18/11/2009

L’âme des tribus

Yves-007305.jpg

 (Chronique parue dans le Nouvelliste du 17 novembre 2009)

 Plus les frontières s’effaceront sous la pression d’une économie mondialisée, plus les peuples crieront fort leur besoin d’enracinement local et national. Et plus ils se tourneront vers le politique. Dont ils attendent qu’il jugule pour eux les vents brutaux de la mondialisation. Paradoxe de la modernité : voici venir le temps des tribus. C’est pour l’avoir compris avant d’autres que l’UDC  s’est taillé le succès national que l’on sait. Laissant loin derrière elle des adversaires hébétés, muets ou vitupérant  à s’en casser la voix le retour d’idées prétendument d’un autre âge.

Au-delà du discours politique, c’est à l’inconscient d’une tribu que parle un Christophe Blocher. A son oreille qu’il souffle. Sa tribu, c’est celle que forment ensemble les cantons confédérés. Mais il en d’autres tribus en terre d’Helvétie : les cantons, chacun une tribu à part entière. Avec ses oreilles propres, son inconscient particulier, les traumatismes de son histoire, ses langues et son identité. Et ces tribus cantonales sont bon public. On vient de s’en apercevoir à Genève, après le Tessin. Deux territoires qui font frontière, à l’heure où précisément on sacrifie les frontières, entre les tribus confédérées et le restes du monde. Il était logique que ces tribus là soient premières à s’émouvoir.

Hier la ligue des tessinois, aujourd’hui le mouvement des citoyens genevois parlent des maux de la tribu. Un chef de meute s’y dresse, avec l’audace de celui qui n’a rien à perdre. Et défie l’époque. Vitupère les élites avachies. Parle à l’âme de la tribu. Au nom de la tribu. Evoque le territoire de chasse des ancêtres. Il peut tout dire, ce chef. Il a l’oreille de la tribu. Il peut dire le vrai comme le faux et même le manifestement tout faux. Peu importe. Sa légitimité ne réside pas dans la statistique. Mais dans l’incarnation. Que d’autres ont désertée.

Cette légitimité a ses impasses, ses dangers, son autodestruction programmée. Mais dans l’intervalle, elle va perdurer. Tant que personne ne sait murmurer à l’oreille des tribus cantonales. Dans leur dialecte. Qui n’est pas le langage de la la tribu fédérale.

 

11:27 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | |