10/03/2010

Schizoo

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(Chronique parue dans le Nouvelliste du 10 mars 2010)

Moins on a de rapports avec les animaux, plus on leur déclare un amour passionné. Avec, pour preuve de cet amour, une sensibilité orientée, un discours argumenté, d'apparence logique, mais délirant, soutenu par un réseau d'illusions. Les sociétés avancées développent, on le sait, un rapport à l'animal qui tient de la schizophrénie.

D'un côté, ces animaux de rente (les 99,9% des animaux avec lesquels nous avons commerce), chosifiés, industrialisés, à qui l'on ne demande qu'une seule chose: ne pas ressembler à des animaux.

C'est le cuir des chaussures, la graisse des cosmétiques, les poissons en bâtonnets au détour d'une assiette, toute trace d'empathie bannie, contraire à la consommation.

De l'autre, sans doute par compensation, il y a les animaux de compagnie, une infime minorité, instituée en personnes au point de leur vouloir donner des droits de partie dans les procès pénaux plus étendus que ceux accordés aux victimes, lorsqu'elles ne sont qu'humaines.

L a «schizoophrénie», ce dimanche, n'a pas passé la rampe et c'est tant mieux. L'avocat des animaux ne plaidera pas dans nos vallées. Ne pas se priver pour autant du seul bien qu'aura pu apporter cette coûteuse et vaine campagne: un brin d'introspection sur l'état de notre rapport aux animaux. Trop lointains pour nous toucher ou trop proches pour être vus, les animaux, ni choses ni personnes, nous ressemblent profondément.

Ils interpellent notre histoire, témoins de nos névroses, dépositaires de nos mémoires, «sans les animaux, le monde ne serait pas humain».

Enchaînés, comme nous, au besoin de vivre, le plus, le mieux possible, satisfaire des envies, éviter des souffrances, le plaisir, la peur, la mémoire, des êtres, des lieux, des circonstances, pour y revenir ou n'y revenir jamais, des méthodes, une logique, une pensée.

En les protégeant, c'est de nous que nous prenons soin, à nous que nous faisons du bien. Le lien à l'animal, comme amorce salvatrice d'une réconciliation espérée, avec cet humain malade de ne pouvoir aimer l'homme.

Amour des animaux ou réquisitoire contre l'homme? L'avocat, c'est certain, aurait été mauvais médecin.

 

11:11 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | |

Commentaires

Merci pour cette analyse très pointue. Ainsi vous aurez peut-être du plaisir à lire "l'effet Mowgli" (Jean-Luc Janiszewski) ou les écrits de Pénélope Smith, Carole Gurney, Marta Williams (la connexion perdue), Teresa Wagner, Jeri Ryan, autant de liens entre nous et les animaux...

Et si vous préférez des livres plus scientifiques, car il est vrai que notre rapport avec les animaux est plus qu'émotionnel, vous serez séduit par le livre de Pascal Picq (ami d'Yves Copens) "les animaux amoureux", basés sur leur biologie, ou encore des livres sur le sixième sens incompréhensible des animaux.

Quant aux avocats des animaux, nous avons fait un sacré pas en arrière, ils existaient au XVIème siècle!

Écrit par : NIN.À.MAH | 10/03/2010

Certes, mais dans un contexte totalemnent inverse puisque les animaux du Moyen Âge étaient traînés en justice où ils avaient à répondre de leurs crimes contre l'homme.

Écrit par : Yves Nidegger | 10/03/2010

Cher Maître,

Je comprends fort bien votre approche juridique, en ce qui concerne l'efficacité réelle pour obtenir un avocat pour animaux puisqu'en effet tout un chacun peut déposer une plainte officielle et engager tout simplement n'importe quel avocat souhaitant assurer la défense de l'animal maltraité, mais combien d'avocats acceptent cette délicate mission? Croyez-moi, expérience faite par une collègue, elle n'a pas trouvée facilement un avocat pour défendre sa cause, certains lui disaient ne pas vouloir s'affichés en tant qu'avocats protecteurs d'animaux, car cela nuisait à leur "brillante" réputation.....alors que nous proposez-vous d'autres, pour palier à ce problème?
Esmé

Écrit par : Esméralda | 12/03/2010

@Esméralda. Dans la mesure où la cruauté envers les animaux constitue en Suisse un trouble à l'ordre public, il revient aux autorités de poursuites pénales du canton où l'acte a été commis de soutenir l'accusation devant les tribunaux, comme elles ont à le faire en cas de trafic de drogue ou de violation des règles de la circulation par exemple. Contrairement à ce que les initiants ont affirmé, cela fonctionne. On remarque en outre que l'avocat cantonal des animaux du canton de Zurich, le canton qui a été pris comme modèle par les initiants qui voulaient rendre cette institution obligatoire dans tous les cantons, n'a apporté aucune plusvalue : il est vrai qu'il y a plus de procès de ce genre dans le canton de Zurich mais il est également vrai que ces procès aboutissent généralement à des acquittements, comme ce fut le cas pour ce pêcheur d'un brochet acquitté, à bon droit, à Zurich en pleine campagne pour l'initiative. Cela dit, il n'est pas exact que quiconque dénonce un cas de cruauté envers un animal serait autorisé à mettre en oeuvre un avocat privé pour soutenir sa plainte. Ni que l'on ne trouverait pas d'avocat privé pour se charger d'une telle cause, mes confrères sont prêts à tout.

Écrit par : Yves Nidegger | 14/03/2010

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