12/09/2008

La politique de Gribouille

 

 

 

Chronique parue dans le Nouvelliste du 8 septembre 2008

Vous avez remarqué,  Berne, la ville fédérale où d’ordinaire « tout s’y passe ailleurs » ? Devenue  nœud gorgien de psychodrames shakespeariens à répétition.    Ebouriffant, non ? Et dans le même temps, Genève, la versatile, où  tout n’est d’ordinaire que politique et rebondissements? Alanguie, placide, toute entière absorbée dans la laborieuse digestion de  recettes fiscales soudainement excédentaires. Surréaliste !  On croirait à un transfert.  Or donc, l’œil du cyclone réside aujourd’hui à la Bundesgasse. Et les yeux de toute la Suisse, bientôt du monde, de converger vers le Palais fédéral. Où tout a commencé le 12 décembre 2007. Comme la météorologie, la vie politique suisse est faite d’équilibres, de poids et de subtiles contrepoids. Un Conseiller fédéral est brutalement congédié. Son parti, un poids lourd, se retire dans la marge. Rien ne va plus. L’horloge politique se grippe. Et quelques mois plus tard, le Conseil fédéral pourrit littéralement  sur pieds : plus aucun parti n’est gouvernemental, tout le monde tire à vue.  Et valsent les dominos. Sur les sept ministres que compte le Collège, deux sont sans parti. Leur destin est de tomber à la première bourrasque. C’est déjà fait pour l’un d’eux, qui reste,  car le Collège le soutient. Comme la corde soutient le pendu. Deux autres sont des ministres usés. Que leurs partis remplaceraient immédiatement. Pour peu que leur succession suive des règles prévisibles.  Ils restent, adossés au cadavre de la formule magique. Pour être parvenue à liquider en dix mois  la neutralité séculaire du pays, l’extravagante ministre des affaires étrangère déchaîne ces jours la colère de tous.  Jadis isolée dans un respect que les autre Etats témoignaient à elle-seule, la Suisse partage désormais le sort de ceux qui possèdent des ennemis sur les cinq continents. Quant aux deux derniers ministres, ils sont provisoirement épargnés. Pour peu de temps car la maladie qui ronge le Collège n’a cure de distinguer entre ses membres. A l’heure du bilan, le coup tactique du 12 décembre est un très mauvais coup stratégique. Ses auteurs comprendront qu’à trop vouloir la politique de Machiavel, il arrive que l’on fasse « la politique de Gribouille ».  

10:14 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |

Commentaires

J'aime beaucoup cette phrase :
"Comme la corde soutient le pendu."
Sauf que, comme tout mort, décédé, il faut enterrer le corps ... et cela ... risque de prendre encore du ... temps.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 12/09/2008

Moi, j'aime beaucoup cette phrase:
"...plus aucun parti n’est gouvernemental, tout le monde tire à vue. Et valsent les dominos."

Trahisons et coups bas ornementés de discours lénifiants aussi bien qu'hypocrites font désormais partie du décor politique. Espérons que la Constituante genevoise appellera d'autres styles pour rebâtir les constructions d'une nouvelle république, où l'on sera "constraints" de faire de la politique autrement...

Écrit par : Micheline | 12/09/2008

Mais ... aucun domino ne tombe ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 12/09/2008

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