19/05/2010

Musa Selimi, coup de cœur ou coup d’intox ?

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 19 mai 2010)


Chacun a droit à un procès équitable. Même la Suisse. Ce ne fut pas le cas lors de la mise en accusation, par Kosovar genevois interposé, de la Suisse, de son droit et de ses juges dans la presse de la semaine passée. La poussière retombée, je le regrette pour ceux qui, de bonne foi, se sont laissé piéger. Musa Selimi est un clandestin qui a une bonne tête, le candidat idéal au casting des bons sentiments. Et puis, personne ne le conteste, sa situation est absurde. Il doit partir alors que, comme des milliers d’autres clandestins, ses deux enfants fréquentent l’école genevoise et que lui-même travaille. Dans un restaurant italien des Eaux-Vives où il donne satisfaction avec ce bonheur supplémentaire et décisif de compter parmi ses clients un chanteur populaire amateur de coups de cœur. Pour autant, son cas ne relève en rien du cas de rigueur.

 

On le sait, les rigueurs du droit suisse des étrangers n’imposent pas d’arracher quelqu’un, fut-il clandestin,  d’un lieu où il a fait de solides racines pour l’expédier en un autre lieu où il n’en aurait aucune. La  loi prévoit au contraire expressément le cas du clandestin de longue durée qui fait son « coming out » et voit son cas régularisé s’il démontre qu’il s’est intégré en Suisse, essentiellement par le travail, en même temps qu’il s’est désintégré de son pays d’origine avec lequel il n’a plus d’attaches, en particulier familiales. Lorsqu’en 2004, Musa Selimi recourt à cette disposition pour déposer à Genève sa demande de régularisation, il a une femme et deux jeunes enfants qui vivent au Kosovo où ils sont nés au début des années 2000. C’est dire qu’il entretient alors avec son pays d’origine des liens objectivement très actuels et très étroits. Conscient de la contradiction, Musa se présente aux autorités comme un homme sans famille vivant et travaillant en Suisse depuis les années 1990. Puis, en 2005, il fait venir clandestinement à Genève sa femme et ses enfants. La chose apparait, semble-t-il, en 2007. Le Tribunal administratif rend alors la décision qui s’impose :  le cas de Musa Selimi, qui a violé son obligation de collaborer loyalement à la procédure, ne relève manifestement pas du cas de rigueur.

 

A l’époque, sa famille ne vit en Suisse que depuis deux ans. Je sais, la version « coup de cœur » était meilleure pour l’audimat, croyez bien que je le regrette.

 

 

 

 

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