20/10/2008

Das Kapital

 

 

 

Chronique parue dans Le Nouvelliste du 20 octobre 2008 

 La masse monétaire se dérobe comme antimatière sous les pieds des traders. Né des pratiques à risques des golden boys étatsuniens, le virus des subprimes a infecté le bilan des banques. La pandémie atteint la fonction circulatoire du crédit. Menaçant d’asphyxie tout le tissu économique. Dans les esprits, une angoisse. Dans les poitrines, un cri : Qui nous sauvera du syndrome de l’Apocalypse ?  Il n’en fallait pas plus pour redonner des couleurs à une gauche prophétique. Qui n’osait plus citer Marx depuis la chute du mur: « C’est la mort du capitalisme ! » « Le philosophe de Trèves l’avait prédit. »  Et de discourir sur les remèdes à la crise d’aujourd’hui. Brandissant  des ossements, déterrés à la hâte au cimetière des théories du XIXème siècle. Les premières files d’attente de la crise sont donc pour les librairies : Les manuscrits de 1848. Le manifeste. Le capital. Comprendre Marx. Avant que la bourse, s’effondrant sous son propre poids, n’engloutisse le monde avec elle. Soit. Lisons. Et de préférence toute l’œuvre ! On y verra que Marx n’a rien d’un économiste. C’est un philosophe. Au  sens qu’il donne lui-même à cette mission : Non pas de décrire le monde,  mais de le changer. Sur ce point, les théories de Marx ont abouti : Les pires catastrophes sociales, écologiques, économiques, culturelles, militaires, les pires violations des droits de l’homme, sont à son crédit. La raison ? Sa philosophie. Très tôt, le jeune Marx avait posé ses prémices en dogmes. Sur lesquelles, il n’est jamais revenu : L’homme est aliéné par la croyance en Dieu et par la propriété privée, la seconde étant le corollaire de la première, toutes deux doivent être abolies. L’intérêt de Marx pour l’économie viendra plus tard. Lorsqu’il s’agira pour le philosophe de rechercher dans l’histoire économique des illustrations susceptibles de conforter sa thèse. L’opposé absolu d’une démarche scientifique.  Un  travail de philosophe, au sens révolutionnaire qu’il en donne. Ils sont nombreux à s’en réclamer. La crise leur en donne l’audace.  A propos du rôle de l’Etat : Lorsqu’une avalanche a englouti un village. Déclenchée par une horde de skieurs fous ou par la malice des temps. On envoie la troupe. Pour dégager. On fait poser des pares neige. On interdit la construction dans les zones exposées. Eux, proposent d’interdire la neige. Et de lire Marx.

 

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06/10/2008

Au nom du père

 

 

 

Chronique parue dans le Nouvelliste du 6 octobre 2008 

Du passé faisons table rase ! Liquidons la règle du nom. La règle du père. Remplaçons-la par son contraire : Le libre service. Arbitré par la mère. Nous rendrons ainsi le droit conforme à la société, de consommation, au nom de l’égalité. Voilà en substance ce que proclame un quarteron de sous-commissaires « progressistes » qui impose cet hiver au Conseil national son débat sur un nouveau droit du nom de l’enfant. Peu importe que le projet ne réponde à aucun besoin identifié. On nous assure que «Dieu le veut ! », à tout le moins que son dernier avatar l’exige : Le principe de l’égalité des sexes. Quitte à perdre de vue les données essentielles du problème. Ce qui se produit assez souvent lorsqu’on laisse des juristes entre eux, à phosphorer sans surveillance  autour de principes abstraits. Un plus un n’est pas égal à un. « N’être qu’un, oui, mais lequel ? », la boutade d’Alphonse Allais est ici incontournable. En matière de nom de l’enfant, le droit actuel a le mérite de poser une règle : Le nom de famille est celui du père. Pour certains, cela doit cesser : Demain, chaque couple fixera sa propre règle. Un rapport de force pour remplacer une règle du droit. En cas de match nul ? Ce sera le nom de la mère. Une révolution. « Mater semper certa est », disaient les romains. La filiation maternelle est une évidence. Biologique. Que le droit n’a pas vocation à instituer. Tout au plus à constater. L’enfant connait sa mère. L’enfant reconnait son père. Dans celui que sa mère lui désigne. La filiation paternelle est instituée par la parole de la mère et par la règle du droit. Face à la biologie, il lui faut un symbole. C’est le nom du père. Ce nom est fondateur : De la filiation par l’identité. De l’identité par la filiation. Les enfants sortent du ventre des mères. Toujours. Du ventre des pères, jamais. Le nom du père institue une forme d’égalité symbolique entre les filiations de l’enfant. Là où la nature laisse l’homme et la femme le plus profondément inégaux. Le plus grand tort des auteurs du projet n’est pas de militer pour le matriarcat au nom de l’égalité des sexes. Mais de croire, ou de faire semblant de croire, que la filiation paternelle est chose si solide, ou de si peu d’importance, que l’on puisse, sans danger sérieux, l’attaquer par le symbole. Le père certain n’est-il pas la Loi de l’espèce ? Avec le tabou de l’inceste qui en découle ?

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