25/03/2009

Solférino, la Suisse et le G20

Chronique parue dans le Nouvelliste du 25 mars 2009Yves-007305.jpg

La crise. C’est la crise de la globalisation. Et peut être sa fin. A tout le moins, la fin d’une période de vingt ans de mondialisation des marchés. Qui s’est ouverte avec la chute d’un mur, à Berlin. Et le dépôt d’un bilan, à Moscou. Et qui se ferme aujourd’hui avec la chute des marchés, à Wall Street. Et la faillite des grandes banques d’investissement. Deux décennies où l’industrie financière, libérée des tutelles d’un Etat dépassé par la mondialisation, s’était enivrée. Jusqu’au coma. Jusqu’à se précipiter contre un mur. Emportant avec elle l’économie mondialisée.  Le bilan de cette époque repose désormais sur le bureau des Etats. Dont c’est le grand retour. Mais pour quoi faire ? La guerre.

 

Ces Etats qui, durant les années folles, n’ont pas omis de se goinfrer. Prélevant au passage la part goulue du fisc. Sur des rendements indécents. Que tous savaient sans lendemains. Tout comme les caisses de pension : nous tous. Victimes d’aujourd’hui, profiteurs d’hier. Comptabilisant joyeusement des rendements boursiers sans rapport avec la croissance de l’économie réelle. Mais si commodes. Pour équilibrer les comptes lorsqu’on n’a pas vraiment envie de tirer les conséquences du vieillissement de la population sur les rentes désormais non couvertes par les cotisations capitalisées.

 

C’est en les nationalisant que certains Etats ont sauvé leurs banques. Ils sont ainsi devenus propriétaires d’actifs toxiques. Qui menacent leur propre bilan.  Il leur faut de l’argent frais. Vite. C’est la guerre fiscale. D’autant que les objectifs commerciaux des banques nationalisées deviennent les objectifs stratégiques des Etats propriétaires. Et c’est la guerre tout court. Un axe de grandes puissances coalisées commence par s’attaquer aux petits Etats. Comme la Suisse. Pour casser sa place financière. Sous gestion, un tiers de la fortune mondiale privée. Faire main basse sur cette clientèle. En violant le droit international. Pourquoi s’en embarrasser ? Sous l’étendard levé de la croisade. Morale.

 

Cent cinquante ans exactement séparent les batailles de Solférino de celles de Wall Street et de Londres. S’il vivait aujourd’hui, c’est les champs de bataille des marchés financiers que parcourait Henri Dunant.  En contemplant ces millions d’emplois détruits ou agonisants. Victimes de la brutalité de mécanismes aveugles. Et virtuels. Henri Dunant s’interrogerait : Existe-t-il des règles ? Auxquelles les protagonistes des marchés pourraient  vouloir se soumettre. Volontairement. Qui seraient dans l’intérêt de tous. Et au détriment d’aucun. Qui apporteraient un peu de raison. Et de droit. Là où ne règne que la force. Il en ferait ensuite la proposition. Sur une base privée. Une organisation en naîtrait. Qui aurait pour marraine la Suisse. Qui s’appuierait sur ses réseaux bancaires mondiaux. Comme jadis la Croix rouge.

 

Telle est la vocation de notre pays. Son savoir faire. Son image. Son identité. Et telle doit être la réponse active de la Suisse à la crise mondiale. En même temps que sa réplique à la guerre injuste qui nous est faite. Et son nouvel ancrage sur la scène internationale de la post-globalisation.

 

08:50 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |

Commentaires

N'en déplaise à Ada Marra, mais après une si juste analyse, votre place est au Conseil Fédéral. Nous avons absolument besoin à la tête de l'état de gens qui savent faire les bonnes synthèses de l'ensemble des évènements mondiaux. Nous sommes certainement à la fin de la civilisation industrielle, de la chape du tertiaire, et il faut avancer de nouvelles orientations. Notre "petit" pays est parfaitement capable de le faire, mais pour cela nous avons besoin de Dirigeants Compétents! Je ne souhaite pas moins de 4 UDC au gouvernement, car c'est de personnes visionnaires que nous avons besoin pour dessiner les nouveaux enjeux fondamentaux qui seront, je l'espère tellement, plus justes et mieux équilibrés que ceux qu'il faut perdre maintenant.
Les politiques Européennes et Américaines ne cherchent qu'à maintenir un bateau qui coule, et dès lors qu'ils ne veulent pas faire les bonnes analyses, ils ne voient pas ce qui peut être une nouvelle chance d'établir un monde avec des vraies valeurs de justice et d'équitabilité, de respect et de morale.
Je n'avais pas vu se rapprochement avec Henri Dunant, mais comme l'histoire se répète, je crois que vous avez raison et si la Suisse a les Bons Dirigeants à sa tête, nous serons en mesure de relever ce nouveau défi. Tout simplement, Merci!

Écrit par : Corélande | 25/03/2009

Votre style est simple à lire et le texte est plein de sens.

Écrit par : Algernon @ cheap calling cards | 19/10/2009

ce que je cherchais, merci

Écrit par : OffincKaf | 02/12/2013

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