24/02/2009

Qui a dit ça ?

Bruxelles, le 19 février 2009 : « Les pratiques en vigueur dans l’UE rappellent l’époque communiste, lorsqu’une grande paYves-007305.jpgrtie de l’Europe de l’Est était sous la coupe de l’Union soviétique, un temps où les divergences d’opinion n’étaient pas acceptées.  L’approfondissement de l’intégration européenne est devenu un credo "non critiquable, selon lequel il n’y a qu’un avenir possible et acceptable. Ceux qui osent réfléchir à une option différente sont qualifiés d’ennemis. Les idées alternatives ne sont plus tolérées. L’UE est devenue antidémocratique et élitiste ».

Bravo, vous  l’avez reconnu, c’est le président en exercice de l’Union européenne, le président tchèque Vaclav Klaus.

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23/02/2009

Gnomes de Zurich et yankees barackés

Chronique parue dans le Nouvelliste du 23 février 2009

Yves-007305.jpgForcer la plus grande banque suisse à pulvériser le secret bancaire, avec l’absolution de la Finma et du Ministre suisse des finances, la nouvelle administration US a fait très fort. Ceux qui savaient les démocrates plus enclins au protectionnisme que les républicains, et traditionnellement plus agressifs dans leur défense du pré carré économique étasunien, ne sont surpris que par la brutalité du changement climatique. Les autres soignent leur gueule de bois postélectorale. Et balbutient dans les médias suisses la baisse de leurs espoirs déclarés en un monde pacifié par l’avènement d’un leader américain enfin plus à gauche. Plus cosmopolite. Et plus ouvert au monde.

Le Guantánamo fiscal de Monsieur Obama offre une occasion bienvenue de porter un regard, historique, sur le secret bancaire suisse. Né d’une autre crise bancaire, celle de 1931. Les banques suisses d’alors avaient trop investis en Allemagne. Le Conseil fédéral avait dû intervenir pour sauver la Banque populaire suisse de la faillite. Mais avait laissé choir la Banque d'escompte suisse, un des huit principaux établissements  de l’époque. Le secret bancaire n’était encore qu’une obligation civile des banques envers leurs clients : conserver de manière confidentielle les informations confiées. Dans un contexte marqué par les pressions de l’Allemagne nazie sur la Suisse, mais aussi de la France, une loi réglementant le secteur bancaire est adoptée en 1934, pour protéger les petits épargnants : la Loi fédérale sur les banques et les caisses d'épargne. C’est elle qui, à son article 47, institue la violation de la confidentialité en infraction pénale. Poursuivie même en l’absence de dommage. Le secret bancaire est né d’une crise. Et d’une guerre. Toutes les formations politiques d’alors se sont penchées sur son berceau. Avec bienveillance. Même le Parti socialiste.

Qui défendra le secret bancaire aujourd’hui ? Les banques ? Au vu des choix américains de l’UBS, on peut en douter.  Non que le secret bancaire ne soit devenu pour les banques suisses un avantage compétitif  important.  Mais à relativiser : plusieurs pays de l’Union Européenne et d’Asie connaissent le secret bancaire. Leurs places financières n’ont pas pour autant détrôné la gestion de fortune helvétique. En expansion : 30 % de la fortune privée mondiale. De sorte que les banquiers suisses ne s’imaginent pas mourir pour ni avec le secret bancaire. Pour autant bien sûr que leurs concurrents étrangers ne conservent un avantage dont ils se verraient privés. Ils ne monteront pas au front. Pas en première ligne.

Alors qui ? Alors, le peuple. Armé des outils de la démocratie directe. Majoritairement plus attaché que ses élites à une conception libérale de la vie en société. Plus soucieux que les banques de protection de la sphère privée. Face aux intrusions de tous tiers. Etat y compris. Le peuple, pour la protection duquel a été voulue la loi de 1934. Dans un contexte tout semblable à celui d’aujourd’hui : crise bancaire  sur fond de pressions internationales. Et sauvetage étatique d’une trop grande banque égarée à l’étranger, au point de miner la sécurité économique du pays tout entier. Le peuple. Comme chaque fois que se  pose une question de principe. Et de société.

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10/02/2009

C’est un « oui ». Oui mais à quoi ?

Chronique parue dans le Nouvelliste du 10 février 2009

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A peine connue, la réponse populaire du 8 févier a immédiatement posé la question de fond dont elle était grosse. A quoi, au juste, les trois suisses sur cinq qui ont glissé un oui dans l’urne ce dimanche ont-ils acquiescé? La réponse fut immédiate. En quelques dizaines de minutes, les principaux acteurs du débat national sont sortis du bois pour annoncer la couleur : Pour le président du PS, Christian Levrat, ce oui est celui de la prochaine adhésion de la Suisse à l’UE. Oh, pas tout de suite, ce serait difficile, mais à l’horizon 2020 (au micro de Pascal Décaillet, 16h45). On notera que la date choisie n’a rien d’innocent : 2020 c’est juste après 2019, c'est-à-dire le moment où la Suisse aura définitivement perdu la faculté de réinstaurer les dernières mesures d’accompagnement avec  la Roumanie et la Bulgarie levées à partir de 2016. Cet avis a immédiatement été partagé par le Conseiller d’Etat radical genevois, François Longchamp, (même micro, 16h50), précédé dans cet exercice par Jacques-Simon Egli, ancien conseiller national libéral et actuel constituant. Tous trois ont regretté au passage, avec le président du PDC Christophe Darbellay, le vote négatif des Suisses de décembre 1992 contre l’Espace économique européen. Certains d’appartenir à une élite éclairée appelée à guider le peuple aveugle vers son destin prédestiné, ils ont rappelé le profond regret qu’ils éprouvaient à l’idée de tout ce temps perdu pour la marche de l’histoire, depuis 1992, à cause da la démocratie directe. Du côté de l’UDC, on a rappelé que le ficelage scélérat de deux questions distinctes rendait impossible de savoir de façon certaine si le peuple voulait de la libre circulation avec la Roumanie et la Bulgarie ou s’il n’en voulait pas, la possibilité de s’exprimer librement sur ce seul point lui ayant été confisquée. Une seule certitude demeure : une part décisive des votants a pris au sérieux la menace brandie d’une mise à néant de toute la voie bilatérale, en cas de non. Et c’est en croyant sauver cette voie alternative à l’adhésion que quelques pourcents de votants sont allés grossir une minorité d’europhiles convaincus pour former avec eux une majorité de circonstance. On en verra la confirmation, par la démonstration du contraire, j’en prends le pari, ces toutes prochaines années au soir des votes sur de nouvelles extensions, au cas par cas, dans les Balkans. Pour autant qu’on nous laisse voter. Car la minorité europhile l’a déjà annoncé : elle tentera ces prochains mois de faire passer un accord cadre sur les nouvelles adhésions, dont le rôle sera de retirer une fois pour toute au peuple suisse sa compétence en matière de ratification de traités européens. Pour les socialistes, PDC et radibéraux « la voie bilatérale» signifie « avancer vers l’adhésion ». Ceux qui ont cru en leur promesses, pensant que leur ralliement sauverait la voie bilatérale se sont trompés. Les dés étaient pipés. Dimanche après-midi, les masques sont tombés. C’est d’adhésion qu’il est question. Et de cela seul. On comprend mieux ainsi le sens du ficelage : aider le peuple suisse à se déshabituer, progressivement, de l’exercice effectif de la démocratie directe dont il est appelé à être sevré. Car le fonctionnement de l’Union européenne est incompatible, chacun l’admet, avec les droits populaires.

 

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04/02/2009

Grosse fatigue du côté du oui

Rubrique parue dans 24 Heures le 3 février 2009Yves-007305.jpg

Mais pourquoi le camp du oui fait-il si mauvaise campagne ? Avec des arguments qui lui explosent au visage,  les uns après les autres,  dès qu’on y touche ? Pourquoi autant d’argent dépensé, autant de brillants esprits unanimes, autant de conseillers fédéraux mobilisés, n’aboutissent-ils en fin de compte qu’à faire progresser la méfiance et l’adversité ?  Alors que les chances du oui semblaient excellentes avant le matraquage officiel. La majorité du peuple suisse n’est pas hostile à la libre circulation. Pour autant qu’on joue franc jeu. Pour autant que demeure ce frein à main démocratique, promis en 2002, que le peuple actionnera le jour où il estimera que les inconvénients l’emportent sur les avantages. Le peuple se méfie de ceux qui se méfient de lui. Il se méfie donc de ceux qui ont scié le frein à main. C’est d’abord à ceci que tient la mauvaise campagne du oui. Au ficelage scélérat qui  rend d’avance indéchiffrable l’expression d’un vote populaire. Pour tenter d’échapper à l’obligation de convaincre. A la loyale. Du coup, le oui ne s’est pas préparé au combat. Ou si mal. La faiblesse du camp du oui c’est ensuite la désinvolture des arguments. Comme si l’élite éclairée, trop imbue de sa mission de guider les masses aveugles vers leur destin prédestiné, en avait oublié de tester son arsenal. Ses missiles font « pfuit ». Les ficelles apparaissent. Grosses. Il y eut d’abord cette « guillotine » qui tomberait automatiquement en cas de non (Micheline Calmy-Rey). Alors que les sept accords de 1999 se perpétuent automatiquement. Sauf s’ils sont résiliés. Et que l’UE l’a dit, elle ne résiliera pas. Puis ces affirmations tellement naïves : C’est à la levée des contingents, en juin 2007, que l’on doit les centaines de milliers d’emplois  créés depuis lors (Christophe Darbellay). Chacun sait pourtant que ce sont les carnets de commandes, et non les traités, qui créent l’emploi. La levée des obstacles administratifs au recrutement étranger ne fait que simplifier l’embauche, pour les employeurs. Et les syndicats : La libre circulation protège les travailleurs suisses grâce aux mesures anti-dumping (Unia). Curieuse logique qui voudrait que la grippe soit bonne pour la santé car elle permet le développement d’un vaccin. Ou encore : La libre circulation serait profitable aux œuvres sociales car l’AVS a plus encaissé de cotisations depuis juin 2007 qu’elle n’a versé de rentes aux nouveaux cotisants (Micheline Calmy-Rey). Personne ne doute que les nouveaux travailleurs cotisent aujourd’hui et ne percevront leur rente que dans vingt ou trente ans. La meilleure pour la fin : Il est prouvé que lorsque la crise arrive, les travailleurs européens repartent chez eux (Martine Brunschwig Graf, se fondant sur le recul de l’immigration en région zurichoise). Et de croire le peuple assez naïf pour confondre avec elle baisse des nouvelles arrivées de travailleurs allemands (17'000 en octobre contre 11'700 en novembre 2008) avec retour en Allemagne de travailleurs précédemment immigrés ! Les Suisses, qui n’aiment pas les boniments, le feront savoir le 8 février.

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03/02/2009

Longchamp sur les pas de François Mitterrand ?

Est-ce en raison du même prénom ? De la même ambition tranquillement dévorante ? D’une commune passiYves-007305.jpgon pour l’intrigue et l’eau boueuse? D’un goût partagé pour la  duplicité, élevée au rang de grand art ? Ou par pur pragmatisme ? Il reste que François Longchamp a choisi le même allié pour sa campagne en 2009 que François Mitterrand en 1981 : L’extrême droite. Le scrutin proportionnel en 1981, puis les pressions de Mitterrand sur les chaines de télévisions en 1984, pour que celles-ci donnent plus de temps d’antenne à Jean-Marie Le Pen, ont dû frapper l’esprit de notre François local. Mitterrand n’est-il pas parvenu ainsi à asseoir et à conserver son pouvoir face à une droite mortellement divisée. Le coup n’a échappé à personne, François Longchamp ouvre l’année politique en offrant coup sur coup deux débats en tête-à-tête à Eric Stauffer. Garantissant ainsi, sans grand risque pour lui-même, une splendide tribune au Dieudonné genevois : pleine page en une dans la Julie et plateau de Genève à chaud. En attendant la suite. La manœuvre requiert un pince nez mais permet de profiler l’extrémiste genevois dans le débat sur la libre circulation, débat national s’il en est, dans lequel le groupuscule cantonal n’avait en principe pas à tenir une telle place. La stratégie est claire : Permettre au MCG de revendiquer une part du résultat du 8 février et booster ainsi son audience au moment où le caractère odieux du personnage qui l’incarne et le résume l’a usée jusqu’à la corde. En donnant du lustre à l’extrémisme, François Longchamp pense sans doute affaiblir d’autant l’UDC. Et échapper ainsi, le temps d’une année électorale, aux pressions de ceux qui, dans les rangs de l’Entente, aspirent à un renversement de majorité par une recomposition de la droite avec le parti conservateur. Comme le sphinx qui l’inspire, et qui n’a jamais su s’il était de droite ou de gauche, Longchamp prétend rouler pour lui seul. En oubliant que, même à Paris, à trop vouloir la politique de Machiavel, il arrive que l’on fasse la politique de Gribouille. Et que dans un combat tous contre tous, personne ne peut prédire à d’avance qui, du MCG ou du parti radical manquera le quorum d’un cheveu cet automne.

 

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