25/02/2010

Minder ou le peuple propriétaire

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 25 février 2010)

C’est sans doute inscrit dans le génome humain : quand tout le monde est propriétaire de tout, personne n’est propriétaire de rien. Et une nomenklatura chargée d’administrer le bien commun se comporte alors propriétaire effectif, la responsabilité en moins, en se goinfrant jusqu’à l’infarctus. Cette démonstration, les socialistes l’ont conduite jusqu’au dépôt de bilan, avec l’Union soviétique en 1991, puis jusqu’à l’asphyxie avec le clientélisme social européen. Or, voici que les dérives du capitalisme boursier en apportent leur propre confirmation. Quand le peuple des actionnaires est si nombreux et si diffus qu’il ne peut s’exprimer, sinon par des représentants bancaires ou institutionnels, la nomenklatura chargée de diriger les entreprises cotées en bourse ne tarde pas à se goinfrer, c’est humain, au nom de la « share holding value ». Socialisme orthodoxe ou capitalisme déviant, la négation des droits et des devoirs du propriétaire est au centre du problème. Elle doit donc être au centre de sa solution. C’est du moins ce qu’en pense, en substance, Thomas Minder et son initiative « contre les rémunérations abusives ». Renforcer les droits et les devoirs des actionnaires propriétaires face à l’administration et à la direction des entreprises cotées. Exiger un vote d’assemblée fixant la rémunérations des organes. Interdire les parachutes dorés. Empêcher la captation des voix par les institutionnels et les « nominee ». En clair, éviter qu’à peine élus, des oligarques cooptés s’empressent de conclure avec eux-mêmes des contrats leurs assurant d’avance des rémunérations garanties sur plusieurs années sans rapport avec les résultats annuels. Sur le fond, l’idée est bonne et répond aux préoccupations populaires du moment. A la forme, la Constitution fédérale n’est pas le lieu d’une codification du droit des sociétés. Tout comme la Constitution cantonale (les Genevois l’ont appris à leur détriment), n’est pas le lieu d’une codification socialiste du droit du logement. Rigide, imperfectible sans un passage devant le peuple, la voie constitutionnelle en ces matières signifie blocages annoncés et effets pervers garantis. Bonne nouvelle, Thomas Minder retirera son initiative si la réforme du droit de la SA préconisée par l’UDC est acceptée. Il suffisait de d’asseoir à une même table. Personne d’autre ne l’a fait. Les socialistes apprécient moyennement. Car ce qu’ils aiment chez Minder, ce n’est pas tant le renforcement de la propriété privée que ces blocages dont ils salivent par avance en contemplant la voie constitutionnelle.

Yves-007305.jpg

10:14 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | |

23/02/2010

Le socialisme appartient au siècle passé

(chronique parue dans le Nouvelliste du 11 février 2009)

Même ses leaders le reconnaissent : le parti socialiste n’est plus en phase avec rien. Il y a l’évolution sociologique, bien sûr, qui fait du PS d’aujourd’hui un parti de bourgeois, bourgeois bohêmes, peut-être, bourgeois quand même. Des notables, instruits,  bien placés et bien payés dans lesquels la veuve et l’orphelin emblématiques n’ont pas la moindre chance de se reconnaitre.  Mais le pire c’est encore le siècle nouveau, dont la dialectique se passe parfaitement du socialisme qui n’en est ni la thèse et encore moins l’antithèse.  

Les temps sont révolus où le socialisme pouvait prétendre incarner à la fois l’idée de progrès et celle de protection sociale. Car l’idée de progrès aujourd’hui, et les socialistes y souscrivent sans réserve, s’incarne dans la construction européenne, la  primauté du droit international sur le droit des Etats et l’idée corolaire que la souveraineté nationale est soluble dans les perspectives de croissance du PIB. Pour faire sienne cette idée très libérale du progrès, le socialisme a dû répudier sa croyance fondatrice en une justice sociale qui résulterait de la planification étatique des économies nationales et se convertir au dogme des quatre libertés marchandes, circulation des capitaux, des marchandises, des services et des travailleurs, en posant un acte de foi irréversible et suicidaire : postuler que le marché, du seul fait qu’il serait unique, se mettrait à secréter de la protection sociale comme le foie secrète la bile.

Le socialisme appartient aux siècles passés, le XIXème pour la théorie, le XXème pour l’expérimentation.  Comme l’insecte enivré de nectar se laisse digérer par la plante carnivore,  les socialistes n’ont pas compris ce qui leur arrivait. Ou alors, ils s’en sont accommodés en jouissant des prébendes de l’élite. Ne fréquentant le peuple que lors des élections, qu’ils sont condamnés à perdre avec la régularité d’un métronome soviétique, dès  lors que les laissés pour compte de l’ordre libéral qu’ils ont cofondé ont compris que le progrès qu’ils cautionnent  consiste pour l’essentiel à priver l’Etat des moyens de protéger les travailleurs contre la malice des temps.

Entre une sociologie qui assèche sa base électorale et un siècle qui liquide son idéologie, le socialisme est déjà un fossile. Les plus grands élans de refondation n’y feront rien.

 

Yves-007305.jpg

12:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook | |