10/02/2009

C’est un « oui ». Oui mais à quoi ?

Chronique parue dans le Nouvelliste du 10 février 2009

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A peine connue, la réponse populaire du 8 févier a immédiatement posé la question de fond dont elle était grosse. A quoi, au juste, les trois suisses sur cinq qui ont glissé un oui dans l’urne ce dimanche ont-ils acquiescé? La réponse fut immédiate. En quelques dizaines de minutes, les principaux acteurs du débat national sont sortis du bois pour annoncer la couleur : Pour le président du PS, Christian Levrat, ce oui est celui de la prochaine adhésion de la Suisse à l’UE. Oh, pas tout de suite, ce serait difficile, mais à l’horizon 2020 (au micro de Pascal Décaillet, 16h45). On notera que la date choisie n’a rien d’innocent : 2020 c’est juste après 2019, c'est-à-dire le moment où la Suisse aura définitivement perdu la faculté de réinstaurer les dernières mesures d’accompagnement avec  la Roumanie et la Bulgarie levées à partir de 2016. Cet avis a immédiatement été partagé par le Conseiller d’Etat radical genevois, François Longchamp, (même micro, 16h50), précédé dans cet exercice par Jacques-Simon Egli, ancien conseiller national libéral et actuel constituant. Tous trois ont regretté au passage, avec le président du PDC Christophe Darbellay, le vote négatif des Suisses de décembre 1992 contre l’Espace économique européen. Certains d’appartenir à une élite éclairée appelée à guider le peuple aveugle vers son destin prédestiné, ils ont rappelé le profond regret qu’ils éprouvaient à l’idée de tout ce temps perdu pour la marche de l’histoire, depuis 1992, à cause da la démocratie directe. Du côté de l’UDC, on a rappelé que le ficelage scélérat de deux questions distinctes rendait impossible de savoir de façon certaine si le peuple voulait de la libre circulation avec la Roumanie et la Bulgarie ou s’il n’en voulait pas, la possibilité de s’exprimer librement sur ce seul point lui ayant été confisquée. Une seule certitude demeure : une part décisive des votants a pris au sérieux la menace brandie d’une mise à néant de toute la voie bilatérale, en cas de non. Et c’est en croyant sauver cette voie alternative à l’adhésion que quelques pourcents de votants sont allés grossir une minorité d’europhiles convaincus pour former avec eux une majorité de circonstance. On en verra la confirmation, par la démonstration du contraire, j’en prends le pari, ces toutes prochaines années au soir des votes sur de nouvelles extensions, au cas par cas, dans les Balkans. Pour autant qu’on nous laisse voter. Car la minorité europhile l’a déjà annoncé : elle tentera ces prochains mois de faire passer un accord cadre sur les nouvelles adhésions, dont le rôle sera de retirer une fois pour toute au peuple suisse sa compétence en matière de ratification de traités européens. Pour les socialistes, PDC et radibéraux « la voie bilatérale» signifie « avancer vers l’adhésion ». Ceux qui ont cru en leur promesses, pensant que leur ralliement sauverait la voie bilatérale se sont trompés. Les dés étaient pipés. Dimanche après-midi, les masques sont tombés. C’est d’adhésion qu’il est question. Et de cela seul. On comprend mieux ainsi le sens du ficelage : aider le peuple suisse à se déshabituer, progressivement, de l’exercice effectif de la démocratie directe dont il est appelé à être sevré. Car le fonctionnement de l’Union européenne est incompatible, chacun l’admet, avec les droits populaires.

 

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Commentaires

Donc en résumé, vous trouver que le 60% des votants qui on dit oui le 8 sont des parfaits imbéciles qui n'ont rien compris... le peuple s'en souviendra !
Quant a vos prédictions... je crois qu'on a vu ce qu'elles valaient ! Ce n'est pas vous qui disiez que le "oui" s'essouflait ? J'ai une prédiction pour vous : l'UDC est définitivement mort ! Les Suisses ont enfin compris qu'il ne servait à rien de se tourner vers le fascisme ! Il n'y a qu'a voir les propos que votre fameux "tribun" a tenus hier ! A l'image du parti de Heider en Autriche, de Le Pen en France, votre appogée n'aura d'égale que votre irrémédiable chute. Au partis démocratiques de donner l'estocade ! Même la "Suisse" primitive ne semble plus vous suivre, et le résultat du Tessin n'est l'"oeuvre" de la Lega qui réussit le tour de force d'est encore plus extrémiste que vous !

Écrit par : glendalought | 10/02/2009

Le paquetage "scélérat", les "masques tombés"... Quel emphase lyrique et vaine! Quelle agitation épistolaire!

Il était risible et pathétique d'assister à vos contorsions médiatiques ce dernier dimanche... Vous étiez contre tout en disant que vous en étiez à l'origine mais qu'il n'en fallait pas trop... Si cela n'est pas se tirer une balle dans le pied...

Tout cela avec l'illustre égocentrique Décaillet qui n'avait rien trouvé de mieux que de sortir Victor Dumistrecu de sa manche, le roumain UDC, lequel annonçait avec des airs de conspirateur que la Roumanie allait demander sa sortie de l'UE...

A chaque scrutin, la majorité acceptante des bilatérales augmente, non sans rappeler les votes xénophobes successifs des années 70... Les messages sont clairs, vos idées ennuient.

Quant à une adhésion éventuelle, cela paraît bien improbable...

Écrit par : Déblogueur | 10/02/2009

AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAAAAAA
Décidément faut pas qu'on perde l'UDC, sinon on aura plus de quoi autant se marrer lors des prochaines votations.
Merci et bravo l'UDC, Cuche et Barbezat ont une sérieuse concurrence avec vous, Marie Thérèse Porchet a du souci à se faire, vous allez mettre nos comiques suisses sur la paille à force de passer pour des bouffons.
Mais surtout: continuez de nous amuser!!
Et encore BRAVO!!

Écrit par : Maxx | 10/02/2009

Je partage complètement vos propos et idées Mr Nidegger.
Si dorénavant chaque foi que L’Union Européenne intègre un nouveau membre la Suisse n’a plus aucune voix au chapitre, question : pourquoi voter ?
Si à force de tout négocier avec les bilatérales et nous en mettre plein la figure la puissance de l’Europe et éventuellement ses mesures de rétorsion contre notre pays dans le cas ou nous ne suivrons pas ses « conseils » un jour viendra ou les mêmes qui sont défendu le OUI dimanche passé nous conseillerons fortement qu’il vaut mieux, pour défendre nos droits, d’être a l’intérieur de l’Union qu’a l’extérieur. Et la boucle sera bouclée.
Adieu souveraineté et tout qui a fait la fierté de cet pays partira un jour se noyer dans le grand machin.
Tout ce qui m’a poussé un jour à devenir citoyen de ce pays est en train d’exploser en mille miettes.
J’espère que les suisses n’auront pas la mémoire courte, notre pays n’a rien à gagner à entrer dans l’Union Européenne.

Écrit par : isidoro | 10/02/2009

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour M. Nidegger,

votre force de réflexion dépasse certains commentateurs.

Maxx, c'est l'UDC qui sourit, savez vous pourquoi ? Parce que les super heureux du OUI oublient ces jours qu'ils portent désormais une très lourde responsabilité dans les décisions qui devront accompagner la crise qui arrivent.

Alors, au lieu de fanfaronner sur des blogs qui amènent de véritables réflexions sur l'avenir, vous devriez vous mettre à bucher vos dossiers, comme nous le faisons à l'UDC.

D'ailleurs, le bon sens gagne chez les tenants du OUI, qui réalisent qu'ils portent désormais la responsabilité de la gestion de la crise qui arrive... avec comme outil : l'ouverture des frontières. Ce ne sera pas chose simple.

Humilité et pragmatisme Maxx... si ce concept vous fait rire aux éclats... ?! Il vous manque cruellement.

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 10/02/2009

Mieux vaut un petit chez soi, qu'un grand chez les autres, me disait mon père!
Le Tessin à lui seul a eu le courage, pour la 5ème fois, d'annoncer la couleur de notre futur! Faut savoir lire entre les lignes, Mesdames, Messieurs, les colombes de la paix! Ce n'est pas parce que la lega est forte, non, c'est parce qu'ils sont en première ligne depuis des années, et ils savent de quoi ils parlent en matière d'immigration clandestine que l'Italie laisse couler vers la Suisse. Sans parler des frontaliers quotidiens. Schengen n'est en vigueur que depuis 8 semaines, laissons en venir une quarantaine d'autres, et demandons à la presse de faire son travail d'information, on en reparlera donc. Dites? cela ne fait pas déjà beaucoup cette énumération qui ne tient même pas compte de la libre circulation? C'est ça l'intelligence des partisants et votants du OUI, s'engager tous dans le même bateau, alors qu'on sait qu'il va couler. Ou vous ne savez même plus écouter, et avoir un regard critique sur les informations données quotidiennement!
Inquiétez-vous de savoir combien de Tessinois traversent la frontière pour aller gagner 1000 euros par mois en Italie!?! Attendons que les Genevois, les Vaudois, les Valaisans, les Zurichois, les Balois, etc.. se voient dans une situation test similaire. J'espère que ce jour-là ils viendront nous faire part
de leurs impressions! Pour l'heure, qu'importe d'avoir perdu une bataille, qui n'en était même pas une, l'important sera de gagner la guerre, et là je ne me fais aucun souci. Les si courageux défenseurs europhiles nous rejoindrons peut-être à la nage, mais ils seront contents de trouver la porte de la petite maison
suisse encore ouverte et solide, gardée par ceux qui ont du bon sens et même minoritaires, n'ont jamais quitté l'esprit fondamental de ce qui a fait la force de notre pays depuis 1291, déjà géographiquement européen, non!

Écrit par : Corélande | 10/02/2009

Cher Stéphane,

Les responsabilités de la crise qui arrivent je pense que les partisans du OUI les prendront, ce sera du moins mon cas, car je pense que les conséquences seront bien moins lourdes et négatives pour la Suisse que si cela avait été un NON.

Le jour ou les blogs de l'UDC (du moins ceux que je consulte de temps à autres) apporteront une quelconque réflexion ça se saura.

Désolé mais dans le courant de la campagne outre une foire d'empoigne ridicule avec le brillant MCG, outre la répétition d'arguments parfois trompeurs dans leur formulation ne poussant qu'en direction du NON et sans mentionner les arguments du OUI (mais à ce niveau je reconnais que TOUS les partis politiques se valent dans la désinformation), en sans tenir compte des tournures de phrases outrancières auxquelles l'UDC nous a habitués depuis bien longtemps (la lecture du billet de M.Nidegger en est encore une fois la preuve), il n'y a bien souvent rien à se mettre sous la dent en termes de réfléxion.

Mais de toute façon l'issue de la votation doit bien plaire à l'UDC qui comme à son habitude pourra se pavaner au premier problème venu à grand renforts de "on vous l'avait bien dit"; tellement plus facile de critiquer en permanence que d'assumer certaines responsabilités, mais une fois encore, l'UDC ne nous a jamais habituée à autre chose.

En ce qui concerne mon humilité, je pense qu'elle doit être bien plus grande que celle de l'UDC (un simple regard vers ses textes et ses affiches suffit pour s'en convaincre), mon pragmatisme quant à lui n'occulte pas la moitié de la vérité comme c'est la cas pour celui de l'UDC (mais mon premier commentaire ne le reflète absolument pas j'en conviens).

J'en termine simplement en signalant que plus que de concept, les valeurs qui sont les miennes sont l'humanité et le partage, et celles-ci font TOTALEMENT défaut à l'UDC.

Avec mes meilleures salutations.

Écrit par : Maxx | 10/02/2009

"...les valeurs qui sont les miennes sont l'humanité et le partage..."

Ah mais vous partagez ce que vous voulez, mon vieux. Et avec qui vous voulez. Mais à une condition expresse.

A la condition expresse que ce que vous partagez n'appartienne qu'à vous seul et à personne d'autre ! On est d'accord ?

Écrit par : Scipion | 10/02/2009

N'est-ce pas le gourou en chef de l'UDC, ce cher St-Christophe, qui nous explique depuis des années que "Le peuple a toujours raison" ?
M. Nydegger, vous m'avez bien fait rire, la semaine dernilère, sur la RSR quand vous avez parlé de nouveaux pays qui pourraient adhérer ces prochaines années, pays que nous devrons accepter sans avoir pu les choisir.
A qui la faute, si nous n'avons jamais voix au chapitre, et que nous devons appliquer des lois et règlements dont l'élaboration s'est faite sans nous ? Il y arait une façon de remédier à cette situation ............ mais vous préférez continuer à pouvoir râler.

Écrit par : gamine | 10/02/2009

De la rhétorique encore et toujours la même rhétorique, ces théories sont aussi fatigantes que fastidieuses à lire et ce n’est pas peu dire !.

En tout cas une chose est certaine, la défaite de dimanche ne semble avoir eu aucun effet sur Y. Nidegger, il est toujours aussi convaincu d’avoir la vérité infuse, contrairement à la grande majorité qui elle ne comprends décidemment rien.

Et, selon moi, c’est ça le plus grand danger avec l’UDC (et je ne parle même pas du MCG tant son cas semble désespéré) cette certitude d’avoir raison seul contre tous.

Pourtant, ils ont le droit, d’être patriotes, conservateurs, protectionnistes, populistes et même xénophobes, si ça leur chante, chacun ses convictions. A condition d’admettre que les leurs soient au même niveau que celles de leurs adversaires et que finalement la politique ce n’est l’art des compromis.

Sauf qu’à lire Y. Nidegger particulièrement, on a l’impression d’avoir à faire à ces évangéliques « born again » convaincus qu’il n’y a qu’une façon de voir et comprendre les choses, qu’une Vérité, la leur. Toute autre approche étant considérée au mieux comme ridicule au pire comme une hérésie.

Voilà pourquoi, tant que je ne percevrai pas un tant soi peu d’humilité et de doute dans les discours de M. Y. Nidegger, je continuerais à en avoir peur et donc à me battre pour que lui et son parti soient battus à chaque fois que cela sera possible.

L’histoire nous l’a démontré, ceux qui ne doutent pas sont définitivement trop dangereux….



N.B. Je sais chacun défend ses valeurs et les ténors des autres partis ne sont pas forcément beaucoup plus humbles. C’est vrai mais ils font mieux semblant et au niveau de l’arrogance et de la suffisance aucun n’arrive à la cheville de notre nouvel intellectuel d’extrême droite.

Écrit par : Vincent | 10/02/2009

"A qui la faute, si nous n'avons jamais voix au chapitre, et que nous devons appliquer des lois et règlements dont l'élaboration s'est faite sans nous ?"

Démographiquement et économiquement, notre poids à Bruxelles, serait grosso modo celui du canton de Zoug au sein de la Confédération. Alors, il est possible que vous considériez que nos compatriotes zougois pèsent d'un poids déterminant sur la conduite des affaires du pays, mais vous êtes certainement la seule dans ce cas.

A Bruxelles, la Suisse verrait ses vues prévaloir quand elle serait d'accord avec la majorité et être écartées quand elle se retrouverait dans le camp des minoritaires.

Après tout la formule chimique de la gomme des timbres-poste, la composition cromatiques des emballages de poivrons verts, jaunes et rouges ou les modalités de vente des tracteurs d'occasion entre particuliers peuvent très bien être codifiées sans nous. On s'en tape !

Écrit par : Scipion | 10/02/2009

C'est faux, les petits pays ont la même importance que les grands dans l'UE.
L'origine de la construction européenne, c'est le Benelux. Et je ne pense pas que ces trois pays ont eu à regretter leur participation.
Mais bien sûr, quand on veut noyer son chien .........

Écrit par : gamine | 10/02/2009

"C'est faux, les petits pays ont la même importance que les grands dans l'UE."

C'est sûrement pour ça qu'on parle de la locomotive franco-allemande. Et même l'Italie et l'Espagne sont traitées par-dessous la jambe.

Quant aux pays du Bénélux, pour eux, l'Europe, c'était la certitude de ne plus être embringués dans des guerres qui ne les concernaient pas. Ils ne sont donc pas "objectifs".

Écrit par : Scipion | 10/02/2009

P.S. - J'ajoute que dans la Confédération aussi, les petits cantons ont théoriquement le même poids que les grands. Il y en a d'ailleurs qui s'en plaignent quand un objet soumis au vote populaire nécessite la double majorité des électeurs et des cantons.

Un garde-fou que l'U.E. ne connaît pas, puisque quand les gens votent "mal", on les fait revoter jusqu'à ce qu'ils viennent à récipiscence, lorsqu'on ne balaie pas leur choix d'un négligent revers de la main.

Écrit par : Scipion | 10/02/2009

Je n'ai pas lu tous les commentaires. Et la moitié de votre billet. Il y a longtemps cependant que vous vous vantez d'avoir fait échoué le projet EEE. Aucun de vos adversaires ne relève que ce refus a fait couler Swissair, obligé d'aller chercher des alliances douteuses en Europe pour lutter à armes égales contre les autres compagnies. Et vous, vous en êtes conscient, d'avoir coulé Swissair le 6/12/92 ???

Écrit par : Géo | 10/02/2009

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