23/04/2010

De la « démocratie » en économie ?

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 23 avril 2010)

Or donc, les actionnaires d’UBS ont refusé la décharge. Un grand moment de ferveur, éditoriale, accessoirement populaire. Une révolte mais pas une révolution. Encore moins l’indice de cette «démocratie économique» qu’un Christian Levrat en mal de grand soir appelle bruyamment de ses vœux creux. L’exceptionnelle assemblée générale constitue en revanche une démonstration. Utile, précieuse même. En montrant que le résultat des votes d’assemblée peut être nettement différent, selon que l’ensemble des actionnaires sont mobilisés et prennent  la peine d’exercer leur droit de manière effective ou que, comme cela se fait d’ordinaire, ils y renoncent en laissant à une nomenclature proche des directions d’entreprises le soin de voter à leur place. C’est là précisément la thèse de l’initiative Minder «contre les rémunérations abusives»: rendre obligatoire la participation des actionnaires aux assemblées, au besoin par le biais du vote électronique, et abolir le règne des prête-noms. Mettre fin aux directions sans contre-pouvoir et aux systèmes de rémunérations à gogo qui en découlent par la restauration d’un contrôle effectif de la S.A. par ses légitimes propriétaires, les actionnaires. L’exception UBS, célébrée à tort cette semaine comme une révolution, deviendrait ainsi la règle.

On relève au passage cette ironie qui veut que ce soit à l’idée de «share holders value» que l’on doive ce système de rémunérations en self-service dont Thomas Minder invite les actionnaires précisément à prononcer l’oraison funèbre. Au nom de la morale, plus que de la «démocratie économique» à laquelle il ne croit pas.

Les assemblées d’actionnaires ne seront jamais à la démocratie que ce que le suffrage censitaire est au droit de vote universel. «One share, one vote», en aucun cas «One man, one vote», principe inacceptable en économie. Christian Levrat abuse donc des mots lorsqu’il fait miroiter la «démocratie économique» au bout du chemin. Un argument destiné à donner l’illusion du souffle prophétique à un Parti socialiste qui, depuis des lustres, ne respire plus qu’en vase clos l’air rance de ses idées mortes. Un argument dangereux au demeurant, qui ne manquera pas de se retourner brutalement contre son auteur auquel on reprochera de militer en corollaire pour un droit de vote politique proportionné à la taxation fiscale. Une idée qui pourrait être creusée par d’autres partis, plus proches de l’économie.

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