23/09/2008

Libre circulation des armées en Europe

 

 

 

Chronique parue dans le Nouvelliste du 23 septembre 2008 

Des aveux complets ! Dans l’Hebdo du 18 septembre, les propos du ci-devant chef de l’armée font tomber un masque de verre. On savait le bateau de la défense suisse à la dérive. On savait son capitaine le nez dans les étoiles, européennes. Boussole et gouvernail jetés par dessus bord. On le supposait orienté vers un cap inavouable : Rendre l’armée suisse OTAN compatible. Et ONU disponible. Jeudi dernier, les aveux de Christoph Keckeis ont levé les derniers doutes : « Pour assurer sa sécurité, la Suisse doit conclure avec ses voisins - comprenez l’OTAN – des accords bilatéraux en matière de défense ».  La libre circulation en Europe appliquée aux chars et aux troupes ! Ceux qui pensaient que l’armée suisse existait précisément pour éviter cela en seront pour leur grade. La vocation de nos soldats désormais : Servir sous le drapeau des Nations unies. Logique : C’est en tuant les conflits partout où ils se trouvent que les militaires suisses assumeront leur mission. Quelle meilleure sécurité pour le pays qu’un monde tout entier pacifié ? Ceux qui croyaient le service étranger aboli en 1815 n’avaient rien compris. La neutralité ? « N’est pas une excuse pour ne rien foutre ! ». Imparable. La défense nationale toucherait au noyau dur de la souveraineté ? Combat d’arrière garde : La Suisse sera demain un canton européen. L’indépendance ? Balivernes : La Suisse importe déjà les pièces détachées de ses avions de combat. Reste que l’OTAN n’est pas une alliance de pure défense. Que l’OTAN a des ennemis. Qui seraient les nôtres. Que la neutralité est inscrite dans les traités depuis celui de Vienne en 1815. Qu’en deux siècles elle s’est toujours imposée, en dépit de tous les visages de l’Europe qui se sont succédés. Que la neutralité reste la seule politique étrangère dont peut rêver un pays de la taille de la Suisse. S’il prétend défendre ses intérêts par un rôle significatif sur la scène diplomatique internationale. Que, oui, des menaces nouvelles sont apparues. Mais les anciennes menaces n’ont pas disparu d’Europe pour autant. Qu’en Ossétie se déroule un conflit parfaitement classique : Aviation, chars et infanterie. Alors, qui voudrait d’une libre circulation des tanks et des troupes en Europe ? Hormis le général en retraite d’un chef de département en préretraite ?

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12/09/2008

La politique de Gribouille

 

 

 

Chronique parue dans le Nouvelliste du 8 septembre 2008

Vous avez remarqué,  Berne, la ville fédérale où d’ordinaire « tout s’y passe ailleurs » ? Devenue  nœud gorgien de psychodrames shakespeariens à répétition.    Ebouriffant, non ? Et dans le même temps, Genève, la versatile, où  tout n’est d’ordinaire que politique et rebondissements? Alanguie, placide, toute entière absorbée dans la laborieuse digestion de  recettes fiscales soudainement excédentaires. Surréaliste !  On croirait à un transfert.  Or donc, l’œil du cyclone réside aujourd’hui à la Bundesgasse. Et les yeux de toute la Suisse, bientôt du monde, de converger vers le Palais fédéral. Où tout a commencé le 12 décembre 2007. Comme la météorologie, la vie politique suisse est faite d’équilibres, de poids et de subtiles contrepoids. Un Conseiller fédéral est brutalement congédié. Son parti, un poids lourd, se retire dans la marge. Rien ne va plus. L’horloge politique se grippe. Et quelques mois plus tard, le Conseil fédéral pourrit littéralement  sur pieds : plus aucun parti n’est gouvernemental, tout le monde tire à vue.  Et valsent les dominos. Sur les sept ministres que compte le Collège, deux sont sans parti. Leur destin est de tomber à la première bourrasque. C’est déjà fait pour l’un d’eux, qui reste,  car le Collège le soutient. Comme la corde soutient le pendu. Deux autres sont des ministres usés. Que leurs partis remplaceraient immédiatement. Pour peu que leur succession suive des règles prévisibles.  Ils restent, adossés au cadavre de la formule magique. Pour être parvenue à liquider en dix mois  la neutralité séculaire du pays, l’extravagante ministre des affaires étrangère déchaîne ces jours la colère de tous.  Jadis isolée dans un respect que les autre Etats témoignaient à elle-seule, la Suisse partage désormais le sort de ceux qui possèdent des ennemis sur les cinq continents. Quant aux deux derniers ministres, ils sont provisoirement épargnés. Pour peu de temps car la maladie qui ronge le Collège n’a cure de distinguer entre ses membres. A l’heure du bilan, le coup tactique du 12 décembre est un très mauvais coup stratégique. Ses auteurs comprendront qu’à trop vouloir la politique de Machiavel, il arrive que l’on fasse « la politique de Gribouille ».  

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