07/09/2010

Easyjet chez les soviets

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 6 septembre 2010)

« Ils font semblant de nous payer, on fait semblant de travailler » : le slogan des ouvriers polonais des années 1980 en lutte contre le régime soviétique emportait alors l’adhésion de tous. Par son humour rebelle et sa pertinence corrosive. Reprise par Easyjet et érigée en modèle d’affaires, la formule ne fait plus rire personne.

Parce que ces clients qui paient, et souvent cher, pour une parodie de service que la compagnie orange fait semblant de leur délivrer, ne font pas semblant. Eux. Parce qu’Easyjet est irréformable, ses annulations et ses retards s’inscrivent dans une culture d’entreprise, ils ne résultent pas de pépins opérationnels mais d’un choix. Stratégique. Easyjet est fondé sur le renversement des règles du marché : la mise en concurrence des clients entre eux plutôt que de celle des produits. Le « bon marché », produit d’appel puissant, n’est effectif que pour quelques uns par le biais d’un quota de places sacrifiées jetées en pâture aux plus rapides. Charge à la masse nombreuse des retardataires de rentabiliser le vol. Sous peine d’annulation. En payant au prix fort une prestation médiocre et incertaine qui n’aurait eu aucune chance si elle avait été soumise au règles ordinaires du marché.

L’opération fonctionne grâce à la position dominante que certains aéroports concèdent à Easyjet sur son marché. Captif. L’aéroport de Genève, qui a eu la faiblesse d’associer son nom à celui d’Easyjet pour compenser ses pertes lorsque Swiss l’a trahi, doit se trouver des partenaires de remplacement. Vite. Car le « grounding » est programmé. A position dominante correspond le cortège inévitable des tares autrefois typiques de l’économie soviétique : files d’attentes interminables, pénuries planifiées, mauvaise qualité des produits. Et surtout : mépris du client. A l’exemple d’un récent vol Lisbonne-Genève. Annoncé (mensongèrement) avec un retard de 50 minutes à l’embarquement. Alors que le vol était annulé. Queue soviétique (et inutile) au « check in ». Aveu d’annulation. Seconde queue plus soviétique encore (et tout aussi inutile) au « desk » présenté comme un passage obligé : « Le prochain vol est dans une semaine, si vous n’en voulez pas, voici une adresse internet pour des renseignements ». Au suivant.

On peut se permettre toutes les audaces, en économie de marché, sauf le crachat au visage de celui qui paie. Preuve qu’Easyjet n’appartient pas à l’économie de marché.

 

 

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Commentaires

Et que feriez-vous si vous, vous étiez victime - en tant que passager - d'une annulation de vol ? Un coup de force contre les responsables et intervenants d'EasyJet locaux à l'aéroport où vous êtes bloqué ? Que recommandez-vous?

Écrit par : Denise Park | 08/09/2010

Ben tout simplement eviter de prendre EasyJet, payer un peu plus cher et prendre une compagnie traditionnelle avec le risque de devoir prendre une correspondance dans un grand aeroport d'Europe (HUB) du type Zurich, Londres, Paris ou Francfort. En cas d'annulation il y a beaucoup moins de problemes, il y a normalement une meilleure desserte (possibilite de prendre un autre vol la meme journee) ou de vous rediriger sur une autre compagnie partenaire.
Je dis ca par experience.

PS desole pour l'absence d'accents, j'ecris depuis un ordinateur depourvu d'accent.

Écrit par : David | 08/09/2010

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