05/05/2009

Du socialisme financier au capitalisme d’Etat

Chronique parue dans le Nouvelliste du 5 mai 2009Yves-007305.jpg

Tout est possible à celui qui peut s’endetter. La crise financière a marqué à cet égard une forme de césure. Avant la crise, on voit des Etats hypnotisés depuis vingt ans par la mondialisation de l’économie. Et dépassés par une finance globalisée hors d’atteinte. Qu’ils ressentent d’autant plus cruellement comme une rivale qu’eux-mêmes dépendent des performances boursières pour financer les politiques sociales très au dessus de leurs moyens que les gouvernants offrent aux électeurs en échange de leurs voix. Un socialisme financier compassé.

On rappelle trop peu souvent que c’est une politique sociale, dérivée du « Fair housing act », qui a conduit à la catastrophe mondiale connue sous le nom de « crise des subprimes ». Dans l’idée louable de combattre la discrimination dans l’accès à la propriété foncière, le gouvernement étatsunien en est arrivé (sous l’administration démocrate de Mr. Clinton) à imposer aux banques d’accorder des prêts hypothécaires à des débiteurs qu’elles auraient autrement rejetés en raison de leur solvabilité douteuse. S’en est suivi une forte augmentation de la demande immobilière et, partant, un essor très lucratif du secteur de la construction et de l’immobilier en général. Avec sa spirale des prix, ses juteuses rentrées fiscales et sa bulle spéculative. Le tout couplé à une sous-couverture systématique et croissante des hypothèques. Lorsque la bulle a explosé, et que les prix de l’immobilier mis aux enchères en raison de l’insolvabilité des débiteurs se sont effondrés, les pertes furent proportionnées à l’ampleur du phénomène suscité par l’Etat : gigantesques. Bien entendu, les banques hypothécaires n’avaient pas été naïves au point de porter elles-mêmes le risque inconsidéré que la loi leur imposait : Elles s’étaient débarrassés du risque en « titrisant » les créances et en revendant ces titres en bourse à des investisseurs, clients, caisses de pension et autres banques. La valeur boursière de ces actifs, dont les agences de notation avaient ignoré le caractère foncièrement pourri, avait considérablement enflé par l’effet de la spéculation. La suite est connue : un réajustement abrupte des valeurs, suivi d’un jeu de dominos qui a vu la faillite de banques n’être évitée que par l’intervention massive de l’Etat.

Globalisé, le monde de la finance était parvenu à imposé au monde sa logique. S’affranchissant pour un temps des pesanteurs terrestres, il a été rattrapé par l’Etat. Qui est seul aujourd’hui à pouvoir s’endetter davantage. Voici venu, pour un temps, l’Etat : sauveur de la finance, client roi de l’économie, patron improbable du capitalisme. Pour le meilleur, peut-être. Pour le pire aussi : la dette. Que les Etats contractent sur la tête des futures générations. Option moralement insoutenable. Et financièrement irresponsable.

08:40 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |

Commentaires

Héhé, les subprimes c'est la faute à l'Etat qui voulait faire du social. Position suréalistes des faucons républicains de la finance aux USA.

Evidemment, cette horrible distorsion a la concurence est évidemment la seule cause de la crise des subprime quand on porte des oeillère pareille !

Mais peux d'analyste sérieux adère à cette thèse.

Par contre, vous avez su enrober tout cela dans un charabia impressionnant qui rendait presque crédible votre note.

Écrit par : Djinius | 06/05/2009

"Héhé, les subprimes c'est la faute à l'Etat qui voulait faire du social. Position suréalistes des faucons républicains de la finance aux USA."

Ce que dit Yves Nidegger sur l'origine des subprimes est totalement vrai.Cher Djinius,vous devriez sortir un peu de votre cocons et d'arrêter de lire les journaux people genre le"Matin" ou "l'humanité"pour faire pire.

D.J

Écrit par : D.J | 06/05/2009

Dans l'idéal, il ne devrait pas y avoir plus de billets qu'il n'y a d'or dans les banques.

La Suisse a voulu se débarrasser de ses stocks d'or beaucoup trop vite!
La Chine en revanche s'en tire pas trop mal, elle a acheté beaucoup d'or.

Écrit par : Dzodzet | 16/05/2009

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