18/12/2008

Sous la couette, les juges

 

 

 

 

Chronique parue dans Le Nouvelliste du 18 décembre 2008

Le Conseil fédéral vient d’en remettre une couche. En matière de nom de l’enfant. En annonçant qu’il se rallie au quarteron de sous-commissaires « progressistes » qui propose aux chambres de liquider la règle du père. Et de la remplacer par son contraire : Le libre service. Un rapport de force pour remplacer une règle du droit. En cas de match nul ? Ce sera le nom de la mère, disent les auteurs du projet. Non, ce sera le juge, a rétorqué vendredi le Conseil fédéral : Le parent qui n’aura pu imposer son nom à l’enfant contre l’avis de l’autre parent saisira le tribunal d’une demande en établissement du nom de famille. Constitution d’avocats. Echanges d’écritures. Enquêtes contradictoires et plaidoiries. Au final, un jugement motivé, en fait et en droit, susceptible d’appel, jusqu’au Tribunal fédéral. Durant la procédure, des mesures provisionnelles détermineront le nom provisoire de l’enfant, jusqu’à droit connu. Les familles se regarderont en chiens de faïences. Les généalogistes retiendront leur souffle. Une jurisprudence se développera,  qui rendra prévisibles les solutions, ensuite codifiées. Au final, un lignage imposera à l’autre son patronyme. Par le biais du droit. Ce qui correspond assez précisément au système combattu et actuellement en vigueur, qui fonctionne sans le concours des juges, par simple application de règles imposées de façon égale à tous les couples mariés. Le caractère inacceptable de la solution des juges proposée par le Conseil fédéral a le grand mérite de mettre en évidence l’absurdité congénitale sur laquelle les tenants d’un nouveau droit ont fondé leur démarche : l’impossible égalité de deux sujets face à un objet unique et non divisible. C’est la quadrature du cercle. Le domaine de la filiation, on le sent bien, est étanche à la cause de l’égalité entre hommes et femmes. Qui dispose de nombreux autres terrains de manœuvre où s’exprimer. Pourquoi avoir choisi alors de porter le fer sur  ce terrain précisément ? Pourquoi offrir le flanc à une critique aussi prévisible ?  Serait-ce le symptôme d’une fin de règne ? Celui d’une génération. Dont le projet jamais achevé s’effondre déjà  sous le  poids de son propre bilan. Et de ses contradictions. Cette génération qui avait vingt-cinq ans en 1968. Et l’âge de l’AVS cette année. Qui a voulu interdire d’interdire. Qui a cherché sous les pavés, la plage. Et qui propose aujourd’hui : sous la couette, les juges.

 

 

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01/12/2008

Le retour de CB

 

 

 

 

Chronique parue dans Le Nouvelliste du 1er décembre 2008

Ces trois dernières semaines de politique fédérale auront été très instructives quant à la couleur, désormais connue, des sous-vêtements des putschistes du 12 décembre 2007. Cette improbable coalition  de rescapés du tsunami blochérien qui allait faire élire une très improbable Conseillère fédérale, sans acte de candidature ni audition préalable. A quoi bon : on aurait dit de voter « Gargamel » à ceux qui allaient découvrir son nom en même temps qu’ils le copiaient sur leur bulletin, qu’ils l’auraient fait sans sourciller. Un an de politique fédérale incertaine et un paquet « libre circulation » plus tard, l’histoire repasse le plat. Samuel Schmid annonce sa démission le 12 novembre 2008, quelques jours avant la publication de l’enquête de la Commission de gestion dans l’affaire Nef. Schmid a menti. Schmid doit partir. Et Christophe Blocher de reprendre immédiatement sa place au centre du débat. Chez les putschistes, c’est l’alarme. Suivie d’une rapide dévaluation. Par étapes. Une forme de strip tease. Assez réussi. Tout d’abord, on reboutonne le col en faisant mine de prétendre que le siège vacant ne reviendrait pas de droit à l’UDC. Puis on tombe la veste. En se ralliant à l’opinion contraire.  On jure ensuite que, sauf à se déclarer favorable au paquet ficelé « libre circulation », aucun UDC n’entrera dans le saint des saints. Puis on regarde vers le ciel. En laissant choir la ceinture. On assure enfin qu’un candidat proche de Blocher serait pure provocation. Tout en multipliant les œillades. En direction de Ueli Maurer. Le roi est en caleçon. Tout de même, il aurait été plus rapide de le dire tout de suite. Que ce sont les initiales CB qui posent problème. Et pas la politique de l’UDC. Même blochérienne. Juste la personne. On aurait compris. La tête de CB, sur les affiches en 2007, a mis les autres formations en déroute. Cette tête doit tomber. D’ailleurs, elle est tombée une première fois. Avec le fracas que l’on sait. Un an de politique fédérale de perdu. Un Conseil fédéral bancal. Qui pourrit sur pied. Un référendum « libre circulation » dont le résultat fâchera très méchamment, quel qu’il soit. Et Blocher à nouveau candidat. Avec Ueli Maurer. Rappelez-vous, Ueli Maurer, le 20 octobre 2007 au soir du tsunami blochérien, celui qui voulait rajeunir le Conseil fédéral. En demandant la tête de Pascal Couchepin, de Moritz Leuenberger et de Samuel Schmid. Qui avaient fait leur temps. Il en reste deux. A remplacer. Tout sauf Blocher ? Tous sauf le chaos.

 

 

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