12/01/2011

Schengen ou la frontière à sens unique

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 13 janvier 2011)

Acquis sur catalogue, sans essayage préalable, Schengen fait partie de ces mauvais achats que l’on retourne au fabricant pour non-conformité de l’article aux qualités promises. Avec, au passage, un blâme, voire une demande de réparation, à l’intention du détaillant indélicat qui a fourgué une camelote en promettant la qualité.

 

Le traité de Schengen est censé augmenter la sécurité du pays par l’interdiction des contrôles de personnes aux frontières « intérieures » et le transfert de la garde des seules frontières « extérieures » à une autorité supérieure,  présentée par le Conseil fédéral en 2005 comme plus efficace que nos gardes frontières d’alors, grâce à sa banque de donnée (SIS) et une coopération accrue des polices de l’espace. C’est ainsi que depuis deux ans, nos gardes frontières sont repliés, à l’exception de quelques aléatoires patrouilles volantes, sur les seules frontières « extérieures »  de l’Espace. C'est-à-dire, en Suisse, la zone non-Schengen des aéroports, qu’en fidèles mercenaires de leurs nouveaux maîtres, les Suisses gardent depuis lors, arme au pied. On respecte les traités.

 

Les gangsters, eux, les lisent les traités. A témoins, cette habitude nouvelle d’attaquer les banques genevoises avec des armes de guerre, en circulation apparemment assez libre dans l’espace de sécurité européen. Fait parlant : ces attaques ne visent pas les banques les mieux fournies en liquidités mais celles, plus petites, sises à quelques dizaines de mètres de cette frontière qui n’existe plus. Pour trois raisons conjuguées découlant du traité : 1) le passage de la frontière suisse est le seul endroit où il n’y aura pas de contrôle des personnes (interdits par Schengen) ; 2) sauf à être talonnés par la police cantonale, celle-ci ne franchira pas la frontière (franchissement autorisé si le fuyard se trouve dans le champ visuel du policier poursuivant) ; 3) aucune poursuite efficace ne s’organisera à temps côté français (la communication transfrontalière est aléatoire, le système SIS incomplet et les moyens français insuffisants). Ainsi, contrairement à sa promesse, Schengen n’a pas aboli la frontière mais érigé une frontière d’un genre nouveau, aux dépens de la Suisse : la frontière à sens unique. Qui garantit, comme jamais, l’immunité des gangsters qui savent se réfugier rapidement, pour s’y perdre, dans leur nouvel espace de sécurité européen.

 

Détaillants d’un même grossiste européen (Séguin), la droite et la gauche suisses ont fait, grâce à Schengen, la preuve leur absence de vision politique pour une Suisse en phase avec le monde d’aujourd’hui. Qui ne se résume pas à l’Europe des quatre libertés marchandes, même si l’UE détermine une part notoire de nos échanges économiques. Pour avoir considéré la sécurité et la souveraineté du pays comme elle considère le reste, c'est-à-dire comme des marchandises,  la classe politique suisse est parvenue, en 20 ans d’efforts depuis 1992, à installer durablement l’UDC dans ce rôle aujourd’hui le sien : la voix d’un peuple qui demande des comptes à ses élites. Bonne année 2011 !

 

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Commentaires

Schengen a de plus en plus d'ennemis ... le Front National se profile aussi contre !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 12/01/2011

L'espace Schengen a été accepté par le peuple, sauf erreur de ma part. Je croyais - comme le prétend votre parti - que le peuple a toujours raison. Alors comment faire comprendre au peuple qu'il s'est trompé ? Je suppose que l'UDC a un joker dans sa manche.

Ah, nationalisme, quand tu nous tiens...

Écrit par : Michel Sommer | 12/01/2011

M. Sommer,

Oui vous avez raison, Schengen a été accepté par le peuple mais il ne faut pas oublier que l'UDC nous a toujours averti aux risques de cet accord, de plus la propagande mensongère du CF et des partis politiques pro adhésion on fait pencher la balance.

N'oubliez pas, non plus que tous les partis ont payé les frais de cette aventure dans les élections de 2007 sauf l'UDC. Depuis ça avez-vous fait attention que les derniers votations (minarets et renvois des criminels étrangers), le peuple n'a plus voulu écouter la "raison" de ces partis et a voté contre? On peut dupé le peuple une fois mais pas une deuxième fois.

Sinon, M. Nidegger un grand merci pour ce texte. Et qu'on quitte au plus vite ce machin chose qu'est Schengen. D'ailleurs l'ONU aussi.

Écrit par : Hans Ruopp | 12/01/2011

@ Michel Sommer. Ce n'est pas un débat sur l'infaillibilité mais plus modestement, sur le point de savoir qui doit avoir, non pas toujours raison, mais toujours le dernier mot. Le gouvernement n'a pas toujours raison, ni le parlement, ni les juges, ni même le peuple. Mais en démocratie, l'ensemble des citoyens (dont le gouvernement, le parlement et les juges ne sont qu'une petite partie) a, ou devrait avoir, le privililége du dernier mot. L'UDC ne fait qu' adhèrer à cette opinion. Vous pas?

Écrit par : yves nidegger | 12/01/2011

Vous avez raison. On parle beaucoup de globalisation, mais rarement de globalisation du crime. Les entités qui profitent le plus de la disparition des frontières et des paradis fiscaux sont les criminels...

La sécurité, nous l'oublions, est un bien d'une valeur inestimable. Elle est déterminante pour l'économie et le bien-être et aussi la qualité des rapports entre les gens.

Il faut donc prendre ce problème très au sérieux!

Écrit par : Migleu | 12/01/2011

M. Nidegger, vous n'intéressez plus personne avec vos pleurnicheries, même-vous, à vous lire, on ressent chez vous, une grande lassitude.

Vous n'êtes pas un grand avocat et vous ne serrez jamais un grand politiciens, alors je vous conseillerais de, d'abord devenir un ténor du barreau et après on verras !

Écrit par : Corto | 12/01/2011

@ Corto

Et vous vous êtes qui? Un lâche, c'est certain car n'ose même pas signer ces critiques sur son vrai nom, il faut se cacher derrière un pseudo.

Je sais bien que M. Nidegger n'a pas besoin qu'on prenne sa défense car il sait se défendre tout seul mais c'est inacceptable des commentaires comme celui de "corto"

On n'a pas besoin d'être d’accord avec tous les propos de M. Nidegger mais on n'a pas besoin de lui insulter pour cela.

De plus M. Nidegger a le mérite d'être un élu, un Conseiller National et vous vous êtes qui?

Souvent ce sont les petits frustrés de gauche qu'aiment bien laisser ce genre de commentaire.

Soyez un élu au National et après ON VERRA!

Écrit par : Hans Ruopp | 12/01/2011

Non les mafias politico-bancaires ne m'attirent pas vraiment, quand à vous allez apprendre le français, pour rester à votre niveau.

Quand à la globalisation du crime, elle se passe dans les salons feutrés des banques suisses.

Écrit par : Corto | 13/01/2011

Du côté arabe, ça pète de partout et aucun réel soutient de l'Europe et de la Suisse, pour la Suisse, c'est évident, car vont suivre de nombreuses enquêtes internationales concernant les gigantesques fuites de capitaux de ces pays et également les complicités et instigations des gouvernements helvétiques successifs.

Les choses se sont accélérées ces dernières heures à Beyrouth. L’Iran, la Syrie et le Hezbollah étant conscients de leur échec à bloquer la justice internationale - confirmant par là même leur culpabilité - ont décidé de passer à la vitesse supérieure. Les ministres de l’opposition viennent de démissionner après avoir échoué à exiger un Conseil des ministres extraordinaire avec un ordre du jour dicté par le Hezbollah. Saad Hariri, qui se trouve à Washington, refuse ce diktat stalinien et reporte son retour au Liban.

Chacune des enquêtes faites par le tribunal international pointe la Suisse comme principal allié de la dictature syrienne.

Écrit par : Corto | 13/01/2011

Un avocat genevois, membre d'un parti idolâtrant un milliardaire zürichois, qui s'érige en porte-parole du peuple face aux élites... c'est émouvant, mais ça laisse un poil dubitatif. Si vous ne faisiez que représenter le sentiment spontané du peuple, pourquoi seriez-vous obligés de le convaincre à coup de millions dépensés en affiche et en communication?

Écrit par : Doc | 19/01/2011

Cher Doc, Vous évaluez à combien, en valeur, les campagnes adverses menées par le Conseil fédéral, les Chambres, les professeurs d'université cités à l'envi sur la prétendue incompatibilité des propositions udc en regard du droit international par une presse écrite et audiovisuelle unanimement rétive? Ne reprochez pas à l’udc d'être seule à devoir y aller de sa propre poche pour être entendue. D'autant que l'argent est, comme vous le savez, beaucoup plus massivement du coté des partis alignés sur économiesuisse et les quatre libertés marchandes que du côté de l'udc. Alors ne reprochez pas à nos (rares) millionnaires d'être moins radins que les leurs.

Écrit par : Yves Nidegger | 19/01/2011

Merci de votre réponse.

Sur la campagne des renvois, il ne m'a pas semblé qu'économiesuisse ait été particulièrement généreuse... De même, un Décaillet ou un Windisch ne me semblent pas tout à fait hostiles aux thèses de l'UDC - vous allez un peu vite en parlant d'unanimité. Mais bon, vous jouez la carte "l'UDC contre le reste du monde", ça vous permet d'accuser tous les autres partis de tous les maux de notre société... comme si l'UDC, premier parti de Suisse, n'y était pour rien!

Sur les campagnes, j'évalue que votre propagande capte un bon 80% de l'attention. Un succès marketing, qui comme tout bon marketing, s'adresse aux instincts, pas au bon sens. Votre message est simple, alors que la réalité est complexe. On a bien vu avec la dernière votation qu'un bataillon de conseillers fédéraux et autres profs d'uni ne suffisent pas à éteindre le feu que vous allumez. Mais je redoute que le bûcher dans lequel vous jetez Union européenne, droit international, pouvoir judiciaire (les juges sont laxistes blabla), tradition humanitaire, etc. ne finisse par échapper à votre contrôle et brûler la tranquillité et la prospérité qui nous sont chères.

Écrit par : Doc | 20/01/2011

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