09/03/2011

L'insoutenable légèreté d'en être

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 9 mars 2011)

Aboyer d'abord, réfléchir ensuite. Depuis que le Département fédéral des affaires étrangères a troqué la neutralité suisse contre le programme féministe des «Chiennes de garde», la Suisse s'active à mordre le facteur et à lécher les doigts des cambrioleurs, qui savent la prendre à rebrousse-poil et dans le sens des mèches. Deux infos du week-end en apportent l'illustration.

A l'image de ces potaches déboulant ventre à terre dans la cour de récréation pour s'assurer le premier rang sur la photo de classe qui, du coup, les immortalise genoux écorchés, le Conseil fédéral tenait coûte que coûte à ce que la Suisse fût le premier pays au monde à ordonner le gel des avoirs éventuels des proches du régime tunisien. Fort de cet objectif stratégique, le Conseil fédéral a adopté dans la précipitation une ordonnance du 19 janvier 2011 au contenu d'autant plus aléatoire que la Tunisie n'avait alors ni finalisé sa liste des cibles ni rien demandé à personne par ailleurs. Lorsque l'Union européenne eut repris à son compte la liste dressée entre-temps par les autorités tunisiennes, le DFAE a dû constater qu'il avait tapé à côté. Largement. Avec cette double conséquence que, mises en alerte par l'ordonnance, les vingt-trois personnes omises par le DFAE, soit la moitié des quarante-huit qui figurent aujourd'hui sur la liste corrigée le 4 février, avaient ainsi disposé d'une quinzaine de jours pour s'organiser. Et que les cinq personnes, qui ont été assimilées à tort à des proches du potentat et dont la réputation personnelle et commerciale a été ruinée sur l'internet par la Suisse, lui demandent aujourd'hui réparation. Avec un effet de surprise à la Rantanplan sur 48% des cibles et un taux général d'erreur de 58,3%, le bilan de la coupable précipitation du DFAE est d'autant plus impardonnable que la faute était, elle, évitable à 100%.

Contrairement aux déclarations officielles, la Suisse a bel et bien versé une rançon à Kadhafi, dont la prétendue «garantie bloquée» d'un million et demi n'est que la partie avouée à ce stade. Prise la main dans le sac de la rançon niée, madame Calmy-Rey rétorque en lançant, par presse dominicale interposée, un appel à la justice suisse, pour que celle-ci pense à poursuivre le preneur d'otage qu'elle a payé. Mauvaise diversion.

Etre ou ne pas être sur le devant de la scène: l'insoutenable légèreté de la diplomatie suisse pose pour le pays un risque-tout simplement excessif.

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Commentaires

L'UDC pourrait proposer un moratoire sur l'immigration, en profitant des révoltes arabes en Afrique, du moment, qu'est-ce que vous en dites, monsieur Nidegger ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 09/03/2011

Qu'est-ce qui est le pire ? Verser une rançon pour faire libérer des citoyens suisses détenus en otage ? Ou s'abaisser servilement en humiliant le pays lorsqu'on propose d'envoyer à M. Kadhafi la tête d'un élu du peuple avec du persil dans les oreilles, comme vous l'aviez dit à l'époque avec raffinement ?

Écrit par : Abel | 09/03/2011

@ Abel


Le pire c'est de payer une rançon. Se débarrasser le cas échéant de ploucs incompétents (et je ne parle pas QUE de Merz) est de loin moins humiliant et surtout promet de belles économies, fort utile en temps de récession, alors où est le problème?

Cependant et là je m'adresse à M. Nidegger, sachant que de toute façon on n'arriverai pas à négocier avec ce terroriste, aucun politicien n'a accepté l'idée d'arrêter arbitrairement Seif al islam (le très modéré) lors de son passage à Davos et de l'échanger contre les otages. Ce qui n'a rien de scandaleux, finalement, on pouvait certainement l'arrêter pour avoir traversé hors des clous...

Votre proposition M. Nidegger (et je l'ai entendue de votre bouche)? S'excuser discrètement!

Sans remettre en question l'incompétence profonde du CF dans cette affaire comme dans bon nombre d'autres, je constate que les meilleures solutions ne sont jamais appliquées au nom d'une soi-disant éthique!

C'est amusant, combien de fois aurait-on pu éliminer ce dictateur et sa clique?

Pareil pour Amadinejad!

Ceux qui tapent sur le CF feraient bien de baisser le poing vers le pantalon et de palper pour vérifier ce qui reste.

La seule solution dans ce cas c'est un grenadier et son fusil.

Écrit par : Dzodzet | 13/03/2011

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