20/09/2010

Taisez vous, Ramadan !

 (Chronique parue dans le Nouvelliste du 20 septembre 2010)

Infrarouge du 14 septembre 2010. Le jeûne du Ramadan est à peine terminé que la TSR nous ressert entre poire et fromage une heure, une, de prédicateur musulman du même nom. Pouce ! On en a soupé. De ce discours, prévisible à mourir, mil et une fois susurré à l’oreille des téléspectateurs : les vertus «préventives» de la lapidation. Assez. De ce sophisme ritualisé par lequel un Kafka atone et barbu vient à la fois se présenter comme une autorité morale et refuser de poser un regard moral sur la pratique barbare censée être l’objet du débat. Avec cet argument rance à faire tomber les chaussettes qu’au fond, cette pratique n’existerait pas. Ou pas vraiment. Ou que sur le papier. Que la lapidation serait à comprendre comme une grâce pédagogique de la part de l’Islam. Destinée à détourner le pécheur de ses mauvais penchants. Par la menace d’un châtiment atroce, et là résiderait sa très grande vertu, mais impossible ou « presque » à mettre en œuvre. Tant les conditions théoriques posées à son exécution par la loi « divine » seraient difficiles à réunir. Personne n’est obligé de poser un regard moral sur une impossibilité. On ne condamne pas une institution qui n’a pas vocation à s’appliquer. On ne juge pas un fantasme. Et d’autant moins lorsque, comme l’explique Ramadan, ce fantasme aurait la vertu avérée de détourner les Musulmans du péché d’adultère. On n’affaiblit pas un message de prévention.

Et personne pour mettre en évidence le caractère paralogique des propos hors sujet du zélateur mou. Personne pour animer le débat, lui reprendre la parole lorsqu’il digresse et qu’il appelle au jihad. Personne pour faire observer que l’émission ne porte pas sur une impossibilité théorique. Mais sur une pratique. Très actuelle et très concrète, consultable en ligne sur « youtube ». Pour relever ensuite qu’un châtiment réputé impossible à appliquer ne ferait peur à personne. N’aurait aucun effet dissuasif. Qu’en clair, la défense de la lapidation au motif de vertus « préventives » attachées à un châtiment « impossible » est  une insulte à l’intelligence. Que Ramadan le sait très bien. Qu’il n’est pas venu expliquer une position. Mais allumer une mèche. Celle de la haine des communautés. Qu’il est là pour inciter au rejet de l’Islam. En liant les Musulmans qu’il prétend représenter aux images atroces de ces visages réduits en bouillie au moyens de pierres calibrées pour provoquer une mort aussi lente que possible. La TSR joue aux apprentis sorciers. Taisez-vous Ramadan !

 

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10/09/2010

Affaire Selimi : Madame Rochat, sortez de votre silence !

 

 

 

Tel que relayé dans les médias ces deux derniers jours, le revirement supposé de l’Office fédéral des migrations (ODM) à l’égard de Musa Selimi est un désastre de communication. Car il laisse entendre qu’un jugement exécutoire du Tribunal administratif fédéral n’aurait eu aucun poids face à un chanteur populaire flanqué de deux parlementaires fédéraux. Et que la Suisse serait un Etat de droit à la tête du client. Dans le silence assourdissant d’Isabel Rochat, patronne pourtant de l’Office cantonal qui a délivré cette information, les médias et les citoyens en sont réduits à des suppositions.  La réalité n’est sans doute pas celle annoncée, un peu vite, par ceux qui auraient été mieux inspirés d’attendre la réception d’une véritable info avant de s’en faire le porte-voix. Car enfin, que sait-on du dossier ? 1) Que le Tribunal administratif a rejeté la demande de régularisation humanitaire des Selimis qui n’en remplissaient pas les critères. 2) Que cette décision est exécutoire. 3) Que l’ODM a dès lors fixé aux Selimis un ultime délai pour quitter la Suisse le 5 juillet 2010. 4) Que le Canton de Genève, autorité d’exécution de cette décision fédérale, ne l’a pas exécutée. 5) Qu’une campagne médiatique aurait conduit l’Etat de Genève à demander lui-même à Berne le réexamen du dossier. 6) Que des raisons de santé, nouvellement invoquées, auraient conduit l’ODM à revoir sa position. 7) Que l’avocat des Selimis n’est pas au courant. 8) Que le Canton de Genève aurait été autorisé à délivrer un permis de séjour aux Selimis. Madame Rochat, sortez de votre silence ! Confirmez ou infirmez, mais expliquez, cette information apparemment sortie de vos services. Que l’on sache dans quelle mesure la Suisse et Genève sont ou ne sont pas des républiques bananières.

 

 

 

 

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08/09/2010

Rentrée des classes dans les toilettes publiques ?!?

Charles Beer s’est opposé au renvoi des roms en situation illégale à Genève en promettant de scolariser leurs enfants. C’est chose faite : à l’école du sexe crade des toilettes publics de Cornavin ! Où un enfant rom de 13 ans, incité par sa famille, défraie la chronique  du 8 septembre en vendant son corps à de vieux messieurs. Pour 50 francs la passe : «Ça va? Oui. Alors on va au WC». Un vrai chef d’œuvre d’intégration par l’accès à la formation ! Combien sont-ils dans ce cas ? S’il voulait bien cesser, un instant, de ressasser ses idéologies mortes, Charles Beer pourrait  s’intéresser enfin aux réalités humaines et sociales du canton. Fermer les yeux, comme le fait le Conseil d’Etat, sur la présence de populations en situation irrégulière, ce n’est pas de l’humanisme. C’est de l’aveuglement. Et ouvrir sciemment la porte au crime et à l’exploitation programmée, c’est y participer. Alors que renvoyer chez eux ceux qui doivent l’être, c’est appliquer la loi du pays. Tout simplement. Plus jamais de rentrée des classes dans les toilettes publiques !

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07/09/2010

Easyjet chez les soviets

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 6 septembre 2010)

« Ils font semblant de nous payer, on fait semblant de travailler » : le slogan des ouvriers polonais des années 1980 en lutte contre le régime soviétique emportait alors l’adhésion de tous. Par son humour rebelle et sa pertinence corrosive. Reprise par Easyjet et érigée en modèle d’affaires, la formule ne fait plus rire personne.

Parce que ces clients qui paient, et souvent cher, pour une parodie de service que la compagnie orange fait semblant de leur délivrer, ne font pas semblant. Eux. Parce qu’Easyjet est irréformable, ses annulations et ses retards s’inscrivent dans une culture d’entreprise, ils ne résultent pas de pépins opérationnels mais d’un choix. Stratégique. Easyjet est fondé sur le renversement des règles du marché : la mise en concurrence des clients entre eux plutôt que de celle des produits. Le « bon marché », produit d’appel puissant, n’est effectif que pour quelques uns par le biais d’un quota de places sacrifiées jetées en pâture aux plus rapides. Charge à la masse nombreuse des retardataires de rentabiliser le vol. Sous peine d’annulation. En payant au prix fort une prestation médiocre et incertaine qui n’aurait eu aucune chance si elle avait été soumise au règles ordinaires du marché.

L’opération fonctionne grâce à la position dominante que certains aéroports concèdent à Easyjet sur son marché. Captif. L’aéroport de Genève, qui a eu la faiblesse d’associer son nom à celui d’Easyjet pour compenser ses pertes lorsque Swiss l’a trahi, doit se trouver des partenaires de remplacement. Vite. Car le « grounding » est programmé. A position dominante correspond le cortège inévitable des tares autrefois typiques de l’économie soviétique : files d’attentes interminables, pénuries planifiées, mauvaise qualité des produits. Et surtout : mépris du client. A l’exemple d’un récent vol Lisbonne-Genève. Annoncé (mensongèrement) avec un retard de 50 minutes à l’embarquement. Alors que le vol était annulé. Queue soviétique (et inutile) au « check in ». Aveu d’annulation. Seconde queue plus soviétique encore (et tout aussi inutile) au « desk » présenté comme un passage obligé : « Le prochain vol est dans une semaine, si vous n’en voulez pas, voici une adresse internet pour des renseignements ». Au suivant.

On peut se permettre toutes les audaces, en économie de marché, sauf le crachat au visage de celui qui paie. Preuve qu’Easyjet n’appartient pas à l’économie de marché.

 

 

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