02/12/2009

Les minarets, le peuple et l’immigration

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 2 décembre 2009)

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On ne joue pas impunément avec les peuples qui ont une histoire comme on le ferait avec des éprouvettes de laboratoires. La classe politique suisse l’avait oublié. Le peuple suisse le lui a rappelé ce 29 novembre. Il s’est trouvé trois suisses sur cinq pour dire non aux minarets. Symbole architectural de conquête religieuse achevée pour les uns, fanion de propriétaire planté dans le gras de la terre possédée pour d’autres, le minaret est désormais turris non grata en terre d’Helvétie, corps étranger déclaré au paysage suisse.

Quelles que puissent être les qualités discutables du texte entré dimanche soir dans la constitution, l’interdiction des minarets incarne la résistance historique des Suisses confrontés à l’immigration étrangère. Là où un James Schwarzenbach obtenait 33% des voix en 1974 ou un Christoph Blocher 50,3% en 1992, le comité d'Egerkingen en rafle 57%. Sans doute, un symbole est-il meilleur mobilisateur qu’un dossier chiffré, mais tout de même !

Ce résultat s’inscrit de plus dans le sillage de l’annonce de l’UDC, il y a une semaine à peine, d’une attaque imminente contre les chiffres conjugués du chômage et de l’immigration. Par une motion parlementaire qui ne demandera rien de moins au Conseil fédéral que la résiliation pure et simple, puisque la clause se sauvegarde déjà est inopérante, de l’accord libre circulation qui lie la Suisse à l’Union européenne. Et en cas d’échec au parlement, une initiative populaire sera lancée. Sachant que des négociateurs scélérats ont lié la libre circulation à six autres accords, caducs (sauf ouverture de nouvelles négociations) six mois après la résiliation de la libre circulation, on mesure l’ampleur de la pression politique. Et celle des tensions que l’on verra à l’œuvre en 2010 et surtout en 2011, année d’élections fédérales.

Pour l’heure, clouée au pilori par certains, admirée par d’autres en Europe comme le Charles Martel du XXIème, la Suisse vient de démontrer que sa démocratie directe n’était pas un vain mot. Avec ses audaces iconoclastes, ses prises de risque excessives, ses gifles aux élites et ses offenses au bon goût. En un mot, avec ce pari sans cesse renouvelé, et cela suffit à sa justification, consistant à donner la parole à un peuple qui a une histoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

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