04/11/2008

Le dîner de cons

 

 

 

Chronique parue dans le Nouvelliste du 4 novembre 2008

A la fin du repas, une question : « Voulez-vous du dessert et reprendre du potage ?» Répondez par oui ou par non. Avec un oui, vous obtenez le dessert, auquel vous aspirez légitimement. Au prix d’une assiette de soupe qu’il faudra avaler sans plaisir. Avec un non, vous échappez à la soupe. Mais êtes privés de dessert. Révolte, frustration, colère devant l’imposition d’un choix absurde.  Un vrai dîner de cons. C’est à cela que les chambres fédérales ont conviés  les Suisses en  février prochain.  « Voulez-vous la libre circulation à quinze et l’immigration roumano-bulgare ?  » Répondez par oui ou par non. Avec un oui, vous poursuivrez l’expérience entamée avec vos voisins.  Au prix d’une intrusion non désirée des Balkans. Avec un non, vous échappez aux migrants de l’Est. Mais perdez vos collègues ouest-européens. Une nouvelle fois, les partis gouvernementaux on cru faire la politique de Machiavel. Et ont fait la politique de Gribouille. Le peuple doit le leur dire. La libre circulation à quinze, c’est bien sûr ces tensions autour de l’arrivée massive de travailleurs en provenance d’Italie, d’Allemagne ou de France. Mais c’est aussi une croissance économique qui devrait, après quelques ajustements et si la crise financière ne l’engloutit pas, profiter au plus grand nombre.  La majorité des Suisses, c’est certain, ne s’y opposera  pas.  Pour autant qu’il existe, comme promis, un frein que le peuple peut actionner le jour où il estime  que les inconvénients dépassent les avantages. En rendant impossible  l’expression de la volonté populaire, les partis gouvernementaux ont scié le frein à main. Et prétendent lancer le véhicule dans une pente dont on ne connait ni l’inclinaison ni la longueur. C’est cela que le peuple suisse refuse. Avec raison. Car il en va ici beaucoup plus que de la libre circulation à quinze, à vingt-cinq ou à vingt- sept. Beaucoup plus que des rapports avec notre voisin l’Union européenne. Il en va du fonctionnement de la démocratie directe. De la démocratie tout court. Il en va de la Suisse. En tant que son peuple est souverain ou ne l’est plus. En tant qua la Suisse existe encore ou plus. Comme nation indépendante.  Stop. On arrête de courir. On regarde. On se fâche. Avec la classe politique. Avec nos voisins, si nécessaire. On clarifie. Puis on se défâche.  Après le dîner. 

 

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Commentaires

En septembre 2008, 96'000 personnes étaient au chômage en Suisse. 43% d'entre eux étaient étrangers.
Le SECO part de l'hypothèse qu'il y aura en moyenne 120'000 chômeurs en 2009 et que le nombre de personnes à la recherche d'un travail pourrait atteindre 140'000 à la fin de l'an prochain.

Compte tenu de la situation déjà difficile des œuvres sociales suisses et aussi face à la forte proportion d'abus dans l'AI, dans l'assurance-chômage et dans l'aide sociale, ces chiffres ne manquent pas d'inquiéter – d'autant plus qu'ils sont certainement trop optimistes.

Il faut en effet se rappeler que les nationaux ne jouissent de plus aucun privilège, que les entreprises ne sont plus contraintes d'engager en priorité des Suisses en quête d'un travail et que les salariés provenant des 15 anciens Etats membres de l'UE peuvent revendiquer les mêmes conditions que les Suisses.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 04/11/2008

Monsieur Yves NIDEGGER,

Je vous souhaite un très bon appétit! Mais, personnellement, j'en ai soupé de vos desserts tartes à la crème!

Écrit par : Père Siffleur | 04/11/2008

"Les partis gouvernementaux ont crû faire la politique de Machiavel. Et ils ont fait la politique de Gribouille." Tout à fait d'accord avec vous, Monsieur le Conseiller national.

On aimerait bien savoir aussi quelle suite a été donnée à la votation sur l'aide à la coopération aux pays de l'Est (en plus de ceux du Sud). Le Seco avait promis que les emplois de chômeurs allaient être résorbés l'économie, une vraie politique de l'emploi (au lieu d'envoyer des gens qualifiés au chômage pour "vendre" leurs services sans être rétribués à leur tour). Le chiffre des chômeurs comprend-il encore ces personnes de bonne volonté, talentueuses, utiles?

Bravo pour votre implication à dénouer les intrications mensongères en vigueur.

Meilleures salutations!

Écrit par : Micheline Pace | 04/11/2008

"C’est cela que le peuple suisse refuse. " Ah, bon? C'est vous "le peuple"? Guignol!

Écrit par : Azrael | 04/11/2008

Ce raisonnement est minable. Vous voudriez quoi? Que la Suisse impose à l'UE qu'elle fasse une discrimination entre ses citoyens, pour vous faire plaisir?

Si l'UE venait vous dire que les Suisses alémaniques ont le droit de circuler, mais les Romands n'ont pas le droit, qu'est-ce qu'on vous entendrait!!! "Insupportable ingérence!" "Violation de notre souveraineté!"

La réalité est que la question est unique: on continue avec les bilatérales avec l'UE et toute l'UE, ou alors on arrête. Ne vous en déplaise, il n'y a pas de voie intermédiaire. Vos grands chevaux sont en bois, M. Nidegger.

Écrit par : Vincent Rossi | 07/11/2008

Si je comprends bien Monsieur Rossi, l'Union européenne serait un Etat fédéral et ses membres des cantons...

Écrit par : Yves Nidegger | 12/11/2008

Vous projetez peut-être un peu un certain idéal, mais l'UE est bien une union d'Etats avec libre circulation des personnes, cela suffit pour le présent débat.

Écrit par : Vincent Rossi | 12/11/2008

D'ailleurs, je ne l'ai pas dit dans mon intervention, mais si l'UE venait vous dire que les Suisses alémaniques ont le droit de circuler, mais que les Romands n'ont pas le droit (notez que, subtilement, je n'avais pas utilisé de ligne de partage cantonale), on vous entendrait certainement, certes, mais j'ajoute qu'on m'entendrait moi également, avec vous, bien évidemment. Et avec à peu près tous les Suisses.

Si telle discrimination est impensable au sein de la Suisse, alors pourquoi la demander au sein de l'UE? parce que cette dernière est plus jeune? parce que vous ne croyez pas à cette union?

Écrit par : Vincent Rossi | 12/11/2008

Dumitrescu, ça n'est pas très suisse, ça...
Vous avez tout de même droit à l'A.I.?

Écrit par : csny | 13/01/2009

Dumitrescu n'est pas suisse du tout.
En devenant suisse, j'ai obtenu tous les droits, comme celui d'être élu, le droit de vote, mais il y a également des obligations, comme celle de payer l'assurance maladie.

Mes cotisations aux fonds A.V.S. et A.I., par contre ne datent pas du jour de ma naturalisations et vous en conviendrez cher inconnu "csny" que cela est un autre domaine.

Ayant crée deux sociétés déjà, j'ai payé, rassurez vous, au même titre que les autres, une quantité d'impôts qu'il serait indécents d'en donner le chiffre.

Je suis venu au monde (connaissez vous cette expression ?) en Roumanie et j'ai choisi de venir m'établir en Suisse, mais aussi d'y rester et participer à la vie de la cité.

Mon engagement vient de porter ses fruits, je suis devenu conseiller municipal de ma commune d'origine, Vernier.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 13/01/2009

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