21/04/2009

Rester Suisse : dans un monde multipolaire

Chronique parue dans le Nouvelliste du 21 avril 2009Yves-007305.jpg

La crise financière a sonné la fin d’un épisode. Marquant. Quoi que très bref : vingt ans. Qui s’est ouvert avec la chute d’un mur, à Berlin. Et le dépôt d’un bilan, à Moscou. Avec la domination d’une unique superpuissance. Planétaire. Ses valeurs : le tout économique. Sa politique sociale : à crédit, avec l’aide de Wall Street. Sous les applaudissements des gauches du monde entier. Ralliées. Le château de cartes des « subprimes » en reste l’illustration majeure. Et l’épilogue.

C’est le retour du politique. Pour le meilleur comme pour le pire. A l’Organisation des nations unies qui y scrute son avenir, le miroir de Durban I et II renvoie l’image d’un monde déchiré. Par la notion même d’universalité. Sur laquelle l’ONU pensait être fondée. Du choc des civilisations, émerge un autre monde : multipolaire. Fait de blocs et sous blocs : les Amériques, l’Europe et la Russie, une forme d’Empire ottoman revisité, l’Asie de l’Est et l’Afrique subsaharienne. Des blocs pour l’heure inconciliables. De par leurs prétentions propres à l’universalité, pour certains. Et pour tous, de par leurs rivalités pour la maitrise des ressources stratégiques.

Et la Suisse dans tout cela ? Qui ne dispose d’aucune ressource stratégique, hormis son travail. Elle a deux options. A choix : adhérer à l’Union européenne, dont le fonctionnement ne peut s’encombrer ni du fédéralisme, ni de la démocratie directe. Et donc y disparaître. Ou alors, faire une fois de plus ce qu’elle a su faire durant toute son histoire : inventer une voie suisse, se repositionner politiquement en tant qu’Etat neutre dans un monde devenu multipolaire. Où la Suisse offrira aux blocs rivaux des prestations conformes à sa vocation. C’est à dire utiles à tous. Et qu’aucun autre acteur de la scène internationale ne sera en mesure de fournir. Ce fut le cas durant la guerre froide : la Suisse a su transformer son isolement relatif au sortir de la deuxième guerre mondiale, à laquelle elle avait échappé, en un avantage compétitif. Faisant de Genève la capitale diplomatique incontournable des négociations Est-Ouest. Durant quarante ans. Le fait de se trouver clairement du côté occidental du monde, n’a nullement altéré le crédit de la Suisse en tant que pays neutre. De même, le fait de se trouver aujourd’hui  au centre géographique de l’Union européenne, et d’y être intégrée économiquement, n’altérera pas sa vocation. Pour autant que la Suisse se garde de tout alignement qui puisse évoquer une forme d’adhésion politique.

Car l’histoire suisse est l’histoire d’un décalage. Systématique. Par rapport à l’Europe du moment. Toujours. L’immédiateté impériale (au XIIIe) pour échapper à l’Europe féodale. L’indépendance du Traité de Westphalie (1648) pour échapper au Saint Empire. La neutralité reconnue « dans l’intérêt de l’Europe entière » au Traité de Vienne (1815) qui permettra à la Suisse de survivre à la montée en puissance des Etats nations au XIXe. Puis aux affres des guerres mondiales au XXe siècle. La neutralité, encore, au temps de la guerre froide. Et puis, en 1992, la voie bilatérale plutôt que l’adhésion. La Suisse est parfaitement capable d’imaginer la suite. De sa propre histoire. Pour autant que ses politiciens ne la sabotent pas.

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08/04/2009

SIGNEZ L’INITIATIVE POUR LE SECRET BANCAIRE

 

REJOIGNEZ LE COMITE DE SOUTIEN ROMAND


Les Conseillers nationaux 
: Yves Nidegger (Ge), Yvan Perrin (Ne) Jean-Pierre Grin (Vd), Oskar Freysinger (Vs), Dominique Baettig (Ju), Jean-Pierre Graber (Be), Jean-François Rime (Fr), André Reymond (Ge), Guy PARMELIN (Vd), Pierre-François Veillon (Vd), Alice Glauser (Vd), André Bugnon (Vd). Les Députés au Grand Conseil : Eric Bertinat (Ge), Gilbert Catelain (Ge), Eric Bonjour (Vd), Eric Leyvraz (Ge), Philippe Ducommun (Vd), Stéphane Florey (Ge), Antoine Bertschy (Ge), Philippe Guénat (Ge), Stéphane Peiry (Fr). Les Constituants : Soli Pardo, Michel Amaudruz, Jacques Pagan, Pierre Schifferli, Pierre Scherb, Ludwig Muller, Thomas Bläsi. Les élus municipaux : Stephen Knorr (Thônex), Gilbert Schreyer (Ville de Genève), Ruth Kaelin (Vernier), Jacques Hämmerli (Ville de Genève), Kevin Grangier (La Tour-de-Peilz), Patrick Lussi (Lancy), Dominique Vuagnat (Onex), Stéphane Valente (Vernier)

 

Vous invitent à signer et à faire signer l’initiative « Défendons la Suisse, inscrivons le secret bancaire dans la Constitution »

 

DÉFENDONS LA SUISSE!

Inscrivons le secret bancaire dans la Constitution fédérale

 

INITIATIVE POPULAIRE FEDERALE (publiée dans la Feuille fédérale le 31.03.2009)

 

Les citoyennes et citoyens suisses soussignés ayant le droit de vote demandent, en vertu des articles 34, 136, 139 et 194 de la constitution fédérale et conformément à la loi fédérale du 17 décembre 1976 sur les droits politiques (art. 68s.), que:

 

La Constitution fédérale est modifiée comme suit:

 

Art. 13, titre et al. 3 à 5 (nouveaux)

Titre

 

Protection de la sphère privée et garantie du secret bancaire

 

3

Toute personne a droit au respect du secret sur ses relations d’affaires avec les banques autorisées à exercer leur activité en Suisse. Aucune information ne peut être transmise à une autorité étrangère ou à une autorité fédérale non liée par le secret bancaire sans le consentement du détenteur du secret.

 

4

Le secret bancaire ne couvre pas les activités criminelles telles que le terrorisme, la criminalité organisée et le blanchiment d’argent. La Suisse accorde l’entraide judiciaire à une autorité étrangère si l’activité poursuivie est punissable en Suisse et dans l’Etat requérant.

 

5

La loi prévoit des mesures en vue d’éviter que la garantie du secret bancaire ne soit éludée aux fins d’enquête fiscale. L’autorité judiciaire peut  modifier la qualification de l’infraction proposée par l’Etat requérant.

 

Télécharger un formulaire de signature : http://www.legaticinesi.ch/iniziative/view-category

 

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07/04/2009

Vingt animaux malades de la peste

Chronique parue dans le Nouvelliste du 6 avril 2009

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Un mal qui répand la terreur. Mal que le Ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre. La crise, puisqu'il faut l'appeler par son nom, capable d'assécher en un jour le Libor, faisait aux nations du G20 la guerre. Elles ne mouraient pas toutes mais toutes étaient frappées. Toutes occupées au chevet de leur mourante économie. Nulle entreprise n'excitait plus leur désir. Nul trader, nul gérant n'épiait le client. Les banquiers se fuyaient. Plus de confiance et  partant plus d’argent. L’Amérique tint conseil et dit : « Mes chers amis, je crois que le Ciel a permis pour nos péchés cette infortune. Que le coupable se sacrifie aux traits du céleste courroux, peut-être obtiendra-t-il la guérison commune. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents on fait de pareils dévouements : Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence l'état de notre conscience. Pour moi, satisfaisant à mes appétits gloutons, j’ai provoqué crise des subprimes, mort du crédit puis de mes banques et ainsi dévoré force emplois dans force nations. Que m'avaient-ils fait? Nulle offense. Même, il m'est arrivé quelquefois de ruiner des caisses de pension. Je me dévouerai donc, s'il le faut, mais je pense qu’il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi : Car on doit souhaiter, selon toute justice, que le plus coupable périsse ». Sire, dit l’Angleterre, « vos scrupules font voir trop de délicatesse. Détruire marchés et emplois, est-ce un pêché? Non, non. Vous leur fîtes, en les ruinant, beaucoup d'honneur. Et quant aux caisses de retraites, l'on peut dire qu’elles étaient dignes de tous maux, étant de ces gens-là qui comptent sur la bourse pour payer les pensions». Ainsi dit l’Angleterre et flatteurs d'applaudir. On n'osa trop approfondir de l’Allemagne ou de la France, ni des autres puissances les moins pardonnables offenses: Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples pékins, au dire de chacun, étaient de petits saints. La Suisse vint à son tour et dit: « J'ai souvenance qu’en respectant mes propres lois,  les accords avec autrui signés et aussi ma conscience, je refusai de livrer au fisc étranger ceux qu’à mon propre fisc je n’aurais pas livrés. Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net. A ces mots on cria haro sur le secret. Une île, quelque peu glauque, prouva par sa harangue qu'il fallait dévouer ce maudit pays, ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. La double incrimination ! Quel crime abominable ! Rien que la mort n'était capable d’expier ce forfait: on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez coupable ou corvéable, les listes du G20 vous feront blanc ou noir.

(D’après Jean de La Fontaine)

 

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06/04/2009

Sitting Merz, Crazy Calmy et le Général Steinbrück

 

 

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Peer Steinbrück aurait pu se méfier des comparaisons historiques. Et se souvenir de la célèbre bataille de Little Big Horn, en 1876, où  la cavalerie du général Custer fut anéantie. Et où lui-même fut tué. Face aux grands chefs Sitting Bull et Crazy Horse qui conduisirent à la victoire les valeureux combattants indiens unis.  

 

Le Ministre allemand aurait aussi pu se rappeler de la dernière tentative du Reich d’envahir la Suisse. Sous l'empereur Maximilien. Et la série de mémorables déculottées qui s'en suivit. Pour l'Allemagne. Tout le long du Rhin, de Bâle aux Grisons. Et en particulier la bataille de Dornach, en 1499. Qui scella l'indépendance de fait des suisses unis. Avant l'indépendance juridique du Traité de Westphalie en 1648. L'Union européenne d'alors s'appelait Saint empire romain germanique.

 

Mais pour le ministre socialiste allemand, les précautions historiques sont inutiles. Comme pour son collègue vice chancelier et ancien chef du parti socialiste, Franz Müntefehring, qui s'est permis d'affirmer qu’« en d’autres temps (nationaux socialistes ?), on aurait envoyé la troupe ». Les allemands savaient qu'avec Sitting Merz et Crazy Calmy à leur tête, les indiens se rendraient sans combattre.

 

Pavillon blanc contre liste grise.

 

Honte au Conseil fédéral ! La bataille devait  être livrée. Et le sera. Par le peuple. Le droit international, violé par les grandes puissances, est du coté de la Suisse. Qui possède un droit de rétorsion. Nous pouvons légitimement suspendre l’accord avec l’Union Européenne sur la fiscalité de l’épargne. Et priver l'UE des centaines des millions de Francs que la Suisse lui reverse en échange de la reconnaissance bafouée de son secret bancaire. Nous pouvons aussi suspendre l'accord sur les transports terrestres, et bloquer les camions de l'UE à la frontière suisse. Ce ne sont que des exemples.

 

Car nous sommes en guerre. Mais le plus grave, c'est la guerre intérieure qui voit s'affronter inutilement ceux qui savent que nous sommes en guerre et ceux qui font semblant de ne pas le savoir.

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