16/12/2009

Raser les cathédrales?

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 16 décembre 2009)

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Par leur vote anti-minarets, les Suisses ont pris acte de la présence de l’Islam chez eux. En le priant de ne pas modifier le paysage. C’est aussi le début de quelque chose de plus vaste, sans doute, avec l’ouverture de plusieurs débats d’importance : les limites respectives du droit constitutionnel et de la démocratie directe, d’une part, celles de la laïcité et de la liberté religieuse, d’autre part.

Car si certains ont vécu le vote anti-minarets comme une piqure de rappel - la chrétienté d’Occident fut longtemps voisine d’un Empire Ottoman, capitale Istanbul, avec lequel les contacts étaient surtout douloureux - d’autres utilisent déjà ce vote pour relancer leur lutte historique contre l’infâme, comprenez la religion, chrétienne de préférence. Alors que le pays s’émeut, à juste titre, du caractère discriminatoire d’une interdiction qui touche les croyants d’une seule religion, deux juristes de l’Université de Zurich sont sortis du bois ce dimanche avec sous le bras un projet de discrimination plus générale, destiné à frapper de manière égale toutes les religions.

Mus par ce souci louable qui fut celui des régimes marxistes, promoteurs d’une stricte égalité entre toutes les religions en s’appliquant à ce qu’aucune d’entre elles ne survive à leur politique. Nos érudits zurichois proposent donc de guérir d’une initiative populaire par une autre initiative populaire. Qui consisterait à inscrire dans la Constitution, à l’article 15, juste après la garantie de la liberté de conscience et de religion, une obligation de discrétion à charge de toutes les communautés religieuses. Bannir l’ostentatoire architectural d’inspiration religieuse d’où qu’il vienne ! Il fallait y penser. Pour ainsi laver l’affront du 29 novembre en noyant l’interdiction des minarets dans celle des cathédrales. Génial. Une interdiction générale de l’ostentatoire architectural rendrait en effet inutile,  en l’absorbant, l’interdiction particulière des minarets.

Plus aucun croyant ne doit prendre le risque de heurter la sensibilité d’un autre croyant ou d’un incroyant. Rasons donc les cathédrales ! Gothiques ou romanes, ces édifices ostentatoirement chrétiens sont à l’évidence plus problématiques encore que les quelques phares ottomans dont certains prétendaient décorer le paysage helvétique.

La non discrimination est désormais à ce prix. Parole de juristes. Et pour le coup, la paix confessionnelle tournera à la paix des cimetières.

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Commentaires

Il est dommage que l'on doive revenir aussi loin dans l'histoire pour trouver des exemples de tolérance. Voyez ceci:

Frédéric II de Hohenstaufen (né le 26 décembre 1194 à Jesi près d'Ancône - mort le 13 décembre 1250 à Fiorentino près de San Severo) régna sur le Saint-Empire romain germanique de 1220 à 1250. Roi des Romains, roi d'Allemagne, roi d'Italie, roi de Sicile, roi de Chypre, roi de Jérusalem, il connut des conflits permanents avec la papauté et se vit excommunié par deux fois. Le pape Grégoire IX l'appelait « l'Antéchrist ».

Il parlait au moins six langues : le latin, le grec, le sicilien, l'arabe, le normand, l'allemand, et probablement l'hébreu. De par ses bonnes relations avec le monde musulman, il mena à bien la sixième croisade – la seule croisade pacifique – et fut le seul à reconquérir les lieux saints de la chrétienté.

Dernier empereur de la dynastie des Hohenstaufen, il devint une légende. De ses contemporains, il reçut les surnoms de Stupor Mundi (la « Stupeur du monde ») et de « prodigieux transformateur des choses », au point qu'on attendit son retour après sa mort. Son charisme était tel qu'au lendemain de sa mort, son fils, le roi Manfred Ier de Sicile, écrivit à un autre de ses fils, le roi Conrad IV, une lettre qui commençait par ces mots : « Le soleil du monde s'est couché, qui brillait sur les peuples. » (Source: Wikipédia pour aller plus vite!).

Écrit par : NIN.À.MAH | 16/12/2009

C'est affligeant de constater qu'un grand nombre de personnes hautement instruites et cultivées sortent de leur bouche des débilités pareilles que ce soit sur l'Islam ou le Christianisme! La Sagesse est une vertu en voie de disparition ou peut être a-t-elle vraiment disparue! L'avenir de l'Europe n'est vraiment pas reluisant!

Écrit par : Inside | 16/12/2009

Oui, rasez rasez les Cathédrales Cher Yves, y compris et surtout celle de Saint Pierre à Genève, wow -on- (le peuple) ne risque plus rien depuis qu'-on- a planqué (une partie de) son Trésor inestimable dirait Tonton Christie's juste à côté, trésor arraché de justesse manu military aux Parpaillots, jusques aux M.A.H., le Retable de Conrad Witz.. (en deux morceaux cassés distincts d'ailleurs c'est bien précisé) ! si toutefois l'immeuble ne s'est pas (encore) écroulé... OUI, Cassez Cassez, Youpiii ! Ainsi pourrons-nous enfin voir, le jour prochain venu, le grand Cirque International (Gnève le vaut bien non?),: le Plus Grand Barnoume du Monde, la Cérémonie (apolitico-religio-financière) des Prestations de Serments de nos Illustrissimes, ce enfin au Stade de Gnève ...

Écrit par : ronchons nous | 16/12/2009

Il y a un texte de Voltaire sur ça!

J'ai lu ce matin dans le Matin un article sur une femme de 75 ans fouettée en Arabie Saoudite!
Ce sport très digne au demeurant est très populaire, puisque c'est des dizaines de milliers de femmes qui se font battres tout les ans!
Que les grands futés lisent l'article et laissent ensuite quelques commentaires merci!

Écrit par : dominiquedegoumois | 16/12/2009

@dominique: Ben, on fait ce qu'on veut en Suisse, ils font ce qu'ils veulent chez eux. C'est le principe: chacun chez soi.

Écrit par : MembreUDC | 16/12/2009

Il est étonnant qu'un UDC mollachu, qui était contre l'interdiction des minarets, communique maintenant deux blogs de suite sur ce sujet qu'il s'accapare de manière très opportuniste.

C'est dans la ligne d'être pro-CEVA, pro-cannabis, anti-Marche blanche, mais de se revendiquer d'une appartenance à l'UDC, tout en plantant des couteaux dans le dos de son ex-Président, qui avait su sortirmême maladroitement de la ligne trop consensuelle de l'UDC genevoise, aux bottes de l'Entente.

Écrit par : yves albrecht | 16/12/2009

@yves albrecht. Merci de vérifier vos sources, où avez-vous vu que j'aurais été pro-canabis? Il me semble par ailleurs que vous mélangez un peu tout. Une chose est de ne pas faire campagne pour l'interdiction des minarets (on ne se refait pas, je n'aime pas les interdictions), une autre est de défendre la démocratie directe lorsqu'elles est attaquée. C'est mon propos. Quant à la ligne trop consensuelle de l'UDC durant ces deux dernières années face à l'Entente, je vous donne raison, avec cette précision que cette ligne fut précisément celle de la présidence passée.

Écrit par : Yves Nidegger | 16/12/2009

M. Nydegger,

la véritable question soulevée par la votation (et pas seulement celle-ci) est comment gérer un conflit entre deux décisions démocratiques, l'une en vigueur, l'autre nouvelle.

Il y a plusieurs questions à régler: la première est comment déterminer s'il y a conflit; la seconde est comment trancher le conflit; la troisième est quand le faire.

Pour la première question (Comment déterminer...), il y a deux possibilités

- soit laisser les politiciens s'écharper ("Ca viole pas", "Si, ça viole", "Non, ca viole pas") et laisser le peuple décider de ce qui est vrai.

Je n'aime pas cela: le peuple ne décide pas de ce qui est vrai et faux (Il y a plein de questions qui ne peuvent être tranchées par le peuple: La Terre est-elle ronde?, M. X doit-il payer 100000 CHF ou 200000 CHF d'impôt, Y a-t-il un réchauffement planétaire? etc), le peuple doit par contre décider, et le plus possible, des conventions sociétales: des choix de vie (mariage homosexuel ou pas), des choix purement conventionnel (couleur des panneaux routiers) et des choix de solutions a des problèmes (politique de lutte contre la drogue, étrangers, etc).

Ce n'est donc pas à lui d'affirmer si deux normes sont contradictoires, car ce n'est pas un choix de société, là où il est seul compétent, car libre.

- autre alternative: comme pour les sciences, ce sont les spécialistes qui doivent en décider, par consensus, en justifiant leur propos. Et là, les spécialistes se sont les juristes. D'ailleurs face à un cas concret, ce sera à eux de trancher entre les deux normes...

Ma proposition de réponse à ma première question est donc: les juristes seuls peuvent déterminer si deux normes démocratiques sont en conflits.

Notez bien que cela ne signifie absolument pas que les juges doivent décider de laquelle est la meilleure, la plus importante. Seulement qu'ils sont les seuls à avoir la capacité à déterminer qu'il y a un conflit.

Les deuxièmes et troisième questions sont liées: les solutions de l'une contingent l'autre et vice-versa.

En gros, il y a deux groupes de solutions. Celles où l'on détermine (et on résoud) le conflit entre les deux normes en amont.

C'est ce que proposent ceux qui veulent une invalidation des initiatives (par le Parlement ou une cour constitutionnelle) si elles sont en conflit. Cela n'enlève rien à la souveraineté du peuple, mais force les initiants à ne pas se tromper sinon le problème, très probablement légitime, va juste passer à la trappe.

On peut imaginer d'autres possibilité que l'invalidation pure et simple, on peut imaginer demander au comité d'initiative de modifier le texte pour éliminer la contradiction.

On peut aussi imaginer suspendre l'initiative tant que la norme légale antérieure n'est pas supprimée ou amendée.

Aucun de ces cas ne limite le pouvoir du souverain: tout reste changeable, mais le chemin est parfois plus compliqué.

Le deuxième groupe, c'est le choix a posteriori: c'est celui en vigueur aujourd'hui. Le peuple exprime une opinion, contradictoire avec une ancienne décision qui n'est pas abrogée pour autant. On ne fait rien, on attend qu'un conflit entre les deux normes naissent et là on demande aux juges de trancher, non seulement sur un fait, mais aussi sur l'importance des deux normes.

Outre le fait de créer une incertitude juridique (ai-je le droit de faire ceci ou pas?), cela donne aussi aux juges une puissance de choix: ce sont eux, et non plus le peuple, qui vont définir la hierarchie des normes.

C'est pourquoi je pense qu'il faut choisir une solution (laquelle n'est pas crucial) dans le groupe où les conflits entre normes sont mis en évidence avant de les soumettre au peuple.

Cela ne limite en rien le pouvoir de celui-ci (ça l'augmente même en retirant le pouvoir de hierarchiser les normes aux juges), ça le complique peut-être parfois un peu mais cela clarifiera le débat: le peuple débattra sur le fond et pas sur l'applicabilité de la norme.

Cela compliquera, mais ne le limitera pas, le lancement d'initiatives certes: mais conserver un ordre juridique cohérent est important et débattre "à tête reposée" avec le moins d'incertitude possible ne peut qu'être bénéfique pour que le souverain prenne la décision qu'il estimera être la meilleure pour lui.

Écrit par : Crinor | 16/12/2009

Considérant que le taux de participation au vote n'était que de 53%, on peut espérer croire que seuls les 57,5% de 53% des personnes susceptibles de voter étaient pour l'initiative, ce qui peut mettre un peu de baume au cœur à ceux qui étaient contre l'initiative. Cela ferait donc seulement 30% des Suisses(esses) pour l'initiative et quelques poussières si on imagine que ceux qui ne sont pas allés voter ne sont pas concernés, donc pas pour! Pour Genève, ce serait encore moins....

Écrit par : NIN.À.MAH | 16/12/2009

Cher Monsieur Nidegger,
Il est vrai que tout cela résulte d'une méconnaissance sans doute de ma part. Mais il me semblait que c'était vous qui faisiez partie de la députation et non votre ex-président.

Écrit par : yves albrecht | 16/12/2009

@yves albrecht : les courteaux dans le dos, l'ex-président en a plantés de bien profonds, en critiquant ouvertement devant les médias le candidat. Ne tomber pas dans une victimisation de mauvais aloi qui ferait de l'has been un héros.
Le résultat parle de lui-meme.

Si vous ne connaissez pas ce triste règne, abstenez-vous d'en parler.

Écrit par : Minette | 16/12/2009

"Cela ferait donc seulement 30% des Suisses(esses) pour l'initiative..."

Vous pouvez toujours rêver. Un sondage, au bulletin secret, qui réunit un échantillonage, fut-il aléatoire, de 2,5 millions de personnes fournit des résultats qui peuvent sans autre être extrapolé à l'entier d'une population de 5 millions de votants.

En outre, le rejet de l'islamisation a ceci de bien qu'il ne peut croître avec le temps. De ce point de vue, le recours de Ouardiri aux "juges étrangers à nos vallées" de Strasbourg a déjà un effet dévastateur sur des gens qui ont voté NON à l'initiative, je l'ai constaté en Suisse romande et en Suisse allemande.

C'est que les musulmans, c'est plus fort qu'eux : "...excusez le terme, je vais utiliser un terme très vulgaire, font chier...", comme l'a dit l'un d'entre eux, Abdelwahab Meddeb, sur les ondes de la Radio romande, le 3 décembre.

Écrit par : Scipion | 16/12/2009

@Scipion.

"...je l'ai constaté en Suisse romande et en Suisse allemande", déjà? si rapidement? Alors que le recours date d'une petite journée seulement? Diable! seriez vous de l'étoffe du Prophète qui vola de Médine à Jérusalem en une seule nuit?

Écrit par : Azrael | 16/12/2009

Crinor, j'aime bien votre raisonnement. Quelques terminologies un peu trop affirmatives, mais bien pensé dans son ensemble.

Écrit par : Nicolas | 16/12/2009

"...je l'ai constaté en Suisse romande et en Suisse allemande", déjà? si rapidement?"

Vous ne connaissez pas un bidule qui s'appelle le téléphone et qui a été inventé par un dénommé Graham Bell, dans les années 1870 ? A la suite d'un certain nombre d'amélirations, il est devenu d'usage courant depuis quelques décennies maintenant.

C'est de cette invention que je me suis servi hier soir et ce midi, pour contacter des connaissances qui avaient voté non, et dont quelques-unes ont des situations qui les mettent au contact permanent du grand public. De ce qui m'en est revenu, il appert que le recours de Ouardiri a des effets dévastateurs, je le répète, en particulier en Suisse allemande.

Pour qui se servir des outils que le progrès a mis à notre disposition au cours des cent dernières années, il n'y a rien d'extraordinaire dans l'observation que j'ai pu faire.

Par curiosité : ça vous dérange que la démarche de ce monsieur pas de souche choque des Suisses de souche, qui ne lui étaient pas a priori hostiles ?

Écrit par : Scipion | 16/12/2009

"la véritable question soulevée par la votation (et pas seulement celle-ci) est comment gérer un conflit entre deux décisions démocratiques, l'une en vigueur, l'autre nouvelle."

Pour qu'il y ait conflit, il faut commencer par admettre que l'interdiction de construire un minaret est une atteinte à la liberté religieuse.

Mais alors il faudrait peut-être aussi admettre que l'interdiction des crucifix dans les écoles italiennes, par la même CEDH, est elle aussi une atteinte à la liberté religieuse.

Il ne me semble pas que les commentateurs aient déjà creusé dans cette direction : ils pourraient fort bien se retrouver coincés par eux-mêmes les guignols judiciaires de Strasbourg.

Écrit par : Scipion | 16/12/2009

Comme Scipion, je constate un nombre croissant de commentaires hostiles aux instances européennes et à ceux, plus ou moins bien de chez nous, qui rêvent de voir la Suisse condamnée par ces même instances qui feraient mieux de s'occuper de vrais scandales. Cohn-Bendit a fait très fort à Infracourge mais ses attaques ont eu l'effet inverse à celui recherché. On voyait en lui un repenti de mai 68 assez sympa, désormais on le vomit. Si vous avez écouté la RSR ces derniers jours, il n'a pas pu vous échapper que les journalistes, qui semblent jouir de voir notre pays attaqué, remettaient tous les jours sur le tapis l'adhésion de la Suisse à l'UE, ce qui aura le même effet que Ouardiri: Il y aura de plus en plus de Suisses hostiles à une UE vue comme une dictature.

Écrit par : Emigré | 19/12/2009

De mon ressenti personnel et vu les discussions dans la rue, je dirais que si le peuple devait revoter cette initiative, il y aurait encore plus de gens pour interdire les minarets.

La totalité des gens avec qui j'ai discuté qui ne sont pas aller voter, parce qu'ils s'en foutent en tant que tel des minarets, m'ont assuré être dégoutés par les ingérences de l'ONU et autres pays critiques, et iraient voter dans un nouveau cas.

Tiens, refaites le vote sur l'adhésion à l'ONU maintenant que nous avons vu ce que c'est que d'y être, je vous parie 65% de refus d'adhésion. Déjà que comme la TVA, il a fallu faire voter le peuple plusieurs fois avant d'arriver aux fins qui plaisent aux élites.

Et ce qui est sur, c'est que nous sommes tranquilles pour 10 ans, jamais les politiques ne voudront redemander l'adhésion à la CE dans le climat actuel.

Ceci n'est que mon ressenti, personnellement à peu de choses près je me fous de tout cela, il n'y a que la burqa de ma Coop de quartier qui m'insupporte hautement; même pas en tant que signe religieux ou autre, mais parce que la personne dessous ou dedans est une vraie chieuse avec les pauvres vendeuses.

Écrit par : Greg | 19/12/2009

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