18/01/2010

Une guerre propre, durable, renouvelable

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(Chronique parue dans le Nouvelliste du 16 janvier 2010)

Dans l’affaire des ex détenus de Guantanamo, le Conseil fédéral se voit sommé par le parlement de choisir : déclencher contre la Suisse la colère de la Chine ou bien celle des Etats Unis. On croit rêver, on se pince, on ne rêve pas. S’il fallait un indice apte à mesurer l’ampleur de l’échec de la politique étrangère conduite par Madame Calmy-Rey, l’absurdité du guêpier de Guantanamo, dans lequel la Suisse s’est spontanément précipitée, serait sans doute suffisant à élever au rang d’art majeur cette caricature des errements de l’abandon de la neutralité.

Car c’est en s’acharnant à tuer la neutralité, sous prétexte de la rendre « active », que le Conseil fédéral est parvenu à priver la Suisse de la boussole qui guidait sa politique étrangère lorsque ce pays en avait une. Sans orbite propre, la Suisse vit désormais un destin de satellite,  volontairement exposé aux aventures des puissants,  sommée de choisir son camp, de s’aligner : sur la raison du plus fort.

Pourtant la Suisse aurait une mission, une vraie, à l’aube d’un siècle qui a choisi de confier ses espoirs de paix au principal chef de guerre de la planète en décernant un prix Nobel préventif, comme il y a des guerres préventives, à un président américain en partance pour l’Afghanistan. Bon communicateur, Obama a promis une guerre « propre », ce mot magique et tellement dans l’air du temps qu’il anoblit tout ce qu’il touche. A l’image des nouvelles technologies, la guerre de demain serait donc propre, c'est-à-dire durable et renouvelable. Bon public, le monde a applaudi, avec au premier rang la Suisse officielle, tout sourire, alignée.

La Suisse doit rapidement sortir de ce rang et renouer avec sa vocation, il en va de sa survie. Se repositionner politiquement, en tant qu’Etat neutre et indépendant, dans un monde devenu multipolaire, où la Suisse offrira à des blocs rivaux  de nations, réunies par des géographies et par des histoires, les prestations de bons offices que seule permet la neutralité. En un mot faire au XXIème siècle ce que la Suisse a toujours su faire : inventer une voie suisse, propre à l’époque, hier utile à l’Europe, demain utile au monde. Mais avant cela, changer de Conseil fédéral et de ministre des affaires étrangères.

 

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08/01/2010

2010, année héroïque

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 4 janvier 2010)

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Elles avancent, depuis la chute du mur, telles des plaques tectoniques condamnées à se heurter, un jour ou l’autre, dans un choc de feu et de gravats. Elles, c’est la plaque continentale européenne, d’une part, libérée de sa gangue à la fin de la guerre froide, enivrée de mondialisation, s’ébrouant dans le détroit de l’histoire d’un siècle nouveau qui lui lâche enfin la bride, pour un temps : Elargissement rapide à vingt-sept Etats, jadis divorcés entre Est socialiste et Ouest démocratique, entre Nord protestant, industrieux et Sud agraire, catholique ou orthodoxe. Approfondissement tout aussi rapide, de la Communauté économique à l’Union politique, du traité multilatéral au quasi Etat, avec constitution, parlement, présidence, monnaie et fonctionnaires. Plus petite par la taille, c’est d’autre part la plaque de la culture politique, en chemin, tellement proche de l’Europe par l’esprit, tellement éloignée de sa lettre ; on l’appelle la Suisse : fédéralisme, démocratie semi-directe et peuple souverain récusant les juges étrangers qui osent s’aventurer dans ses vallées.

L’affrontement des deux plaques était programmé. Il aura lieu en 2010. Sur un champ de bataille nommé « libre circulation des personnes ». Chacun savait que c’est là qu’on viendrait pour en découdre. Tôt ou tard, mais dès l’aube du siècle et à la baïonnette. On l’avait anticipé au point de lier à cette bataille six traités, d’importances variables mais déterminantes. Personne ne devait ignorer le sillon par où coulait le Rubicond : on y avait même dressé une guillotine, barrant l’horizon de son hombre noire comme un ciel d’apocalypse. 

Pour autant, personne n’était dupe : on n’arrête pas la dérive des plaques. Le compte à rebours avait commencé avant même que n’ait séché l’encre des traités signés. Le choc était inévitable. Entendez, dans les brumes de janvier 2010, résonner le cliquetis des armes. Les troupes sont réunies. Préparée pour ce jour, l’UDC ne s’étonne guère de se trouver là. En ordre de bataille, derrière son vieux général. Pendant toute l’année 2009, les légions de l’Union européenne ont pilonné la Suisse. L’immigration a atteint un seuil d’intolérance reconnu. Le chômage menace les jeunes et les anciens. Le secret bancaire est à genoux. Les traités d’entraides jetés aux hosties. Et les Suisses sommés par leurs voisins de renoncer aux inconvenances de leur démocratie. Il n’en fallait pas plus pour que l’année  2010 soit déclarée année de la riposte. Mieux vaudra ne pas être à côté de la plaque.  Bonne et heureuse année à tous !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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