22/10/2009

L’interdiction des minarets, une tradition radicale

 

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L'ajout à l'article 72 de la Constitution (qui charge la Confédération et les cantons de préserver la paix religieuse en Suisse) d’un alinéa 3 interdisant l'érection de minarets ressemble à s'y méprendre aux articles de la Constitution radicale de 1874 bannissant la création d’évêchés (art. 50 al. 4)[1], la fondation de couvents (art. 52), la présence de l’Ordre des jésuites (art. 51) ou rendant inéligibles les ecclésiastiques au Conseil national.

 

Ces interdictions n’ont rien d’archaïques puisqu’elles sont restées en vigueur jusqu’à la révision constitutionnelle de 1999, voire jusqu’au referendum du 13 juin 2001 pour les évêchés. C’est dire, d’une part, que jusqu’à ce jour ou presque, la moitié catholique de la population suisse s’est accommodée d’importantes intrusions  de l'Etat dans la liberté d'une Eglise à s'organiser librement. D’autre part, que ces intrusions ne constituent pas une atteinte au noyau dur de la liberté de croire et de célébrer le culte de son choix, garantie par la Constitution de 1874 autant que par l’actuelle.

 

Ces interdits historiques résultent de la méfiance des radicaux envers une Eglise catholique soupçonnée, non sans  raison à l’époque du Kulturkampf, d’exercer sur ses fidèles une influence morale à la limite du conflit ouvert avec le droit de l’Etat laïc.

 

Ce même soupçon s’exprime aujourd'hui à l'encontre de la charia islamique. Ceux qui demandent l’interdiction des minarets considèrent en effet que la volonté d'affirmer une présence visible de l'Islam en Suisse, symbolisée par l'érection de minarets, constitue l’aveu d’une revendication implicite à exiger des croyants musulmans une soumission à la loi religieuse en conflit potentiel avec la loi civile.

 

Loin d’introduire une rupture de tradition, la demande d'interdiction des minarets s’inscrit  dans le droit fil du radicalisme suisse, à la suite de l’interdiction des évêchés et des jésuites, notamment. Et comme ses précédentes, elle ne porte pas atteinte au noyau dur de la liberté de croire et de pratiquer le culte de son choix

 

L’initiative ouvre un débat, par ailleurs utile, sur les limites de la multi-culturalité en fournissant un porte-voix aux craintes d’une partie importante de la population, confrontée à des revendications de visibilité en soi recevables mais problématiques dès lors qu’elles émanent d’une minorité démographiquement dynamique et dont le rapport au religieux, plus que la religion elle-même, lui semble incompatible avec la laïcité moderne.

 

Pour autant, le texte de l'initiative ne constitue pas une réponse aux questions qu’il pose, une restriction de police des constructions n’ayant pas vocation à agir sur les données d’une problématique essentiellement démographique.



[1] Soumettre la création de nouveaux évêchés à l’autorisation d’un Conseil fédéral alors composé de sept membres radicaux revenait à l’interdire, ce que les Catholiques ont bien compris. 

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21/10/2009

Interpeller, juger, renvoyer

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Yves NIDEGGER au Conseil d’Etat                                          http://www.udc-ge.ch/gd_conseil09/Plateforme%202009_1.pdf

La restauration de la sécurité à Genève tient en trois mots : interpeller, juger, renvoyer. Trois mots que le Conseil d’Etat sortant a systématiquement refusé de prononcer, préférant livrer les rues et les villages genevois à la violence, aux trafics et aux pillages. Au nom d’un humanisme dévoyé qui nie le premier de tous les droits de l’homme, celui de vivre en sécurité. Ce programme de destruction de la sécurité des genevois a été annoncé dès le premier jour par le seul acte politique que veuille bien assumer ce Conseil d’Etat sortant : la suppression des mots « justice » et « police » du nom du département, rebaptisé d’un castrateur « des institutions ». Tout un programme ! Qui a consisté pour le Conseiller d’Etat en charge du département à marquer durant quatre ans toute la répugnance du gouvernement genevois à l’égard de l’idée même de répression. Le résultat est à la hauteur de l’ambition.

Interpeller

Interpeller un criminel ou un délinquant est une action délicate qui requiert un savoir faire spécifique et  une dose de courage physique, deux qualités qui ne font pas défaut à nos policiers genevoise, correctement formés. Cette activité suppose aussi une motivation intacte, qui passe par l’assurance que le palais de justice tire bien à la même corde que les policiers et la certitude que les criminels et délinquants arrêtés au terme d’un long travail seront effectivement jugés et renvoyés. En refusant de procéder aux renvois, pourtant requis par le droit fédéral, et en remettant à la rue les délinquants le jour même de leur interpellation, le département « des institutions » sape chaque jour le moral de ses troupes. Il est urgent d’élire un Conseiller d’Etat qui aime la police. Car il aura la double tâche de faire ouvrir des lieux de détention, pénale et administrative, et de restaurer la confiance rompue entre la police et le palais de justice d’une part, entre le département, la hiérarchie et les forces de polices d’autre part.

 

Juger

Les juges qui infligent des sanctions, ou qui contrôlent les conditions de la détention pénale ou administrative, doivent se souvenir que, comme toute autre autorité, ils ont été élus par le peuple, avec le mandat d’appliquer le droit au nom de celui-ci. Le peuple a été clair le 11 octobre, en désavouant nettement ses autorités. Il est urgent d’élire un Conseiller d’Etat qui aime la justice. Sa première tâche sera de mettre un terme aux querelles d’idées et de personnes qui ont consumé l’essentiel de l’énergie du département en blocages et autres coups bas, avec pour résultat de ruiner la confiance des citoyens envers leurs autorités. Le palais de justice a besoin des moyens nécessaires pour juger et pour maintenir en détention tous ceux qui doivent l’être.

 

Renvoyer

Chacun sait qu’une part essentielle de la criminalité de rue et du pillage de nos logements est le fait de personnes venues d’ailleurs, qui ont choisi Genève pour y commettre leurs forfaits précisément en raison de l’impunité que leur a garanti ce département « des institutions » que les criminels du monde entier nous envient. Zurich, qui dispose du même droit fédéral et des mêmes accords de réadmission que Genève, se débrouille pour éloigner le 80% des personnes qui doivent l’être, les Grisons font mieux encore alors que Genève en remet le 100% à la rue. La police d’autres cantons a des raisons de se sentir motivée que n’ont pas les policiers genevois, que l’on décourage à dessein en détruisant, jour après jour, le fruit de leur difficile travail. Le droit fédéral prescrit que tout étranger qui trouble l’ordre public doit être éloigné du territoire. Ce même droit en fournit les moyens, qui font leur preuve dans d’autres cantons : la détention administrative, indépendante de la détention pénale, qui permet de pallier le manque de collaboration de ceux qui veulent, et ils sont nombreux, se soustraire à leur renvoi. Il est urgent d’élire un Conseiller d’Etat qui ne soit pas rebelle au droit fédéral.  Sa première mission sera de faire ouvrir des lieux de détention préventive et administrative. Puis de doter les services chargés du contrôle de la population de la volonté politique de faire appliquer le droit suisse à Genève comme il l’est dans les cantons respectueux de la population résidant légalement sur leur sol.

 

Je m’engage à être ce nouveau Conseiller d’Etat. Merci de voter Yves NIDEGGER à Justice et police le 15 novembre 2009.

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20/10/2009

La frontière se rebelle

(chronique parue dans le Nouvelliste du 20 octobre 2009)

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Plus les frontières politiques s’abaissent, sous la pression d’une économie mondialisée, plus le besoin d’enracinement local et national est ressenti comme important. Et plus les peuples du monde rêvent de disposer, comme le peuple suisse avec le fédéralisme et la démocratie directe, de leviers politiques capables de juguler les vents brutaux de la mondialisation. N’en déplaise à la pensée dominante, la notion de frontière n’est pas le contraire de la modernité, mais un de ses corolaires. Pour avoir traité cette évidence par le seul mépris, les élites économiques genevoises, donc les média et à leur suite la classe politique, pleurent aujourd’hui sur le succès d’une formation iconoclaste qui vient de leur tailler des croupières en thématisant la notion de frontière jusqu’à la nausée. La chose était pourtant prévisible.  A Genève, canton frontière, cette ligne blanche joue depuis des siècles un rôle éminemment identitaire. On ne saurait songer à retirer impunément, et d’un seul coup, les contrôles aux frontières (Schengen), le contingentement des travailleurs (libre circulation) et la nationalité des produits (Cassis de Dijon). Quelque secousse tellurique était à prévoir. D’autant plus après que l’on se soit contenté de taxer d’obscurantisme la moindre réticence exprimée, qui plus dans un débat censé être démocratique, à l’encontre de ce qui a fini par apparaitre comme le dogme de la libre circulation absolue. Plus prompte à ériger des buchers, pour y brûler les hérétiques  qui demandaient l’application de la clause de sauvegarde, qu’à se pencher sur les questions que posent le chômage  en augmentation, d’une part, et l’arrivée quotidienne de nouveaux immigrants, de l’autre part, l’élite a mérité son retour de bâton populaire. La notion de frontière est certes à revisiter, dans le contexte des relations étroites que la Suisse noue avec l’Union européenne. Mais pas à ignorer. Ceux qui rêvaient tout haut d’une prochaine adhésion ont crû pouvoir s’épargner l’effort. En gommant la question. Le peuple vient de leur siffler la fin d’une sieste. Et c’est fort bien, même si, à Genève, ceux qui ont mis le feu à la frontière sont sans conteste de vilains hérétiques. Mais après tout qu’est-ce qu’une hérésie, sinon une question que les tenants de l’orthodoxie ont crû à tort pouvoir négliger ? Gageons que, comme de coutume dans l’histoire des idées, on brûlera promptement les hérétiques. Non sans récupérer l’hérésie. Qu’il faudra bien intégrer au dogme.

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06/10/2009

L'Europe se suicide, lentement

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 6 octobre 2009)

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Vaincre la résistance irlandaise est une chose. Guérir ses pulsions suicidaires en est une autre. Ce n’est pas dans le Traité de Lisbonne que l’Europe trouvera l’antidote à son épuisement civilisationnel. Et à l’auto-dégoût occidental qui la mine, l’empêchant de se reproduire et de défendre ses valeurs et sa vision du monde. Le mal n’est pas neuf. On se souvient de la collaboration au communisme et de l’appui assumé à l’Union soviétique de nombreux intellectuels et hommes politiques européens. Dès après la deuxième guerre mondiale et jusqu’à la chute du mur de la honte. Ce refus de voir la vraie nature du communisme, danger mortel de tout ce sur quoi est fondé l’Europe, constitue le symptôme accablant à la base du diagnostique de faillite intellectuelle et morale qui a été posé sur le continent durant la guerre froide. Et que rien ne vient infirmer aujourd’hui.

Nos réponses alambiquées face à la terreur djihadiste (attentats de Madrid) et aux attaques antioccidentales de musulmans européens confirment un état de civilisation épuisée qui refuse de se défendre et se borne à exprimer des ressentiments à l’encontre de ceux qui le font, comme c’est le cas de l’UDC en Suisse. La crise démographique, échec de l’Europe à se reproduire, s’est accompagnée d’une allergie mortifère à l’idée même d’assimilation des migrants, sous-employés mais féconds. Le refus de la Constitution européenne de reconnaître l’importance causale du Christianisme fourni un symptôme supplémentaire au même diagnostique. Tout comme l’illusion que l’Europe redeviendra une puissance mondiale lorsqu’elle aura cédé l’autorité nationale de ses Etats membres à une bureaucratie utopique où des techniciens résoudront les problèmes politiques supranationaux à l’abri des contrôles démocratiques effectifs.

Cette idée est dangereuse, dans un monde dangereux où la menace crédible reste la clé. Tout comme sont suicidaires l’absence de volonté des élites politiques et intellectuelles de parler franchement de la violence des déracinés, qui reflète à la fois la culture dysfonctionnelle des immigrés non assimilés, en particulier musulmans, et le cocktail létal que constitue ce mélange de négligence étatique et d’apaisement à la petite semaine qui nous tient lieu de politique. L’initiative anti-minarets est l’expression d’un ras-le-bol populaire. Un cri de détresse, principalement à l’adresse du Ciel. Car son texte ne contient pas de solution au problème posé.

 

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05/10/2009

Les très riches ­heures du duc Hans-Rudolf

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 23 septembre 2009)

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Le siège du château avait duré des lustres et aurait pu se prolonger longtemps encore, tant les fortifications étaient solides et l'approvisionnement bien ordonné. Jusqu'à ce funeste matin de printemps où les assaillants firent parvenir au château cette improbable offre de paix: «Que les assiégés détruisent leurs murailles et les assiégeants brûleront leurs échelles.» Le châtelain n'y vit rien de déshonnête. Il fallait terminer cette guerre et le soir même, c'était un 13 mars, une bannière grise flottait au sommet du donjon.

A ses gens qui l'interrogeaient, le duc Hans-Rudolf expliquait que les murailles n'étaient détruites que pour ceux du dehors. Nullement pour les habitants du château: sauf à se quereller avec des seigneurs étrangers, les gens du pays resteraient, demain comme aujourd'hui, assurés de leur sécurité dans le périmètre de ses douves.

A ses anciens ennemis qui les convoitaient, le châtelain expliquait que la coutume du château interdisait de déplacer hors les murs les précieux grimoires conservés au donjon. Mais plusieurs objectaient à cet argument. Ainsi le chevalier de Steinbrück faisait observer que les murs étant détruits, le transport des manuscrits ne pouvait violer la coutume. Quant au Chevalier noir, il soutenait avec d'autres que la coutume était abrogée: le châtelain n'avait-il pas offert, en témoignage de la paix retrouvée, ce lot de trois cents parchemins déjà transportés au loin par-delà l'océan. Tous s'entendaient pour dire que, sauf à leur remettre l'ensemble des collections du donjon, le châtelain Hans-Rudolf se rendait coupable de parjure, une vilenie si grande que les représailles les plus cruelles, qui déjà se préparaient, n'y suffiraient à sauver le duc d'une excommunication certaine.

C'est alors qu'intervinrent à leur tour les échevins du château, réclamant eux aussi l'accès aux précieux parchemins. Ils arguaient de ce que des seigneurs étrangers, hier encore ennemis, ne sauraient être mieux traités par le duc que ceux qui, comme eux, levaient loyalement le cens, le champart et la gabelle sur les terres du château.

Le duc se sentait très las. Il était rentré les mains vides d'un voyage en mer, chez les Maures où il avait été trompé sur le prix par quelque barbaresque qui détenait en otages deux de ses gens. Fatigué, hésitant, il rechignait à argumenter plus avant. Et devait se faire grande violence pour ne pas céder aux délices du songe qui l'obsédait depuis peu: les très riches heures d'une paisible retraite.

 

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Hannibal et les éléphants

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 8 septembre 2009)

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Depuis quatre cents jours, deux Suisses souffrent à Tripoli. Avec eux, leurs familles. Une torture psychologique. Faite d'insécurité, d'humiliations. De sentiment d'abandon. Suivi d'espoirs déçus. Des vies comme arrêtées. Au cadran de la montre, qu'un dictateur blessé arbore au poignet. Signe extérieur d'importance diplomatique. Deux Suisses, dont le seul tort fut de s'être trouvés là. A portée d'arbitraire. Lorsque la foudre devait tomber. Prévisible. Cela fait près d'un siècle, depuis la Société des Nations, que Genève héberge des membres de familles régnantes. Non couverts par l'immunité diplomatique. Et susceptibles à l'occasion de commettre un crime ou un délit. Instruire des plaintes sensibles participe ici d'un savoir-faire local. Rodé à souhait. La justice genevoise fonctionne, en général. Elle ne s'excuse pas de s'en prendre «au riche comme au pauvre, au puissant comme au faible, à l'étranger comme à l'habitant du pays». C'est même le serment des juges à leur entrée en fonction. On sait poursuivre le puissant sans provoquer de crise diplomatique. On savait. Avant qu'un quarteron de pachydermes ne se mette en tête de renverser la formule: déclencher une crise diplomatique majeure sans poursuivre aucune infrac-tion. Il fallait y penser. Depuis quatre cents jours, deux Suisses souffrent à Tripoli. Avec eux, un président forcé de s'humilier, en vain. Des entreprises paralysées. La concurrence anglaise ou italienne qui leur prend le marché. Des vies de travail suisse réduites à néant. Pour un quarteron d'éléphants amnésiques qui a voulu se payer un «fils de». Parce qu'il s'appelait Hannibal. Qu'il était riche. Puissant. Et caractériel. Cogner fort. Au diable la proportionnalité. Trop fort, diront les experts. Et pour aucun résultat: la plainte est classée. La justice? Pour Hannibal, elle est muette à jamais. Mais pour la Suisse, elle parlera. A Londres. Fourches caudines en perspectives. Deux Suisses souffrent à Tripoli. Parce qu'à Genève, ce jour-là, le substitut de garde était socialiste. Et le juge d'instruction radical. Le conseiller d'Etat en charge de justice et police, socialiste. Et le procureur général, radical. Et que chez ces gens-là, on ne communique pas. On campe. Et puis, la ministre des Affaires étrangères, socialiste. Infaillible. Même quand ses propres experts la contredisent. Deux Suisses souffrent à Tripoli. Et ce constat, qui s'installe, lentement, dans les consciences: et si notre politique étrangère n'était plus qu'un cimetière d'éléphants?

 

 

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