23/02/2010

Le socialisme appartient au siècle passé

(chronique parue dans le Nouvelliste du 11 février 2009)

Même ses leaders le reconnaissent : le parti socialiste n’est plus en phase avec rien. Il y a l’évolution sociologique, bien sûr, qui fait du PS d’aujourd’hui un parti de bourgeois, bourgeois bohêmes, peut-être, bourgeois quand même. Des notables, instruits,  bien placés et bien payés dans lesquels la veuve et l’orphelin emblématiques n’ont pas la moindre chance de se reconnaitre.  Mais le pire c’est encore le siècle nouveau, dont la dialectique se passe parfaitement du socialisme qui n’en est ni la thèse et encore moins l’antithèse.  

Les temps sont révolus où le socialisme pouvait prétendre incarner à la fois l’idée de progrès et celle de protection sociale. Car l’idée de progrès aujourd’hui, et les socialistes y souscrivent sans réserve, s’incarne dans la construction européenne, la  primauté du droit international sur le droit des Etats et l’idée corolaire que la souveraineté nationale est soluble dans les perspectives de croissance du PIB. Pour faire sienne cette idée très libérale du progrès, le socialisme a dû répudier sa croyance fondatrice en une justice sociale qui résulterait de la planification étatique des économies nationales et se convertir au dogme des quatre libertés marchandes, circulation des capitaux, des marchandises, des services et des travailleurs, en posant un acte de foi irréversible et suicidaire : postuler que le marché, du seul fait qu’il serait unique, se mettrait à secréter de la protection sociale comme le foie secrète la bile.

Le socialisme appartient aux siècles passés, le XIXème pour la théorie, le XXème pour l’expérimentation.  Comme l’insecte enivré de nectar se laisse digérer par la plante carnivore,  les socialistes n’ont pas compris ce qui leur arrivait. Ou alors, ils s’en sont accommodés en jouissant des prébendes de l’élite. Ne fréquentant le peuple que lors des élections, qu’ils sont condamnés à perdre avec la régularité d’un métronome soviétique, dès  lors que les laissés pour compte de l’ordre libéral qu’ils ont cofondé ont compris que le progrès qu’ils cautionnent  consiste pour l’essentiel à priver l’Etat des moyens de protéger les travailleurs contre la malice des temps.

Entre une sociologie qui assèche sa base électorale et un siècle qui liquide son idéologie, le socialisme est déjà un fossile. Les plus grands élans de refondation n’y feront rien.

 

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Commentaires

Oui, oui, on a déjà entendu quelque chose de très approchant. C'était en 1989 et le penseur politique friedmanien Francis Fukuyama publiait son explosif "La fin de l'histoire et le dernier homme". Il y racontait que la fin de guerre froide et la défaite soviétique signalait une forme de fin de l'histoire avec la victoire finale du modèle américain et global, pour toujours. La pire critique à cette thèse absurde est venue de Fukuyama lui-même qui a déclaré, des années plus tard, que la fin de l'histoire est impossible et que la tension entre divers modèles de société existera toujours. Vous avez par conséquent 21 ans ou plus de retard, dans cette posture qui déclare que l'ennemi idéologique est définitivement mort. Les Américains, eux encore, ont un dicton simple et efficace pour vous répondre : It's not over until it's over. De crier victoire, sachant que celle-ci est de toute façon provisoire, fait de vous plus un naïf qu'un arrogant.

Écrit par : Michel B | 23/02/2010

@Michel: très bonne analyse et merci pour la référence à Fukuyama.

Le (trop) discret Hubert Védrine lui a d'ailleurs répondu dans sa brillante contre analyse "Continuer l'Histoire", que je ne peux que vous recommander.

Écrit par : Myriam | 23/02/2010

On ne peut que se marrer en imaginant qu’un démon vicelard et sadique pourrait balancer Karl Marx, prophète ès-paupérisation, au beau milieu d’un groupe de salariés de ce début de XXIe siècle…

Quand le hippie de Trêves a quitté cette vallée de larmes, il a laissé le prolo dans un logement insalubre, moisi, enfumé et mal chauffé, sans eau courante, mangeant de la viande cinq fois par an, crachant ses poumons à partir de 45 ans et mourant à 50, comptant sur le salaire de ses gosses de huit ans pour boucler médiocrement des fins de mois, qui commençaient aux alentours du 15…

Aujourd’hui, le même dispose d’une bagnole, et parfois sa damnée de la terre d’épouse aussi. S’il ne peut pas passer trois semaines au bord de la Méditerranée en été, et dix jours à la neige en hiver, c’est parce qu’il doit finir de payer son appartement en PPE ou sa villa « Ca m’suffit », dans la banlieue d’une grande ville ou dans la campagne avoisinante.

Le gamin ne travaille pas avant 18 ou 20 ans, parfois davantage, ce qui ne l’empêche nullement d’avoir des Nike, une console Playstation, un MP3, un téléphone portable, ainsi que dans sa chambre, parce qu’il a une chambre pour lui tout seul, un ordinateur et une télévision.

Et voici que ces pauvres socialistes non contents d'en être restés à des concepts du temps de Zola, se sont en plus figés sur un internationalisme imbécile qui leur interdit de répondre à l'exaspération légitime des gens face à une surpopulation, non seulement étrangère, mais encore allogène et "alterculturelle".

Écrit par : Scipion | 23/02/2010

"un internationalisme imbécile qui leur interdit de répondre à l'exaspération légitime des gens face à une surpopulation"

En admettant, pour les besoins de la rhétorique, que surpopulation il y a véritablement et que c'est effectivement là la source de ce que vous pensez être l'exaspération populaire (mais qui se limite à, disons, 28% de la population), pourriez-vous m'expliquer comment vous entendez régler ce problème durablement sans atteindre un accord avec vos voisins européens et avec les pays exportateurs d'émigrés. Autrement dit, pensez-vous vraiment vous en tirer tout seul, dans votre coin, quand bien même le problème est par essence international ?

Écrit par : Michel B | 23/02/2010

Si le prolo rupestre et néanmoins vaudois que dépeint Scipion (parce que du côté de Genève, la piaule pour l'ado se fait rare) a le niveau de vie qu'il décrit, ne serait-ce pas aussi, un tout petit peu, parce qu'il y a eu Marx et les socialistes ? Parce que dans une société parfaitement homogêne (donc uniformément blanche) et shootée à l'opium religieux, comme il l'appelle de ses voeux, croit-il un seul instant que les capitalistes auraient octroyé quoique ce soit s'ils n'y avaient pas été contraint par les luttes sociales ?
Maintenant, pour que le modernisme = la mondialisation fonctionne, il faut effectivement des instances étatiques pour contrôler et réglementer. Un Etat qui soit à l'échelle du monde, l'échelle nationale se révélant chaque jour davantage comme obsolette dans les faits, à défaut de l'être déjà dans les esprits.
Pas de bol, c'est juste le contraire du discours de l'UDC...

Écrit par : Philippe Souaille | 23/02/2010

"En admettant, pour les besoins de la rhétorique, que surpopulation il y a véritablement et que c'est effectivement là la source de ce que vous pensez être l'exaspération populaire (mais qui se limite à, disons, 28% de la population)..."

Je ne parlais pas de la Suisse, mais de la crise du socialisme en tant que courant idéologique, et non en tant que référence doctrinale d'un parti helvétique. Et je songeais principalement à la France et à l'Italie, en attendant le résultat des législatives hollandaises.

Je m'aperçois que j'aurais dû préciser. A priori, ça me semblait aller de soi, puisque je parlais d'une surpopulation allogène et "alterculturelle", qui ne correspond pas (encore) à une réalité de notre pays.

S'ajoute à cela, le fait qu'en Suisse, le PS est un parti de concordance, pas un parti d'alternance, ce qui redimensionne son rôle, le poids et la portée de ses prises de position comme de ses choix doctrinaux. Deux ou trois zidéologues peuvent s'agiter au sein du PS, mais le parti, lui, est impliqué dans la gestion du pays, ce qui ne laisse que peu de marge aux camarades Nimbus.

Écrit par : Scipion | 23/02/2010

"Si le prolo rupestre et néanmoins vaudois que dépeint Scipion (parce que du côté de Genève, la piaule pour l'ado se fait rare)..."

A ce qu'on m'a raconté le marxiste Grobet est pas blanc-blanc sur ce coup-là...

"... a le niveau de vie qu'il décrit, ne serait-ce pas aussi, un tout petit peu, parce qu'il y a eu Marx et les socialistes ?"

Bien sûr que non. Puisque le but de la bourgeoisie est d'accaparer toute la richesse, elle est obligée d'en redistribuer une partie aux prolétaires pour pouvoir la lui repiquer, parce que du moment qu'elle leur aurait tout pris, elle aurait plus du but, et elle s'emmernuierait ! Ca peut donc durer des siècles comme ça...

Écrit par : Scipion | 23/02/2010

"mais le parti, lui, est impliqué dans la gestion du pays"

Ce à quoi, manifestement, l'UDC, tout comme le FN, répugnent. Mais dans le cas de l'UDC, c'est une réalité. Deux ministres (virés, très stalinement), plein de communes, le plus grand nombre de députés. Et en dépit de tout cela, la rhétorique d'un petit parti d'opposition. Une de vos très, très nombreuses contradictions, qui me fait penser que votre victoire du 29 novembre, car ce fut la vôtre, vous desservira sur le moyen terme en vous offrant la toge prétexte que vous abhorrez tant.

Écrit par : Michel B | 23/02/2010

Si le socialisme appartient au siècle passé, la droite appartient encore et toujours aux nantis... Exemple: l'UDC à Blocher!
Ce que les partis, socialistes en tête, devraient retrouver (si jamais il l'avait eu) c'est une éthique réelle et non uniquement rêvée.

Écrit par : Père Siffleur | 24/02/2010

Il est vrai que ce retour d'anus et les relents nauséabonds qu'il engendre, pourrait nous faire douter de l'Humanité, aujourd'hui c'est à celui qui sera le plus brutal envers les plus faibles que les voix des "shootés" au nationalisme reviennent.

De là à prétendre que les grandes causes humanistes, défendues par l'International sont mortes... Un rêve de raciste qui ne durera que le temps d’une mauvaise digestion.

Il faudra vous y faire, vous les défenseurs des valeurs du "Moyen Age", les "Lumières" sont Socialistes et que vous le vouliez ou non, vous resterez et restez à tout jamais les défenseurs de la bigoterie, des croyances en des idoles stupides, et des valeurs nationalistes mal odorantes.

Écrit par : Earl | 26/02/2010

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