23/11/2010

"Nous sommes tous des Lumengo!"

 François Lumengo, David Lumengo, Charles Lumengo, Pierre-François Lumengo, Marc Lumengo, Isabel Lumengo, et Michèle Lumengo, le Conseil d’Etat genevois devrait s’écrier comme un seul homme : « Nous sommes tous des Lumengo ! ». Car enfin, quel reproche a-t-il valu au conseiller national biennois d’origine angolaise de se voir condamné au pénal ?  Celui d’avoir, dans le cadre d’une élection cantonale, distribué à ses frères suisses de couleur des bulletins de vote sur lesquels il avait préalablement inscrit son propre nom. Favorisant ainsi son élection. Or c’est exactement cette méthode qui a permis aux quatre candidats de l’entente et aux trois candidats de l’alternative de se faire élire au Conseil d’Etat genevois en novembre dernier. Tous, comme Lumengo, on fait remettre aux électeurs des listes sur lesquelles ils avaient fait ajouter leur nom. Ainsi, les candidats radicaux et PDC ont inscrit leur nom sur la liste libérale. Les candidats libéraux ont fait de même sur les listes radicales et PDC. De même à gauche, Charles Beer a inscrit son nom sur la liste verte, alors que Michèle Kunzler et David Hiler faisaient de même sur la liste socialiste. La seule différence, et elle est aggravante, est que les Lumengo genevois ont fait imprimer leur nom par des moyens d'impression industriels alors que le biennois, artisanal, a procédé à la main. Ces listes, comportant un choix de vote préfabriqué, ont été remises aux électeurs à plus de cent mille exemplaires. Et ça a marché ! Comme dans le cas Lumengo, les électeurs ont pour la plupart utilisé ces bulletins préremplis. Votant ainsi pour des candidats choisis par d’autres qu’eux même. Comme Lumengo, ils ont été élus, au détriment des candidats qui n’ont pas voté à la place des citoyens mais ont sollicité leurs suffrages à la loyale, ne comptant que sur leurs mérites propres.  Aucun des candidats loyaux n’a pu rivaliser avec le système Lumengo genevois.

2.      C'est pour se prémunir de telles dérives que le canton de Zurich interdit depuis belles lurettes les bulletins pré-imprimés lors des élections à l’exécutif. Seuls des bulletins officiels, vierges, sont distribués aux électeurs qui doivent inscrire eux-mêmes chacun des noms retenus. Les Zurichois s’assurent ainis que leurs Conseillers d’Etat ont été choisis parmi des candidats dont les électeurs se sont souvenus du nom, et du programme. Plutôt que d’envoyer au gouvernement des personnes que les électeurs ont plus omis de biffer qu’ils ne les ont choisies.

3.     

4.    Pour tenter de rendre sa crédibilité aux élections genevoises à l’exécutif, l’UDC avait déposé le 26 novembre 2009 un projet modifiant la loi sur les droits politiques http://www.geneve.ch/grandconseil/data/texte/PL10602.pdf, qui a été balayé avec dédain par 59 voix contre 22 le 27 mai 2010. Gageons que la condamnation de Ricardo Lumengo quelques mois plus tard, le 11 novembre 2010, à une peine pécuniaire de dix jours-amende soit de nature à approfondir la réflexion des nos députés.

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18/11/2010

Le choeur des pleureuses fait un bide

On croyait qu’elles faisaient semblant. Simonetta Somaruga (contre l’initiative UDC, pour le contre-projet PLR) et Ada Marra (contre toute forme de renvoi) de ne pas comprendre le texte de l’initiative qu’elles combattent. On restait admiratif devant leur jeu d’actrices mélodramatiques. Les masques sont tombés hier, à l’entracte, lors de la publication du sondage SSR. Les pleureuses ne jouaient pas : elles n’avaient pas compris la pièce. Si Mesdames Marra et Somaruga avaient lu, ne serait-ce que le titre de l’initiative UDC, elles auraient su que les Suisses votent le 28 novembre sur le renvoi des étrangers criminels. Elles se seraient renseignées et auraient appris que les criminels sont des personnes condamnées pour un crime. On leur aurait expliqué que les crimes (meurtre, viol, brigandage, traite d’être humains, trafic de drogue, escroquerie, etc.), se distinguent des délits (article 10 du code pénal) par la peine de 3 ans de prison qui leur est attachée.  Elles auraient immédiatement compris qu’en matière d’abus à l’aide sociale, l’UDC veut le renvoi systématique des personnes qui ont été condamnées pour le crime d’escroquerie (montage astucieux visant à faire payer à quelqu’un un montant qu’il ne doit pas). Mais que l’initiative ne s’adresse pas à ceux qui ont omis de déclarer un revenu. Car ce second comportement n’est pas un crime. Mais un délit. Mesdames Marra et Somaruga auraient dû lire le texte de l’initiative avant de monter sur scène. Elles se seraient épargné les vocalises sur le thème du « jardinage au noir » (Ada Marra) et autres sonates sur l’ « omission de déclarer » (Simonetta Somaruga) qui n’ont convaincu, le sondage d’hier en atteste, ni la critique ni le public.  

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14/11/2010

Brûler l'hérétique, récupérer l'hérésie

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 13 novembre 2010)

Imaginez que vous m'invitiez chez vous et que je reparte avec l'argenterie après avoir violé votre petite soeur. Vous tiendriez à ce que les tribunaux me condamnent à la prison pour un nombre d'années proportionné à mon crime. Et vous ne me réinviteriez sans doute pas chez vous de sitôt!

C'est ce qui se passait en Suisse avant 2007. En sus de la peine de prison applicable à tout prévenu, le juge pénal prononçait l'expulsion de l'étranger criminel devenu indésirable. Au nom d'une conception soixante-huitarde de l'égalité de traitement, cette «double peine» est sortie du Code pénal suisse le 1er janvier 2007 en même temps qu'y entraient les fameux «jours amendes» et autres sursis automatiques qui font les très riches heures des criminels transfrontaliers, dont la seule crainte actuelle en regard du droit suisse actuel est celle de se blesser en se tapant sur les cuisses à l'évocation de notre catalogue de sanctions.

L'initiative UDC veut restaurer l'ordre ancien. En le systématisant. Une hérésie, aux yeux de l'élite politique suisse et de ses dogmes. Mais une hérésie qui a les faveurs du peuple, acquis à l'idée du renvoi des criminels. La réponse des tenants du statu quo est venue du PLR, plus apte que d'autres à s'inspirer des recettes historiques de son ancien ennemi intime, l'Eglise catholique: brûler l'hérétique, récupérer l'hérésie, la neutraliser en l'intégrant au dogme.

Par des obligations croisées d'intégration et d'expulsion, le contre-projet tend en effet à paralyser l'administration. En la soumettant à l'ensemble des normes, contraignantes ou non, du droit international et en offrant aux futurs candidats à l'expulsion un droit constitutionnel supplémentaire (le droit à l'intégration) à invoquer pour y faire échec. La Commission fédérale des migrations (CFM) ne s'y est pas trompée: le contre-projet diviserait par deux le nombre des renvois (400 selon Madame Widmer-Schlumpf) par rapport à la pratique actuelle (750 selon la CFM), alors que l'initiative UDC prévoit de doubler ce nombre (1400). Car avec le contre-projet, l'administration devrait continuer, avec des contraintes supplémentaires, son travail de Sisyphe consistant actuelllement à ouvrir dans chaque cas une procédure administrative, avec des voies de recours jusqu'au Tribunal fédéral, où elle doit faire la preuve de la dangerosité actuelle d'une personne dont le comportement récent n'a pu être observé qu'en prison et démontrer l'existence d'un intérêt public à l'expulsion qui soit prépondérant par rapport à l'intérêt privé de l'intéressé à s'y soustraire. Comme aujourd'hui, cette preuve sera apportée, mais trop tard, par la récidive que l'initiative permettra d'empêcher.

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