03/12/2010

Valais tragique

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 3 décembre 2010)

Rappaz Prométhée défie la loi de l'Olympe. Il a dérobé aux dieux le feu cannabis pour le donner aux hommes, dont il se verrait bien en fournisseur exclusif. Le Tribunal de Zeus l'a condamné: il est enchaîné au rocher, où un aigle chaque jour (de jeûne) vient lui dévorer le foie que chaque nuit, Hippocrate, sur ordre de Zeus, s'affaire à lui reconstituer. La souffrance du titan est sans issue.

D'autant qu'Héraclès ne viendra pas: le Grand Conseil a amendé la liste des douze travaux. Et c'est d'Hippocrate que vient le dénouement: il est Genevois, donc objecteur de conscience. Lorsque le garant de sa vie lui désigne une mort certaine, l'immortel titan agite un drapeau blanc.

Rappaz l'enfant est déchiré. Entre son besoin de protection et celui de dicter sa loi. De l'autorité qu'il défie, il exige une bienveillance infinie, des soins intensifs et une compétence absolue. Il y croit si fort, à cette autorité, qu'il met sa vie entre ses mains. Se prenant lui-même en otage, l'enfant attend, résolu, une boîte d'allumettes calée entre les doigts.

Au fond, il se rallierait bien à cet ordre protecteur. Pour peu qu'il soit capable de résoudre son dilemme. De déchiffrer son énigme. Pour peu que l'ordre renonce, juste pour lui, à la loi qui le fonde. Au nom de l'amour, inconditionnel, son ultime prétention. Lorsqu'il comprend qu'il s'est brûlé les doigts, l'enfant est pris de sanglots. Pleurs de peur ou pleurs de colère, cela n'importe plus.

Rappaz le taulard est un cas. Sans pareil pour exploiter les failles du système. La démocratie, dont il a appris à pousser la logique dans ses derniers retranchements. Jusqu'à l'absurde. Et en tirer un pouvoir dérivé. Oui mais voilà. Le Tribunal fédéral a dit la primauté du droit de l'Etat sur l'éthique privée. A raison. Les médecins ont dit leur refus d'entuber un malade contre son gré. A raison. Le Grand Conseil a refusé de gracier un impénitent. A raison. Du coup, la logique du taulard se retourne contre lui. Acculé dans ses propres retranchements. Jusqu'à l'absurde. Dont Rappaz soudain ne veut plus. Le taulard dit «pouce». Et tant pis pour la tragédie

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Commentaires

Tout le panthéon est donc réuni, mais pas les conditions...

Les protagonistes furent aussi tous réunis dans l'histoire du procès le plus inique de tous les temps.

Les Pharisiens dans le rôle du Grand-Conseil, dont celle qui fut grande-prêtresse cette année-là décréta qu'il "valais" mieux qu'un seul homme meure pour le peuple, pour que l'ensemble de la nation ne périsse pas. » Les Sadducéens dans le rôle des médecins, Ponce-Pilate dans le rôle du Tribunal Fédéral, Barabbas dans le rôle de sister Morphine&Cocaïne, la foule qui se range du côté de la Tradition, des larrons qui prennent conscience de l'inique procès, les discrets disciples qui attendent un vent meilleur et le feu sacré. Et l'histoire se passe à Sion, autre nom poétique et prophétique de Jérusalem. Jésus avait aussi transgressé la loi, offensé gravement les autorités : il avait même mis le foutoir au Grand Marché.... Comme dit le livre de l'Ecclésiaste : "Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil".

Écrit par : paradoxeduchat | 04/12/2010

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