23/02/2009

Gnomes de Zurich et yankees barackés

Chronique parue dans le Nouvelliste du 23 février 2009

Yves-007305.jpgForcer la plus grande banque suisse à pulvériser le secret bancaire, avec l’absolution de la Finma et du Ministre suisse des finances, la nouvelle administration US a fait très fort. Ceux qui savaient les démocrates plus enclins au protectionnisme que les républicains, et traditionnellement plus agressifs dans leur défense du pré carré économique étasunien, ne sont surpris que par la brutalité du changement climatique. Les autres soignent leur gueule de bois postélectorale. Et balbutient dans les médias suisses la baisse de leurs espoirs déclarés en un monde pacifié par l’avènement d’un leader américain enfin plus à gauche. Plus cosmopolite. Et plus ouvert au monde.

Le Guantánamo fiscal de Monsieur Obama offre une occasion bienvenue de porter un regard, historique, sur le secret bancaire suisse. Né d’une autre crise bancaire, celle de 1931. Les banques suisses d’alors avaient trop investis en Allemagne. Le Conseil fédéral avait dû intervenir pour sauver la Banque populaire suisse de la faillite. Mais avait laissé choir la Banque d'escompte suisse, un des huit principaux établissements  de l’époque. Le secret bancaire n’était encore qu’une obligation civile des banques envers leurs clients : conserver de manière confidentielle les informations confiées. Dans un contexte marqué par les pressions de l’Allemagne nazie sur la Suisse, mais aussi de la France, une loi réglementant le secteur bancaire est adoptée en 1934, pour protéger les petits épargnants : la Loi fédérale sur les banques et les caisses d'épargne. C’est elle qui, à son article 47, institue la violation de la confidentialité en infraction pénale. Poursuivie même en l’absence de dommage. Le secret bancaire est né d’une crise. Et d’une guerre. Toutes les formations politiques d’alors se sont penchées sur son berceau. Avec bienveillance. Même le Parti socialiste.

Qui défendra le secret bancaire aujourd’hui ? Les banques ? Au vu des choix américains de l’UBS, on peut en douter.  Non que le secret bancaire ne soit devenu pour les banques suisses un avantage compétitif  important.  Mais à relativiser : plusieurs pays de l’Union Européenne et d’Asie connaissent le secret bancaire. Leurs places financières n’ont pas pour autant détrôné la gestion de fortune helvétique. En expansion : 30 % de la fortune privée mondiale. De sorte que les banquiers suisses ne s’imaginent pas mourir pour ni avec le secret bancaire. Pour autant bien sûr que leurs concurrents étrangers ne conservent un avantage dont ils se verraient privés. Ils ne monteront pas au front. Pas en première ligne.

Alors qui ? Alors, le peuple. Armé des outils de la démocratie directe. Majoritairement plus attaché que ses élites à une conception libérale de la vie en société. Plus soucieux que les banques de protection de la sphère privée. Face aux intrusions de tous tiers. Etat y compris. Le peuple, pour la protection duquel a été voulue la loi de 1934. Dans un contexte tout semblable à celui d’aujourd’hui : crise bancaire  sur fond de pressions internationales. Et sauvetage étatique d’une trop grande banque égarée à l’étranger, au point de miner la sécurité économique du pays tout entier. Le peuple. Comme chaque fois que se  pose une question de principe. Et de société.

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Commentaires

Article démagogique mais qui ne trompe plus personne. M Obama n'y est certainement pour rien, on sait maintenant que depuis 2002 l'UBS savait (et la FINMA aussi) qu'elle avait passé la limite, et que le fisc américain est sans pitié.
La déculottée que l'on a vu est la suite d'une négociation obscure de l'UBS et de la FINMA avec le fisc et la justice américaine pour des raisons que l'on ne connait pas encore. Celle que l'on met en avant est est la licence de cette banque aux USA mais il y en a peut-être d'autres, du genre poursuite pénale des membres de la direction ou du conseil d'administration.
Quant au choix du peuple et bien il pourrait bien être différent de ce que vous pensez parce que le peuple il n'a pratiquement rien à gagner du secret bancaire et qu'il s'aperçoit que ce n'est que des nantis/tricheurs qui en bénéficient. En outre le peuple au quel vous faites si souvent référence quand ça vous arrange (un peu moins pour les bilatérales hein) ben il en a marre de payer les pots cassés des ces banquiers incompétents, vénaux et véreux.
Alors venez seulement devant le peuple on vous attend!

Écrit par : broutard | 23/02/2009

Les managers zurichois en mettant les pieds aux Etats-Unis et en faisant des actes répréhensibles doivent être punis personnellement. Ils ont menti et dissimulé les comptes pour obtenir du CF des milliards sans contre-partie. Le CF a commis une grave erreur en gardant le conseil de direction tel quel. Il y a une collusion dans la défense d'intérêts privés entre le monde politique à Berne et la finance qui coûte très cher aux contribuables suisses et aux futures générations. Les fonds en déshérence avaient déjà été dans les années 90 un lourd avertissement pour le gouvernement suisse et les milieux bancaires et il semblerait que cela n'ait pas suffi à se méfier du système judiciaire américain. La légitimité des banques suisses ne fait pas le poids devant la légalité américaine. La cupidité des banquiers suisses qui ont entraîné des investisseurs tout aussi avides de gains immédiats est la première cause de cette débâcle.

Écrit par : demain | 23/02/2009

"En outre le peuple au quel vous faites si souvent référence quand ça vous arrange (un peu moins pour les bilatérales hein)"
@broutard
On le sait, la référence au peuple est chose ardue. L'UDC le fait souvent. Mais vous verrez, à mesure que les suisses originaires devriendont minoritaires dans leur propre pays (peu ou prou 100'000 étranger par an s'y insallent), plus l'UDC sera tentée de recourir à d'autres méthodes, quitte à se distancer ouvertement de la démocratie européiste et même mondialiste qui ne sert plus guère les intérêts des nations. Nous sommes au bord du cataclysme. Des exemples du populisme de gauche qui prévaut dans les médias et l'opinion il y en a à profusion. Pas plus tard qu'aujourd'hui le Matin lance une campagne de mépris contre les CFF. Mais ces derniers pouvaient-ils raisonnablement anticiper un accroissement de la population (1 million en un peu plus d'une décennie) d'une telle ampleur en si peu de temps, ce qui engendra en effet l'inexorable inadéquation entre l'offre et la demande ?
Permettez-moi cher broutard, mais le problème de l'UBS est dérisoire à côté de cette menace de guerre civile qui se précise et que vous agravez en y ajoutant une couche de populisme de gauche.
Certes, les banquiers sont trop payés, mais c'est un autre problème que le secret bancaire ! M. Nidegger essaie siplement de situer les origines du secret bancaire. Une fois de plus, ce qu'il dit n'est pas politiquement correct, ce qui semble susciter votre ire. Pour terminer, d'où détenez-vous la preuve que les dirigeants d'UBS ont sciemment enfreint la loi américaine ?

Écrit par : Marc | 23/02/2009

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