’un printemps suisse ne sont pas enfin réunies...
17:48 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
14/12/2012
« Faire craquer la Suisse »
Chronique parue dans Le Matin du 14 décembre 2012
Les travaux parlementaires étrangers devaient être une matière obligatoire des écoles de journalisme : Commission d’enquête sur les actifs hors de France et leurs incidences fiscales, rapport 673 du 17 juillet 2012 au Président du Sénat français :
« Pour les affaires de blanchiment et de fraude fiscale, on obtient de nos collègues suisses une entraide remarquable. On envoie le lundi une demande pour identifier dans une banque un compte bancaire dont on n’a pas le numéro, le mercredi le compte est bloqué. Mais un certain nombre de conventions conclues avant mars 2009 ne lèvent pas le secret bancaire en matière fiscale. Et les accords Rubik non seulement empêchent l’application de l’impôt sur la fortune et de tout impôt progressif mais entravent gravement l’action de l’Union européenne en matière de lutte contre l’opacité fiscale. Nul n’ignore le rôle majeur de la Suisse en matière de défense du secret bancaire. Si l’on fait craquer la Suisse, on déstabilise l’ensemble des paradis fiscaux (Luxembourg, Autriche, Lichtenstein), c’est pourquoi on cible ce pays. Le Luxembourg est fondateur de l’Union européenne et sa réputation est théoriquement bonne mais son comportement est celui d’un affreux petit canard ! Avec l’Autriche, il met la directive épargne en situation de blocage absolu. Et pour gagner du temps ces deux Etats se réfèrent à la Suisse. La classe politique suisse est relativement fragile : lorsque l’on passe à l’offensive, elle a tendance à accorder des concessions, il faut donc continuer à mettre la pression sur ce territoire. »
14:38 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
12/12/2012
Donner aux enfants deux parents de même sexe
Le parlement s’est découvert une nouvelle passion.
Occupé à gommer les différences juridiques qui font que les emplois ont jusqu’ici poussé en Suisse comme des champignons alors que les entreprises désertaient nos voisins européens, ne laisse pas aux parlementaires fédéraux beaucoup de temps pour embrasser de grandes et nobles causes. Que la place financière suisse brûle sous le feu croisé des Etats-Unis et des Européens les intéresse, sans doute, un peu. Que des milliers d’emplois passent à la trappe les interpelle, bien sûr, aussi. Que notre droit bancaire et la moitié de notre fiscal soit désormais dictés de l’étranger en réjouit certains, en énerve d’autres. Mais ce qui passionne vraiment, nos parlementaires en ce moment, c’est l’urgente nécessité de donner toutes affaires cessantes la chance aux enfants de ce pays d’avoir enfin deux papas ou deux mamans : autoriser l’adoption des enfants du partenaire homosexuel.
La passion est telle qu’il faut rappeler que les enfants ont en général des parents et que dans ce cas, il n’est pas possible de les adopter.
Pour que l’adoption de l’enfant du partenaire enregistré soit envisageable il faut voir réunies quatre conditions dont le cumul est pour le moins improbable, à savoir : 1) que l’enfant n’ait qu’un seul parent juridique, 2) que cet unique parent soit homosexuel, 3) que cet unique parent homosexuel ait conclu un partenariat enregistré et 4) que ce partenariat ait duré au moins cinq ans au moment de la demande d’adoption par le partenaire.
En Suisse, les enfants qui n’ont qu’un seul parent juridique sont plutôt rares. L’accouchement sous X est impossible et les contrats de mère porteuse interdits. La femme qui accouche est donc obligatoirement la mère juridique de l’enfant. Et si la mère est mariée, le lien juridique avec le père est automatique. Si elle ne l’est pas, ce lien s’établit par la reconnaissance. A défaut de reconnaissance, la filiation paternelle s’établit par une action en paternité intentée contre le père présumé par le curateur dont chaque enfant non reconnu est systématiquement pourvu. La procréation assistée est par ailleurs très restrictive en droit suisse et réservée aux couples hétérosexuels. Au final donc, seul l’enfant d’un veuf, d’une veuve ou d’une mère célibataire dont la recherche en paternité de son enfant a échoué peut se trouver dans cette situation de n’avoir qu’un seul parent juridique. Ca n’en fait pas beaucoup beaucoup.
A ceci s’ajoute que ce papa veuf, cette maman veuve ou cette mère célibataire dont la recherche en paternité a échoué doit être homosexuelle. Ça restreint quand même le cercle.
De plus, ce papa veuf, cette maman veuve ou cette mère célibataire abandonnées, doit avoir déclaré publiquement son homosexualité au point de conclure un partenariat enregistré. Là, on sort la loupe.
Enfin, dans un pays où le partenariat enregistré n’existe que depuis 2007, ce partenariat doit avoir duré plus de cinq ans au moment de la demande d’adoption, sachant qu’un mariage sur deux se dissout dans ce délai et que le partenariat est moins durable encore. Vous avez un microscope ?
Il n’existe, et pour cause, aucune statistique ou recensement en Suisse mais une chose est sûre, ceux qui affirment parler au nom de plusieurs dizaines de milliers d’enfants qui seraient en Suisse dans l’attente d’un changement du droit pour être adoptés par un second père ou par une seconde mère sont à coup sûr de fieffés menteurs.
Un débat qui instrumentalise des enfants sans même se soucier d’en vérifier l’existence est un débat qui commence mal.
Il existe par ailleurs des études, souvent citées, dont les auteurs disent ne pas être en mesure de déceler de différences importantes entre parentalité homosexuelle et hétérosexuelle. Il existe aussi des études, dont une toute récente, publiée dans la revue Social Science Reseach n°41 de 2012, qui sont alarmantes. Sur la base d’un échantillon composé de 3'000 adultes (les américains ont un peu plus de recul) élevés dans 8 types de structures familiales différentes, en les comparant sur la base de 40 critères sociaux et émotionnels, le prof. Regnerus observe que 23 % des enfants de mère lesbiennes ont subi des abus par un parent ou un adulte, contre 2% chez les enfants de couples mariés, par exemple. Ces enfant seraient également plus victimes de dépressions, consommeraient plus de stupéfiants et éprouveraient plus de difficultés d’emploi. 69% des enfants issus de familles homoparentales lesbiennes recourraient à l’aide sociale contre 17% de ceux issus de couples mariés.
En l’état des recherches, le principe de précaution pourrait imposer par exemple un moratoire sur la question. Et en tous les cas interdire de faire des enfants, à qui la Constitution promet une protection particulière, les cobayes d’une expérimentation sociologique dictée par une idée abstraite.
Car si ce changement de loi, aujourd’hui fondé sur rien, est adopté il sera nécessairement suivi d’une réforme du droit de la procréation assistée. Egalité entre hommes et femmes oblige, il faudra autoriser les mères porteuses et les accouchements sous X. A défaut, ils seront pratiqués à l’étranger. Des hommes deviendront pères par reconnaissance après avoir loué une mère porteuse qu’ils iront faire accoucher sous X dans un autre pays pour faire ensuite adopter le fruit de la transaction par leur partenaire de droit suisse.
On aura créé une demande. Et des enfants marchandises. Pour le bien de l'enfant, c'est entendu.
22:03 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
25/10/2012
Matériel de vote : la Chancellerie d’Etat s’enfonce
Chacun peut le constater en comparant les différentes listes diffusées par la chancellerie d’Etat : elles ont toutes la même mise en page. Ceci ne résulte nullement d’un accord secret conclu entre tous les partis pour adopter ensemble une présentation uniforme de leur bulletin de vote respectif, comme le suggère un communiqué pathétique daté d’hier, mais plus simplement du fait que les « bons à tirer » présentés aux partis ne portent que sur les contenus : la responsabilité de la mise en page relève de la chancellerie, qui s’enfonce ici en tentant de se défausser sur autrui de la responsabilité qui est la sienne de présenter au corps électoral un matériel de vote utilisable, permettant - comme elle sait le faire en d’autres occasions - le panachage expressément prévu par la loi.
11:51 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
24/10/2012
Vous avez essayé d’utiliser le matériel de vote de la chancellerie?
Vous avez essayé d’utiliser le matériel de vote préparé par la Chancellerie d’Etat pour l’élection à la Cour des comptes ?
Si vous êtes du genre à voter les yeux fermés et sans modification une liste bloquée, par exemple celle du PLR-PDC-Verts-PS que nous ont concoctée les partis gouvernementaux, là pas de problème. C’est la même et elle est prête à l’emploi. Si vous êtes par contre du genre à exercer votre droit de choisir plusieurs candidats présentés sur plusieurs listes concurrentes et que vous souhaitiez, par impossible, utiliser une liste ouverte comme celle présentée par l’UDC ou par le MCG, en y ajoutant par panachage un ou plusieurs candidats tiers, alors là, c’est mission impossible : vous devrez soit y renoncer soit prendre le risque d’un vote nul.
Car notre Chancellerie d’Etat a imposé d’office à toute les listes, ouvertes ou fermées, la même disposition graphique : celle, sans doute par hasard, qu’elle a élaborée pour les listes verrouillées PLR-PDC-Verts-PS qui présentent autant de candidats qu’il y a de postes de titulaires et de suppléants à pourvoir, découragent ainsi, c’est leur droit, tout recours au panachage. Bien évidemment, cette disposition graphique ne convient pas, et pour cause, aux listes concurrentes, les deux listes ouvertes de l’UDC et du MCG auxquels les électeurs plus diligents souhaiteront ajouter des candidats tiers. Circonstance aggravante et rédhibitoire pour le matériel de vote distribué : la Chancellerie d’Etat n’a laissé aucun espace libre pour un quelconque ajout, comme elle le reconnait aujourd’hui par communiqué de presse, sous le nom de l’unique candidat présenté au poste de titulaire sur les listes ouvertes. Ceci a pour conséquence d’exclure matériellement l’utilisation des listes UDC et MCG pour tous les électeurs qui souhaiteraient panacher. Cerise sur le gâteau électoral, la Chancellerie d’Etat a laissé en revanche un très large espace, en fait tout l’espace disponible, en dessous des noms des candidats suppléants, incitant ainsi les électeurs fourvoyés à inscrire en ce seul endroit possible, mais inopportun, le nom d’un éventuel candidat titulaire tiers, ce qui exposerait leur vote à la sanction de nullité attachée à toute expression non claire de volonté.
Quelques jours à peine après le sabotage d’un référendum fédéral sur les accords fiscaux, cette nouvelle contre-performance de la part de la Chancellerie d’Etat est symptomatique d’un insupportable mépris du peuple et des institutions.
Un audit, vite !
16:24 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
L’Etat pervers
(Chronique parue dans le Matin du 19 octobre 2012)
La démocratie impose à l’Etat, chose publique, une évolution parallèle à celle des mentalités, chose privée. C’est sa vertu et son tendon d’Achille. Ainsi, au plan privé, les mœurs familiales ont-elles par exemple muté d’un régime de parents autoritaires, imposant leur modèle à leur progéniture, vers un régime de parents manipulateurs, où la séduction a remplacé l’autorité, pour aboutir aux parents pervers, qui disent une chose, en pensent une autre et en font une troisième. L’Etat a suivi, passant d’un régime autoritaire, où le citoyen doit obéissance à une règle édictée, à un régime de manipulation, où le citoyen est invité à la soumission, pour aboutir à l’Etat pervers, qui dit une chose, en vise un seconde et en fait une troisième. L’Etat manipulateur ? C’est celui qui, entendant par exemple rendre obligatoire le port de la ceinture de sécurité ou bien bannir la fumée des lieux publics, se garde bien d’édicter une norme contraignantes à cet égard avant de s’être assuré, par des campagnes de propagande ciblées, de l’approbation anticipée d’une majorité, fut-elle silencieuse, justifiant socialement la répression des futurs récalcitrants. L’Etat pervers ? C’est celui qui, motivant son régime de sanctions par l’intention déclarée de réduire les comportements socialement nuisibles n’en espère pas moins que les transgressions seront toujours plus nombreuses afin de couvrir le montant en constante progression qu’il inscrit annuellement sous la rubrique «contraventions» des recettes de son budget ainsi équilibré. L’Etat pervers, c’est aussi celui qui, partout en Europe, ment délibérément en annonçant des points de croissance impossibles du PIB dans le but de faire adopter des budgets qui comportent des rentrées fiscales boostées par une augmentation irréelle des recettes, fondées sur une augmentation bien réelle des taux d’imposition au prétexte vertueux d’un effort passager vers le retour à l’équilibre…
10:50 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
18/10/2012
Cour des comptes, le quatrième pouvoir…
De par ses compétences d’investigation sur les autres pouvoirs, la Cour des comptes exerce, avec un supplément de professionnalisme, la fonction de « quatrième pouvoir » jadis dévolue à la presse aux temps révolus du journalisme d’investigation. Que dirait-on de l’indépendance critique envers l’administration d’un organe de presse dont l’équipe de rédaction serait peuplé à 100% par les chargés de communication des départements gouvernementaux? C’est pourtant, toutes proportions gardées, ce qu’ambitionnent les partis gouvernementaux genevois en présentant une série de listes fermées toutes identiques entre elles pour l’élection d’un socialiste, d’un vert et d’une PLR aux postes de magistrats flanqués de suppléants de mêmes couleurs.
Est-il acceptable qu’une Cour des comptes chargée du contrôle des politiques publiques soit composée intégralement de magistrats qui doivent leur élection, et leurs éventuelles réélections, aux instances dirigeantes des seuls partis dont l’action gouvernementale est à contrôler ? A la différence des juges qui sont réélus en blocs, et dont la carrière se poursuit dans la règle jusqu’au jour de leur méritée retraite, les magistrats de la Cour des comptes sont élus individuellement tous les six ans et dépendent donc pour leur carrière des grâces d’une coalition de partis gouvernementaux dont l’action est supposément soumise à leur contrôle. Indépendamment de l’indépendance dont feront preuve les magistrats concernés à titre personnel, une Cour qui serait composée exclusivement de magistrats issus de partis gouvernementaux coalisés pose donc un problème de principe.
D’où la raison d’être des listes UDC et MCG, seules à présenter des candidats alternatifs aux partis ayant un intérêt à contrôler les contrôleurs.
- Françoise Sapin, experte comptable fédérale et experte financière, ancienne cheffe du contrôle financier de la Ville de Genève ;
- Antoine Boesch, avocat, ancien conseiller municipal en Ville de Genève et
- Yves Nidegger, avocat, ancien magistrat judiciaire et conseiller national
Pour garantir l’indépendance que la Cour des comptes doit avoir.
18:17 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
19/09/2012
Cour des comptes, arrêtez le massacre !
L’Entente porte également la responsabilité de l’élection de Monsieur Devaud et de ses conséquences sur l’institution. On se souvient que des leaders du PDC et du PLR ont appelé à voter Devaud faisant perdre de justesse à leur parti l’élection de 2011. En combattant Yves Nidegger en 2012, le PDC et le PLR font pire que violer des accords signés : ils assurent à la gauche de placer ses deux candidats et de contrôler ainsi la seule institution apte à lutter efficacement contre le gaspillage des deniers publics. Pour le bien des contribuables, l’Entente pourrait avoir l’audace de s’opposer à l’hégémonie d’une gauche minoritaire. Elle choisit au contraire à nouveau la capitulation.
Dépolitiser la Cour des comptes ?
Il y a à Genève trois familles politiques. De tailles comparables : la gauche (Verts, PS) le centre (PDC, PLR), la droite (UDC, MCG). Dépolitiser la Cour consisterait, sous réserve de candidatures valables, à respecter cet équilibre en accordant à chacune de ces familles le siège qui lui revient. Cette formule permettrait entre autres de ne pas concentrer le contrôle de l’Etat entre les seules mains des partis gouvernementaux, excluant du contrôle les voix réellement indépendantes de la marche des affaires que sont l’UDC, le MCG et les verts libéraux. Comme l’UDC l’a proposé cet été, il fallait d’abord procéder à l’audition commune de tous les candidats possibles, afin de sélectionner les meilleures compétences du canton. Les partis gouvernementaux ayant préféré marchander entre eux des sièges vides avant de se poser la question de savoir qui aurait les compétences de s’y asseoir, ces auditions n’ont jamais eu lieu. On retenait toutefois à la fin de l’été que la gauche avait avec Monsieur Zuin (vert) un magistrat dont les compétences ne sont pas disputées. Et que la droite avait avec Yves Nidegger un candidat dont les compétences pour le poste sont reconnues par le PDC et le PLR, dont il fut le candidat en 2011, en sus de l’UDC et du MCG. Seul le centre devait encore se déterminer sur les mérites respectifs de Mesdames Perella (PDC) et Terrier (PLR).
En imposant une seconde candidature de gauche, le PS a choisi de faire de l’élection à la Cour des comptes une confrontation gauche-droite. En se montrant incapables de s’unir derrière une seule candidature, PDC et PLR ont exacerbé la politisation de cette élection.
Trois scénarios restent ouverts :
1) Une liste unique prétendument « dépolitisée » qui réserve le contrôle de l’Etat aux seuls partis gouvernementaux dominés par la gauche, à l’exclusion des partis libres. Objectif : court-circuiter le peuple qui a instauré la Cour en choisissant à sa place 1 Vert, 1 PS, 1 Entente.
2) Les trois familles politiques s’affrontent : à gauche, 1 Vert et 1 PS, au centre 1 PDC et 1 PLR, à droite 1 UDC soutenu par le MCG. Objectif : faire perdre la droite divisée contre la gauche unie.
3) Le PDC et le PLR s’en tiennent aux accords signés et font liste unique avec l’UDC soutenue par le MCG. Objectif : une Cour des comptes majoritairement favorable à l’assainissement des finances publiques.
Question : Les présidents du PDC et du PLR, signataires des accords de 2011, auront-ils l’honnêteté de soumettre ces 3 options au vote de leur base cette semaine ?
16:08 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
29/08/2012
Comment les partis gouvernementaux torpillent la Cour des comptes
Il n’en fallait pas plus pour que les partis gouvernementaux se battent pour s’en emparer au risque de couler l’institution plutôt que de la voir échapper à leur contrôle.
Le feu couvait. Tout s’est embrasé en 2011 lorsque la magistrate socialiste Antoinette Stalder, à qui l’on avait refusé le versement cumulé d’une retraire du Palais de justice ajouté à un plein traitement de magistrat de la Cour des comptes, démissionna au plus mauvais moment, moins d’un an avant la fin de son mandat, rendant la relève particulièrement périlleuse pour tout professionnel ne pouvant compter sur un reclassement politique en cas d’échec à sa réélection en 2012. La voie était ainsi ouverte aux politiques et à la politique. Après avoir présenté le président du PS René Longet, au profil particulièrement inadéquat, la gauche s’est unie derrière Daniel Devaud en toute connaissance du caractère problématique du personnage, passé par la fonction publique pour s’en faire licencier et par le Palais de justice pour s’y quereller avec ses collègues de la Cour de justice, y compris sur le plan judiciaire par devant le Tribunal fédéral. Ce choix répondait à un objectif de pure politique : barrer la route à un UDC, parti non gouvernemental, reconnu capable d’habiter le poste et soutenu par toute l’Entente. L’absence d’états d’âme à gauche et des querelles de tacticiens à droite ont imposé l’élection de Daniel Devaud, membre d’un parti gouvernemental, en Ville de Genève de façon directe, dans le Canton par le biais d’une alliance électorale.
Moins d’un an plus tard, rien ne va plus à la Cour des comptes. Daniel Devaud quitte l’institution en la critiquant, laissant derrière lui un Stanislas Zuin traumatisé par l’expérience au point de réserver sa réponse quant à son futur à la Cour dans l’attente d’une meilleure connaissance des risques inhérents à sa composition future.
La bouche en cœur, les partis gouvernementaux annoncent alors leur intention de « dépolitiser » la Cour. La belle blague ! Le moyen de dépolitiser l’élection des magistrats est connu, il fonctionne depuis des lustres à Genève comme aux Chambres fédérales pour le pouvoir judiciaire : On réunit tous les partis autour d’une même table pour entendre ensemble tous les candidats et on retient les plus aptes à occuper le poste, indépendamment de leur couleur politique. Ensuite, s’ils sont trop nombreux à donner satisfaction et seulement dans ce cas, on les départage en s’assurant d’une certaine équité entre les factions politiques, comme il sied à la composition de tout pouvoir censé représenter l’ensemble de la population. La qualité est ainsi garantie, c’est le principal, la représentation démocratique aussi, c’est important.
Or, c’est l’exact opposé de cette démarche qui est suivi par les partis gouvernementaux qui tentent depuis plusieurs mois de négocier entre eux le partage des postes à la Cour des comptes avant même de s’enquérir de savoir qui pourrait éventuellement occuper ces fonctions aux qualifications particulièrement pointues. Les présidents de partis débattent encore pour savoir s’il faut un PDC ou un PLR en plus d’un vert et d’un socialiste aux postes de magistrats titulaires. L’audition des candidats, ce sera ensuite et ailleurs, dans le secret des commissions de partis.
C’est dans ce contexte politisé à outrance que la présidente du PDC a abordé l’UDC au début de l’été pour lui proposer d’office une place de « suppléant » sur une liste commune, sans la moindre idée de l’identité éventuelle des autres candidats. La Cour des comptes comprend trois magistrats titulaires et trois suppléants. L’UDC a rappelé qu’elle avait un candidat annoncé pour un poste de magistrat titulaire que le PDC et le PLR avaient jugé en 2011 parfaitement apte à la fonction en promettant alors de le soutenir en 2012 également. Que ce candidat avait aussi le soutien du MCG. Cela étant, l’UDC accueillait favorablement l’idée de « dépolitiser » l’élection en ouvrant les candidatures au début de l’été pour procéder ensemble à des auditions. Il n’était pas question en revanche d’accepter les miettes d’un partage des postes a priori, sans examen préalable des candidatures et de leurs mérites respectifs.
Les partis gouvernementaux ont rejeté le processus qui aurait dépolitisé l’élection au risque de leur faire perdre la maîtrise exclusive de la désignation des magistrats. En 2011, la gauche a préféré un résultat politique à une Cour qui fonctionne. Au risque de casser l’institution. En 2012, l’entente lui emboite le pas. Torpillant l’institution voulue par 86 % des genevois.
Apparemment, une Cour vraiment indépendante fait très peur.
11:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
04/04/2012
Le plan « Maghreb » en 3 mensonges
Vu la date retenue par Isabel ROCHAT pour lancer son plan « Maghreb », on a cru d’abord à un sympathique poisson d’avril. Et puis non, il faut se rendre à l’évidence : c’est du premier degré, un authentique plan de communication, de l'auto-promotion, mais fondée sur trois mensonges. Principaux.
1er mensonge : la générosité du Conseil d’Etat ne coûterait rien au contribuable car le projet Maghreb serait financé par de l’argent confisqué aux trafiquants de drogue. Faux ! L’argent du crime, et pas seulement celui du trafic de drogue, est confisqué par le Palais de justice, comme le veut la loi, et doit servir à couvrir les frais de la répression (dans certains cas, la prévention). Chaque franc rendu aux délinquants, outre le caractère catastrophique du message, prive l’Etat de moyens nécessaires à son action, contraignant ainsi le contribuable à passer à la caisse.
2ème mensonge : les Fr. 4'000,- offerts aux criminels coûteraient moins cher au contribuable que la détention administrative des mêmes personnes. Absurde ! Le plan Maghreb ne s’applique par définition qu’à des gens qui ne peuvent pas être détenus administrativement (car les juges ne prononcent la détention administrative que restrictivement, pour la durée nécessaire à l’établissement des formalités nécessaires à un renvoi possible). C'est d'ailleurs pour cela qu'Isabel ROCHAT prétend acheter leur départ volontaire. Sans aucune pertinence, la comparaison des coûts est une tromperie.
3ème mensonge : le plan Maghreb aurait prouvé son efficacité. Faux ! A ce jour, le plan n’a rien prouvé du tout. Il vient de jaillir de l’esprit de son auteur. Si Isabel ROCHAT croyait un seul instant à l’efficacité de son projet, elle agirait d’abord, dans la discrétion que requiert une affaire délicate, et communiquerait ensuite. Elle attendrait que les genevois constatent d’eux-mêmes qu’ils peuvent à nouveau traverser le quartier des Pâquis sans crainte des prédateurs magrébins et africains postés aux carrefours à l’heure de la chasse. Elle expliquerait alors qu’elle a eu recours à une méthode inorthodoxe du point de vue des principes mais pragmatique et qui s'est avérée efficace. Les Genevois reconnaissants la rééliraient sans doute pour une nouvelle magistrature. Mais rien de tout cela n’intéresse Isabel ROCHAT. Devant la vacuité de son bilan, il lui faut un effet d’annonce et rien d’autre. Quitte à provoquer par une pub irresponsable un nouvel appel d’air en provenance de pays et de cantons moins généreux.
19:12 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
03/01/2012
Le Conseil d’Etat règne mais ne gouverne pas
Dire des institutions genevoises qu’elles ne fonctionnent pas serait injuste. Elles fonctionnent. A l’envers : Qui doit servir, se sert. Qui doit être servi, est asservi. Qui paie obéit. Les TPG ordonnent, les usagers courent. Les locataires sont protégés. Contre la construction de logement. Les criminels aussi. Contre la police. Laquelle réserve ses rigueurs aux seuls honnêtes gens. Le Conseil d’Etat règne mais, comme la reine d’Angleterre, ne gouverne pas. Le pouvoir est aux mains des commis.
En matière de mobilité, ce sont les ingénieurs du trafic. Qui décident des options politiques. Autoriser les TPG à optimiser leur propre exploitation aux dépens des usagers : décision politique. Sacrifier les piétons au profit du transfert modal sur les places : décision politique. Paralyser le transport individuel par des aménagements malthusiens : décision politique. Liquider les résistants par une signalisation assassine : décision politique. Au final des milliers de décisions politiques que le Conseil d’Etat n’a ni annoncées ni préparées. Faute de les avoir prises, voire comprises. C’est au point que le gouvernement se dit surpris qu’on puisse lui demander d’assumer politiquement la cacade des TPG et l’asphyxie durable de la mobilité la plus chère de tous les temps.
En matière d’enseignement, c’est un quarteron de psys. Qui préside aux destinées du DIP. Socialiser plutôt qu’instruire : décision politique. Préférer le remplissage de fiches au talent des enseignants : décision politique. Ignorer le verdict des évaluations PISA : décision politique. Déboussoler les résistants (parents ou enseignants) par un état de réformes permanent : décision politique. Au final, des milliers de décisions politiques que le Conseil d’Etat n’a ni prises ni comprises. Au point que le gouvernement se montre surpris qu’on puisse lui demander d’assumer politiquement la génération d’illettrés la plus chère de l’histoire.
En matière de sécurité, c’est le règne des experts. Affirmer que l’insécurité est affaire de sentiment : décision politique. Laisser sonner le 117 dans le vide la nuit : décision politique. Déclarer l’automobile ennemi public numéro un : décision politique. Refuser de construire des lieux de détention en vue d’expulsion : décision politique. Décourager la légitime défense et l’arrestation citoyenne : décision politique. Laisser les syndicats de police prendre le pouvoir : décision politique. Au final, des milliers de décisions politiques que le Conseil d’Etat n’a ni prises ni comprises. Au point de s’étonner qu’on puisse lui demander d’assumer politiquement la loi de la jungle la plus chère du monde.
En matière de finances, c’est le règne des météorologues. La conjoncture est bonne, les comptes seront bons. Malgré le Conseil d’Etat, qui laisse filer la dette. La conjoncture est mauvaise, les comptes seront mauvais. Brillante prédiction. Fin 2010, la dette publique genevoise par habitant atteignait 32'427 dollars, soit 29'833 francs suisses. Avec la dette fédérale, 15'277 dollars par habitant (14'055 francs suisses), la seule dette monétaire cantonale atteignait 47'704 dollars par habitant. A ceci s’ajoute la dette (variable) des communes et les garanties de paiement non couvertes données aux caisses de pensions du personnel de l’Etat : plusieurs milliards supplémentaires. Au final, fin 2010, la dette publique genevoise par habitant s’apparentait à celle de la Grèce (53'984 dollars par habitant). Rien n’a été fait pour réduire cette dette en 2011. Pire, le budget 2012 prévoit plusieurs centaines de millions de déficit, donc de dette supplémentaire.
Gageons que les années de vaches maigres, qui s’annoncent durables, contraindront enfin Genève à répudier son régime de cour, voué à l’inauguration des chrysanthèmes, et à opter pour la République, prévue par la Constitution. Qui suppose qu’un ministre dirige et assume personnellement. Ou alors démissionne.
Bonne année 2012.
09:59 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
28/11/2011
Oskar, mine de rien
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 28 novembre 2011)
Antifa, éditions Tatamis, Paris, 60 pages. Sous prétexte de gaudriole, sans autre prétention apparente que celle d’honorer sa propre image en défrisant le bourgeois, Freysinger nous livre, comme on livre un condamné à son bourreau, l’inventaire étonnamment complet des tabous dépassés d’une époque, la nôtre, qui se croit indépassable. Mais qui appartient déjà au passé.
Sur le ton de Momo, découvrant dans l’escalier de son immeuble parisien qu’il est arabe, fils de pute et que la vie devant lui est ma foi très belle, le narrateur d’Antifa (réponse à Stéphane Hessel) découvre dans une rage de dents qu’il est socialiste, fils de l’injustice et que sa vie sexuelle ne va pas vers le beau. S’en suivent 60 pages d’un monologue introspectif faussement naïf, glissant de branche en branche le long des certitudes de l’époque, se balançant de poncifs en indignations, toujours à gauche, jusqu'à tomber au pied d’un arbre de vie totalement désenchanté. La démarche et le style narratif du Candide saviésan rappellent ceux d’un Romain Gary, venu lui aussi de la Mitteleuropa, et qui, diplomate en poste dans la capitale fédérale, pensait comme lui que Berne est la ville « où tout se passe ailleurs ».
Passé en voisin, il pourrait aussi bien être de gauche, Freysinger s’offre d’éteindre la lumière sur les décombres d’une époque qu’il vitupère avec d’autant plus de tendresse qu’il la sait déjà morte. N’en déplaise à sa copine Ada, qui croit pouvoir affirmer le contraire mais qui se trompe, le scanner Freysinger ne fait que mettre l’évidence en évidence : l’odeur de sainteté dont se parent les poncifs de l’époque (antifascisme, antiracisme, indifférenciation des genres) ne rayonne plus et depuis longtemps que par l’écho amplifié par les médias des derniers signaux d’un encéphalogramme résolument plat.
Oskar, mine de rien, est un écrivain tragique et prophétique. Témoin de la fin d’une époque, son pamphlet appelle à bâtir un ordre nouveau sur les ruines d’un Occident laïc éreinté entre le conservatisme vieux jeu qui le dessèche et le progressisme newlook qui le liquide. Défié par l’Islam, marginalisé par la Chine, vassalisé par les USA, le génie titubant de l’Europe est invité à la résurrection. Ou à la disparition. Problème : le socialisme, qui appartient aux siècles passés, le XIXème pour la théorie, le XXème pour l’expérimentation, s’érige encore et toujours en horizon indépassable. Et personne pour voir au-delà des poncifs d’une époque qui suffoque sous le poids de ses stériles certitudes. Personne ? Non, un village d’irréductibles empêcheurs de penser en rond, résiste encore et toujours à l’ère du temps. Et ose regarder au-delà de l’horizon indépassable des idées reçues. Freysinger est de ceux-là.
12:43 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
02/11/2011
Le centre, ce trou noir de la politique
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 2 novembre 2011)
On entend dire que le centre serait sorti renforcé des élections fédérales du 23 octobre 2011. L'idée n'est pas fausse. Elle est absurde. Car le centre ne désigne rien en politique sinon la résultante, après le choc, d'une proposition de droite opposée à une proposition de gauche. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, de centre fort. Possible partout où deux idées adverses ont vocation à se croiser, le centre, qui n'est a priori nulle part, condamne ses incarnations au destin de girouette. Car le centre n'est pas un programme, mais une posture. Opportuniste. Qui consiste à laisser les extrémités affirmer leurs positions politiques et à se borner à y répondre en se plaçant à équidistance entre les unes et les autres. C'est la négation du positionnement politique. Si le "centre" devait, par impossible, formuler une idée propre, la dialectique qui s'engagerait avec ses contradicteurs placerait aussitôt ailleurs le centre du débat.
Comme les trous noirs attirent la matière, le centre attire les partis débutants et les partis décatis, qui ont en commun de devoir s'assurer un rôle politique avec quelques pourcent seulement de l'électorat. Que seraient l'UDC ou le PS avec le score du PBD, des Verts-lib ou même du PDC fédéral? Le non positionnement politique, c'est la certitude de se trouver, toujours, du côté du plus fort. Les victoires du centre ne sont pas les siennes propres puisqu'elles sont celles du camp auquel son ralliement a apporté la victoire. Mais qu'importe en regard de la certitude de ne pas connaître la défaite. Au Parlement, du moins. Car devant le peuple, que l'on croise rarement et jamais au centre, c'est autre chose. Un tel confort tôt ou tard devait faire des émules.
Paradoxalement, l'arrivée de nouveaux partis se réclamant du centre va augmenter encore la polarisation du Parlement, dont l'embouteillage au centre n'est qu'un épiphénomène. Car en quittant leurs familles d'origine pour une herbe plus verte, les dissidents de l'UDC et du PLR (BD et Verts-lib.) libèrent de leur présence les forces de droite qu'elles modéraient précédemment en y faisant office de contrepoids internes. Le Conseil national 2011-2015 verra donc s'affronter une droite et une gauche plus homogènes, recentrées sur leurs fondamentaux et en position de faire leur marché parmi une nébuleuse dispersée de mercenaires et de supplétifs qui se battront pour survivre en se vendant au plus offrant.
Appeler les radicaux de gauche, verts-libéraux, évangéliques et bourgeois démocratiques à venir s'embouteiller dans un trou noir politique, dont le centre serait le PDC, tient de l'appel au suicide collectif. Rendez-vous dans quatre ans!
09:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
21/10/2011
Far West sur les blogs : La Tribune de Genève doit clarifier sa pratique
Dans un monde idéal, un journal qui se dote d’une version électronique interactive et d’une blogosphère propre élargit à bon compte son offre éditoriale par la publication de chroniqueurs talentueux, de commentateurs inspirés, de citoyens concernés, tous parfaitement conscients de la responsabilité civile et pénale attachée à l’usage public de la liberté d’expression. Un tel journal obtient ainsi une proximité accrue avec son lectorat, une meilleure identification au produit et donc de meilleures ventes.
Tout ceci est vrai également dans le monde réel, avec en plus la responsabilité civile et pénale de l’hébergeur éditeur lorsqu’il participe à la diffusion de textes contraires au droit. Car si les chroniques et les commentaires émanent le plus souvent d’intervenants respectueux des bonnes mœurs et de la loi, elles peuvent aussi déraper ou être le fait de quérulants d’autant plus prompts à déverser leur fiel sur le pauvre monde de la blogosphère qu’ils sont autorisés, à tort, à y pratiquer masqués derrière des pseudonymes qu’ils croient inviolables.
En matière d’atteintes à la personnalité, les nouvelles technologies ont brouillé les esprits en même temps qu’elles ont modifié les pratiques. Des lettres anonymes, que la rédaction de la Tribune de Genève ne publierait jamais sur papier, sont désormais diffusées en la forme de commentaires sous pseudos sur les blogs qu’elle héberge. Avec pour toute cautèle, cette incantation pathétique car sans réelle portée : « Le contenu des blogs n'engage pas la rédaction de la Tribune de Genève ». A voir.
Rappeler aux bloggeurs que leurs écrits engagent leur responsabilité est un message sans doute vertueux et pédagogiquement nécessaire. Mais nullement suffisant à exonérer l’hébergeur de sa responsabilité de diffuseur. Ce d’autant moins que la Tribune, en déclarant tenir ses bloggeurs pour responsables, en cascade, des commentaires que des tiers viennent poster sur leurs pages reconnait au moins sa propre responsabilité, en cascade également, s’agissant des textes que les bloggeurs viennent inscrire sur son site.
Or, et c’est là que le bât blesse, lorsqu’un abus lui est signalé, le rédacteur Tribune responsable des blogs rejette candidement sa responsabilité de diffuseur en se bornant à renvoyer dos à dos la victime et l’auteur s’affronter en duel sur la toile. Inviter le lésé à en découdre plume au poing sur le blog litigieux de celui qui lui a porté atteinte est sans doute bon pour le spectacle et donc pour le business. Mais cette pratique digne du far West n’est ni adéquate ni responsable.
La Tribune doit en changer.
15:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
18/10/2011
A nous, tous les PrivilègeS
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 18 octobre 2011)
Un hôtelier de Brigue, dans cette même rubrique il y a peu, troquait ses habits frais de chroniqueur pour la pourpre lourde du chef de bande qu'il fut. Et dans un geste auguste où la senteur de la naphtaline le disputait à l'âcreté du verbe traduit, livrait à la vindicte populaire le parti du peuple suisse (30% des électeurs), coupable présumé par avance des hypothétiques baisses de subventions fédérales auxquelles le sursaut patriotique des partis bourgeois en faveur d'une armée de 100 000 hommes ne manquerait pas de condamner, selon lui, le peuple valaisan tout entier...
Superbe morceau de propagande, fondée sur la peur et la "bouc émissairisation" simpliste, que d'autres socialistes, plus ouvertement nationaux, n'auraient pas désavoué, c'est certain.
Le slogan 2011 du parti des petits copains est à ce propos tout à fait remarquable. Et exemplaire: "Pour tous sans PrivilègeS", caricature inversée de son auteur, le slogan du PS s'inscrit dans le droit fil d'une filiation de gauche qui se réclame des penseurs théoriques: ne jamais s'appliquer à soi-même les recettes que l'on préconise pour le salut de l'humanité. Pour écrire ses pages inspirées sur l'éducation, Rousseau n'a-t-il pas abandonné ses cinq enfants à l'assistance publique, dont on connaît le taux de mortalité effarant de l'époque? Pour critiquer l'esprit petit bourgeois, Karl Marx n'a-t-il pas fait un enfant (Frederick) à sa bonne (Helen) et forcé son ami (Engels) à le reconnaître? Pour fustiger le capitalisme et les banques, Bertolt Brecht, en révolte contre tous les pouvoirs sauf celui de l'Allemagne de l'Est, n'a-t-il pas ouvert un compte en Suisse? Pour chanter la liberté et la franchise conjugales, Sartre ne fut-il par le plus dissimulateur des compagnons doublé d’un amateur de vaudevilles à l'ancienne? Pour dépasser le capitalisme, DSK n'a-t-il pas pris la tête d'une institution de Bretton Woods, toute entière vouée aux fondamentaux de l'économie de marché? Pour fustiger l'influence d'une prétendue extrême droite, Bodenmann ne s’est-il inspiré des méthodes de Goebbels?
Il fallait qu’à Genève Salerno favorise Drahusak et offre à Garbani un salaire de cadre pour soigner son spleen aux HUG. Il fallait qu’à New York DSK trousse la bonne nègre. Et que l’Internationale socialiste cajole inlassablement les pires dictateurs d’Afrique et d’ailleurs. Il fallait, partout, ces armées des camarades favorisés pour que le PS suisse puisse, en toute légitimité, accoucher d’un grand slogan de campagne 2011 : Pour nous tous les PrivilègeS!
14:08 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
07/10/2011
Y-a-t ’il un percepteur dans l’avion ?
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 5 octobre 2011)
C'est un Etat, la Suisse, qui a tiré UBS de la faillite, c'en est un autre, Singapour, qui a obtenu le remplacement de M. Gruebel à la tête de la banque sauvée par l'argent du contribuable suisse. Depuis que la crise économico-financière a été déclenchée et propagée par les Etats-Unis de Monsieur Obama, un capitalisme d'Etat se profile à l'horizon.
Les Etats ne cherchent plus à dicter les règles, ni à se soustraire à l'influence des marchés mais à s'en servir pour asseoir des objectifs de politique intérieure. Ce capitalisme d'Etat, on le constatera bientôt, contrarie les objectifs et menace l'existence même du capitalisme entrepreneurial qui a fait la prospérité de notre pays. Derrière le masque du respect, purement formel, des procédures du Parlement, l'Etat fédéral s'oriente vers un dirigisme économique, potentiellement totalitaire. Le capitalisme d'Etat n'est pas une nouvelle idéologie, ni un nom de code, mais une dérive, sournoise, au plus haut niveau politique qui consiste à se faire réélire en acceptant la primauté des marchés sur l'action politique et à soumettre un petit pays aux lois des plus grands.
Madame Evelyne Widmer-Schlumpf possède sans doute la capacité de gérer un village grison, voire de diriger les finances d'un canton et de fonctionner comme présidente de la conférence des directeurs cantonaux des finances. EWS est un percepteur. A qui on demanderait en vain d'orienter le système financier suisse avec une vision de son futur économique et financier. C'est un tout autre métier, qui requiert d'autres qualités, qu'elle n'a pas, tout comme ne les avait pas non plus son prédécesseur, Hans Rudolf Merz, dont les démarches maladroites et malheureuses sont encore dans toutes les mémoires.
Tout ce qui fait entrer de l'argent dans les caisses de l'Etat est bon, et suffisant aux yeux du percepteur. Car cet argent permettra de corriger, par des mesures d'aides dont les électeurs sont toujours reconnaissants, les problèmes sociaux liés à de mauvais choix politiques, quels qu'ils soient. C'est ainsi que le percepteur pense utile d'attirer, par un deal fiscal intéressant, des entreprises étrangères qui s'installent avec leur personnel, qu'il faut ensuite loger et transporter, et qui n’engage pas un seul chômeur local, les salaires des postes uniquement subalternes créés sur sol suisse n'étant attractifs, compte tenu de la cherté croissante des infracteurs, que pour des personnes établies de l'autre côté de la frontière.
Ce n'est pas au percepteur qu'il faut demander de répondre aux questions de société. D'autant moins lorsque ces questions sont celles de savoir si l'Etat doit présumer la bonne foi de ses citoyens ou partir de l'idée que tous sont malhonnêtes et imposer un régime de persécutions. Ou encore si l'Etat doit adapter ses finances à ses recettes ou imposer ses excès à des contribuables corvéables à merci.
12:06 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
06/10/2011
Genève menacée par une crise grecque ?
(Sécurité financière: Commentaire d’actualité suisse n° 3 du 6 octobre 2011)
On dit qu’à l’inverse de la dette grecque, la dette suisse ne risque pas de couler le pays. C’est peut-être vrai pour la Confédération. Mais dans une canton comme Genève, la dette publique par habitant avoisine celle des grecs. Le Canton est-il aussi « too big to fail » ?
Depuis des semaines, la Grèce fait l’ouverture du téléjournal. Athènes : les ministres grecs préparent un xième plan de sauvetage. Bruxelles : Monsieur Papandreou négocie le soutien des Européens avec Monsieur Barroso. Paris, Berlin : Monsieur Sarkozy, Madame Merkel vendent le plan grec à leurs cabinets et parlements respectifs. Athènes : le peuple est dans la rue, le plan est quasi insupportable. Et l’exercice de repartir pour un tour. Et les téléspectateurs que nous sommes de compatir au malheur d’un peuple ami, quoi que si différent.
La crise grecque tient en trois mots : trop de dettes.
Fin 2010, la dette publique externe de la Grèce totalisait 579 milliards de dollars, soit 53'984 dollars par tête d’habitant (source CNBC).
La Grèce est un pays centralisé. Ce n’est pas le cas de la Suisse, où coexistent une dette fédérale, des dettes cantonales et des dettes communales.
Fin 2010, la dette publique genevoise par habitant atteignait 32'427 dollars, soit 29'833 francs suisses au cours actuel (source UBS, « La Suisse en chiffres »). A ceci s’ajoute la dette fédérale par habitant, soit 15'277 dollars (14'055 francs suisses). La seule dette monétaire cantonale est ainsi de 47'704 dollars par habitant. A ceci s’ajoute la dette (variable) des communes. Et encore les garanties de paiement non couvertes données aux caisses de pensions du personnel de l’Etat : plusieurs milliards supplémentaires qui ramène la dette publique genevoise tout près du montant de 53'984 dollars de la dette grecque par habitant.
Les genevois vont-ils aller se faire voir chez les grecs ?
On vote le 23 octobre !
10:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
03/10/2011
En flagrant délit, tout citoyen est sergent
« En flagrant délit, tout citoyen est sergent » tel est l’adage qui délimite la légitimité de l’action citoyenne face à un crime ou un délit en train d’être commis. C’est le réflexe de Tintin, journaliste de son état, qui n’écoutant que son courage, tire son Browning de sa poche révolver, arrête le malfaiteur en pleine action et le remet à Dupont et Dupond. C’est possible et pas seulement dans les bandes dessinées. Le citoyen est invité à agir en appui de la police, ou lorsque celle-ci est retenue par d’autres tâches, à la tripe condition de se trouver face à un délit (ou un crime, une contravention n’est pas suffisante), flagrant (c'est-à-dire en train d’être commis) et dans les limites de ce qui est strictement nécessaire à la remise du cas en mains policières.
C’est en vertu de cet adage, sans doute, qu’un groupe de citoyens légitiment excédés de voir jour après jour les escrocs au bonneteau détrousser impunément leur victimes sous leurs yeux, s’est senti inspiré à agir en supplétifs de la force publique défaillante. Las, le Grand Conseil genevois ayant institué le bonneteau en contravention, l’action de ces citoyens courageux ne peut se fonder sur un « délit » flagrant. Ne pouvant procéder légitiment à des arrestations citoyennes, les vigiles bénévoles en sont ainsi réduits à des rondes, plus dangereuses pour eux-mêmes que pour les malfrats, sans soutien aucun, et c’est le moins qu’on puisse en dire, de la part d’une maréchaussée plus anxieuse de conserver un monopole dont elle ne fait pas usage que d’augmenter sa présence sur le terrain.
Malgré la tendance à faire du trafic de drogue une contravention, cet acte reste un délit. Le vol à la tire aussi. De même le cambriolage, qui peut être un crime selon les circonstances. Il reste donc un vaste champ d’action pour les citoyens concernés.
Plutôt que de dissuader la légitime défense de ceux qui font preuve de courage, les autorités genevoises seraient mieux inspirées de remercier les citoyens en révolte contre l’insécurité et de les appuyer en rappelant publiquement les conditions, les limites mais aussi la vertu de l’arrestation citoyenne.
12:59 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
01/10/2011
Barazzone, UDC refoulé ?
Personne ne conteste que Lüscher soit compatible avec l’électorat UDC. Le PLR n’avait pas besoin de pousser le bouchon jusqu’à crier Christophe sur ses bulletins de vote. Tout le monde sait bien que c’est à Zurich et non à Genève que Christoph Blocher est candidat. Mais bon. Voilà que le PDC fait mieux encore. En matière de sur identification à l’électorat UDC, ce n’est pas juste un prénom mais tout un slogan UDC que le parti à la vachette a repris sur ses culs de bus avec Guillaume Barazzone : « De la Suisse dans les idées » n’est autre que le slogan de campagne fédérale de l’UDC Genève en 2003 ! Et aussi le slogan qui m’a fait élire en 2007. Et donc le slogan avec lequel je me présente sur mon profile smart vote en 2011 ! Merci Guillaume de ce ralliement tardif. Mais pourquoi avoir attendu si longtemps ?
10:12 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |
30/09/2011
Sécurité financière
Dette souveraine et capitalisme d’Etat
(Commentaire d’actualité suisse n° 2 du 28 septembre 2011)
C’est un Etat, la Suisse, qui a tiré UBS de la faillite, c’en est un autre, Singapour, qui a obtenu le remplacement de Mr. Gruebel à la tête d’une banque sauvée avec l’argent du contribuable suisse.
Madame Evelyne Widmer-Schlumpf possède à coup sûr la capacité de gérer un village grison, voire de diriger les finances d’un canton. Elle l’a fait, en conformité avec les ordres venus de Berne. Mais orienter le système financier suisse avec une vision du futur économique et financier de la Suisse est une autre histoire. Qui requiert d’autres qualités, qu’elle n’a pas et que n’avait pas non plus son prédécesseur Hans Rudolf Merz, dont les démarches maladroites et malheureuses sont encore dans toutes les mémoires. Conscients de la difficulté, les politiciens aguerris des pays voisins confient la manœuvre à des entrepreneurs sachant naviguer.
Qualifiés autrefois de placements de « bon père de famille », les obligations « souveraines » de nombreux Etats occidentaux sont devenues, avec la montée en flèche des déficits publics, des dettes et des investissements risqués. La maîtrise des risques de ces débiteurs souverains représente d’ailleurs, depuis un certain temps déjà, l’un des premiers défis pour la stabilité financière et économique en général.
Quels risques ces obligations souveraines font-ils porter aux banques, aux entreprises, au système financier en général et à l’économie réelle dans son ensemble ?
La dégradation du rating des obligations souveraines européennes affecte le coût du refinancement (funding) et l’accès au marché. Les banques détenant dans leurs bilans des obligations dépréciées, aux valeurs de nantissement de facto plus faibles en guise de garanties auront des possibilités amoindries pour assurer leur refinancement : elles devront payer des taux d’intérêts plus élevés pour obtenir des capitaux, si tant est que les bailleurs de fonds ne renoncent pas purement et simplement à leur prêter.
Et c’est, entre autres, pour cacher leurs propres problèmes que les gouvernants européens n’ont cessé de faire monter la pression sur la Suisse. Quoi qu’on en dise, en comparaison européenne, les finances de la Confédération sont saines et transparentes, ce qui est essentiel en matière de crédits pour le système bancaire et l’économie nationale et au final pour les entreprises.
Un ministre suisse des finances, s’il entend préserver ce pan important de l’économie nationale, se doit d’être pro actif dans la défense du secteur bancaire et ne rien céder de ce qui fait son identité.
En cédant à la pression médiatique et fiscale de nos voisins européens, le Conseil fédéral oublie que les banques suisses, à travers leurs clients et quelles que soient leurs origines, sont de grands pourvoyeurs de fonds qui aident les gouvernements à financer leurs déficits budgétaires. Si les banques de gestion, prenaient la décision de vendre en masse, pour leur clientèle, les obligations souveraines et de réinvestir leurs fonds sur d’autres marchés tels que les actions d’entreprises de premier ordre, offrant des dividendes intéressants, l’Europe souffrirait encore plus de son problème de refinancement.
Lorsque l’on négocie à la tête d’une entreprise, on le fait avec des objectifs précis. Or les objectifs semblent être cruellement absents de l’esprit de nos dirigeants politiques, qui donnent l’impression de se borner à subir en attendant le prochain coup. Quelques notions supplémentaires d’économie politique permettraient à Mme Widmer-Schlumpf de poser sur la table de négociation des éléments factuels, au lieu de répondre docilement aux requêtes européennes les plus extravagantes.
Nos amis allemands se sont, par exemple, montrés très forts dans la critique de la Suisse, avec notamment l’arrogant Steinbrück. Or, dans le même temps, les banques allemandes attaquaient l’obligation qui leur était faite de publier les détails de leurs participations au niveau bilanciel, au prétexte que cette publication aurait aggravé la crise des dettes souveraines et encouragé une spéculation contre les institutions financières allemandes. Pour l’Allemagne, la fin justifie tous les moyens. C’est au point que la Bafin, le régulateur bancaire allemand, a récemment accusé l’EBA (European Banking Association) d’agir sans légitimité en édictant des règles définissant le capital des banques.
Tous les Etats y vont de leur touche personnelle de protectionnisme et défendent ainsi leurs intérêts nationaux. Tous, sauf la Suisse qui laisse honteusement tomber son secteur bancaire et cède sans combattre à toute les demandes, pourvu qu’elles soient étrangères. La Suisse ne réagit jamais, sauf pour sauver UBS qui a déjà mis le pays sous pression à plusieurs occasions. Cette politique de la lâcheté conduit tout droit au capitalisme d’Etat, dont Mme Schlumpf est une efficace artisane.
Autre exemple, les stress test des banques publiés le 15 juillet 2011, dont les investisseurs ont été seuls à prendre les résultats de l’étude avec tout le scepticisme qu’ils méritaient. Car ils savaient, eux, que le fameux « tier one capital ratio » pour les banques (niveau des fonds propres) avait été basé, pour cet exercice, sur une prise en compte des dettes souveraines comme « risk-free » (= solvabilité garantie !).
Et le marché a vendu les actions bancaires européennes, montrant au passage aux politiciens que les investisseurs n’étaient pas dupes de leurs montages. Les banques françaises, « bien » exposées aux dettes grecques et italiennes dans leurs bilans respectifs ont dégringolé en bourse (BNP chutant de quelques 14% du 1er juillet à la mi-juillet, 17 % pour le Crédit Agricole).
Après UBS, Crédit Suisse cède au chantage américain et livre ses clients. Depuis le début, la « stratégie » suisse a consisté à céder et à mettre la tête dans le sable en attendant la suite. Ravi de la solution juridique, politiquement correcte, que lui a suggérée le Tribunal administratif fédéral pour se sortir d’affaire dans le cas UBS, le Conseil fédéral a renoncé à l’action politique pour se consacrer tout entier à sa propre défense. Et l’exécutif d’obtenir d’un parlement déboussolé le quitus de sa gestion dans l’affaire UBS : un blanchiment rétroactif de la violation de la loi commise pour plaire à un Etat étranger. Et une trahison solennelle de ce qui fait la Suisse, que nous n’avons pas fini de payer.
Le secret bancaire est attaqué également de l’intérieur, dans la loi proposée par le Conseil fédéral pour remplacer l’ordonnance. On y sacrifie un pan important de l’économie suisse aux pressions des européens, eux-mêmes en pleine débâcle financière et qui cherchent à se sortir d’affaire aux dépens d’un bouc émissaire instauré en vache laitière et tiers payeur. Ancienne présidente de la conférence des directeurs de fiscs cantonaux, Madame Widmer-Schlumpf est, dans cette bataille, la mauvaise personne à la mauvaise place.
Ce n’est pas à un percepteur qu’il faut demander réponse aux questions essentielles
Ce n’est pas au percepteur qu’il faut demander de répondre aux questions essentielles de l’identité et du rapport à l’Etat. Surtout lorsque ces questions portent sur le point de savoir si l’Etat doit présumer la bonne foi de ses citoyens, et leur faire confiance jusqu’à preuve du contraire, ou partir de l’idée que tous sont malhonnêtes et instaurer un régime de persécutions. Ou si l’Etat doit adapter ses finances à ses recettes ou imposer les conséquences de ses excès à des contribuables corvéables à merci.
Depuis que la crise économico-financière a été déclenchée et propagée de façon volontaire par les Etats Unis, un capitaliste d’Etat se profile sournoisement à l’horizon.
Les partisans de ce capitalisme d’Etat n’essaient pas de se soustraire à l’influence des marchés mais cherchent plutôt de manière très pragmatique à maitriser les marchés afin d’atteindre leurs propres objectifs politiques.
Mme Widmer-Schlumpf s’est engouffrée dans la brèche en prônant ce capitaliste d’Etat qui lui permet de poursuivre ses propres objectifs électoraux au détriment du bien public et à l’encontre des conditions cadres nécessaires à la prospérité du pays.
Le capitalisme d’Etat va à l’encontre des objectifs de développement qui sont ceux du capitalisme entrepreneurial, fondement de la prospérité de notre pays et le menace directement. L’Etat s’oriente vers un dirigisme économique, qui peut prendre une configuration totalitaire, sous certains aspects, masquée par le respect purement formel des procédures du parlement.
Le capitalisme d’Etat n’est pas une idéologie, ni un nom déguisé pour évoquer un régime ou un modèle. Il s’agit d’une dérive, sournoise, au plus haut niveau politique, qui consiste à plier l’échine devant les lois d’autres pays. A-t-on demandé à Hong Kong les mêmes aménagement que ceux qui sont « prévus » pour la Suisse ? Non, car personne n’oserait le faire. Et qu’en est-il d’Abu-Dhabi avec sa puissance financière énorme ? La réponse est identique.
Pourquoi s’agenouiller toujours devant des pays en quasi faillite, des pays où les citoyens rêvent du modèle suisse ? Des décisions prises à la légère par le Conseil fédéral sont malheureusement entérinées par les parlementaires, représentants et élus du peuple mais manquant d’informations, de connaissances et de compréhension, et qui n’assumeront aucune responsabilité, ni financière, ni sociale, ces prochaines années lorsque leurs décisions se seront avérées catastrophiques pour le pays.
Pourquoi suivre l’exemple de l’administration Obama et museler nos citoyens et nos entrepreneurs ? Pour faire plaisir aux administrations fiscales qui nous entourent, eux dont les élites ont conduit leurs pays, tout au long des dernières décennies, à vivre au-dessus de leurs moyens, sur le dos de leurs citoyens, avec comme résultante des déficits budgétaires chroniques cumulés qui aboutissent à la dette délétère que l’on sait.
Le gouvernement américain a décidé d’instituer à partir de 2012 un nouvel impôt sur le commerce des pièces d’or sur les transactions dépassant la somme de USD 600.- par an. Cet impôt n’a qu’un but : freiner l’accès à l’or et dissuader les épargnants d’en acheter, de peur que les citoyens américains se détournent des souscriptions obligataires et fragilisent le financement du déficit budgétaire. Ce type de mesure a été imposé au début des années 30, déjà, lorsque la possession d’or par les privés était carrément interdite.
Si on réfléchit à tout cela, on s’aperçoit qu’en acceptant toutes les demandes, quelles qu’elles soient, en provenance de l’Europe, le Conseil fédéral agit de manière déguisée pour se rapprocher d’une intégration. Il est vrai qu’il est plus facile de se noyer dans la masse que de prendre la responsabilité d’écrire sa propre histoire.
10:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook | |



