17/11/2008

1992 - 2009 : une même question

 

 

 

Chronique parue dans Le Nouvelliste du 17 novembre 2008

Vox populi, vox déni. Le peuple suisse votera en février 2009 sur une question déjà posée. Et déjà tranchée en 1992. Qui est la suivante: Nos rapports avec l'Europe de Bruxelles doivent-ils prendre la voie multilatérale? Qui mène à l'adhésion? Ou doivent-ils rester bilatéraux? La Suisse de 1992 a répondu. Un jour mémorable de décembre. Elle a désavoué le Conseil fédéral et les Chambres. Rejetant le traité multilatéral de l'Espace économique européen. Elle a imposé l'approche bilatérale. Qui prévaut depuis lors: On négocie dossier par dossier; le peuple se prononce sur chaque paquet d'accords; et sur toute extension éventuelle de leur périmètre. Du moins le croit-on. Car les Chambres, qui attendaient une occasion de revanche, l'ont trouvée cet été. Avec la libre circulation des personnes: En soumettant la prolongation d'un essai en Europe occidentale, que les Suisses ont accepté et qu'ils perçoivent comme globalement positif, à une obligation d'épouser les nouveaux partenaires de l'Union en Europe de l'Est ou ailleurs. Sans être consulté. On est entré, on le sent bien, dans quelque chose qui n'a plus rien de bilatéral. Dès lors que l'évolution du droit de l'Union devient directement applicable à la Suisse, c'est bien d'un rapport multilatéral qu'il faut parler. C'est cela, très précisément, que les Suisses ont déjà refusé le 6 décembre 1992. Et qu'ils devraient refuser le 8 février 2009. Que se passerait-t-il le 9 février? Rien. Les élites politiques se feront menaçantes. Elles invoqueront les foudres célestes. Fustigeront l'aveuglement d'un peuple rétif à l'avenir radieux qu'elles lui prédestinent. Prophétiseront mille plaies et calamités. Comme l'ont fait mille éditoriaux en 1992. Annonçant l'isolement imminent de la Suisse, sa banqueroute prochaine, l'étranglement de son économie. On écoutera. Poliment. On notera qu'il n'en fut rien. Que, seize ans plus tard, la zone Franc se porte plutôt mieux que la zone Euro. L'arrêté scélérat sera mis à néant. Deux arrêtés distincts le remplaceront. Un sur la libre circulation en Europe occidentale, qui ne sera pas contesté. L'autre sur l'immigration roumano-bulgare. Si les Suisses le refusent par référendum, on reprendra les négociations avec l'Union européenne. Comme on l'a fait au lendemain du 6 décembre 1992. Bilatéralement.

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04/11/2008

Le dîner de cons

 

 

 

Chronique parue dans le Nouvelliste du 4 novembre 2008

A la fin du repas, une question : « Voulez-vous du dessert et reprendre du potage ?» Répondez par oui ou par non. Avec un oui, vous obtenez le dessert, auquel vous aspirez légitimement. Au prix d’une assiette de soupe qu’il faudra avaler sans plaisir. Avec un non, vous échappez à la soupe. Mais êtes privés de dessert. Révolte, frustration, colère devant l’imposition d’un choix absurde.  Un vrai dîner de cons. C’est à cela que les chambres fédérales ont conviés  les Suisses en  février prochain.  « Voulez-vous la libre circulation à quinze et l’immigration roumano-bulgare ?  » Répondez par oui ou par non. Avec un oui, vous poursuivrez l’expérience entamée avec vos voisins.  Au prix d’une intrusion non désirée des Balkans. Avec un non, vous échappez aux migrants de l’Est. Mais perdez vos collègues ouest-européens. Une nouvelle fois, les partis gouvernementaux on cru faire la politique de Machiavel. Et ont fait la politique de Gribouille. Le peuple doit le leur dire. La libre circulation à quinze, c’est bien sûr ces tensions autour de l’arrivée massive de travailleurs en provenance d’Italie, d’Allemagne ou de France. Mais c’est aussi une croissance économique qui devrait, après quelques ajustements et si la crise financière ne l’engloutit pas, profiter au plus grand nombre.  La majorité des Suisses, c’est certain, ne s’y opposera  pas.  Pour autant qu’il existe, comme promis, un frein que le peuple peut actionner le jour où il estime  que les inconvénients dépassent les avantages. En rendant impossible  l’expression de la volonté populaire, les partis gouvernementaux ont scié le frein à main. Et prétendent lancer le véhicule dans une pente dont on ne connait ni l’inclinaison ni la longueur. C’est cela que le peuple suisse refuse. Avec raison. Car il en va ici beaucoup plus que de la libre circulation à quinze, à vingt-cinq ou à vingt- sept. Beaucoup plus que des rapports avec notre voisin l’Union européenne. Il en va du fonctionnement de la démocratie directe. De la démocratie tout court. Il en va de la Suisse. En tant que son peuple est souverain ou ne l’est plus. En tant qua la Suisse existe encore ou plus. Comme nation indépendante.  Stop. On arrête de courir. On regarde. On se fâche. Avec la classe politique. Avec nos voisins, si nécessaire. On clarifie. Puis on se défâche.  Après le dîner. 

 

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