08/04/2011

Les bourdons et la politique

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 8 avril 2011)

Quoique son propre pouvoir d'achat soit en lui-même dérisoire, le jeune enfant n'en constitue pas moins, on le sait, une cible marketing de tout premier ordre. De par sa faculté à peser, fortement, sur nombre de décisions de consommation. La politique n'y échappe pas. En témoigne le thème des "places de crèches" qui s'invite désormais systématiquement aux premiers rangs des campagnes électorales, municipales, fédérales et même cantonales. Ils sont nombreux, à gauche comme au centre du monde, à vouloir emboucher les trompettes d'un Manuel Tornare, vénéré depuis des lustres genevois et bien au-delà de son lointain PS, pour son légendaire salut romain "places de crèches!", emprunté à Michel Rossetti mais tellement plus sexy que le ringard "bonjour!" de ses concurrents largués en rase campagne électorale.

Des places de crèches, d'accord, il en faut. Un certain nombre. Mais de là à en faire le point G d'un programme, voire l'alibi d'un destin politique, il y a tout de même la distance ontologique qui devrait séparer l'humain de l'animal, même politique. Personne ne s'ôtera de l'idée qu'avec ou sans accent est-allemand, "un enfant, une place de crèche!" est un slogan de bourdon en campagne. Car, enfin, ce qui distingue l'être humain des animaux sociaux, ce ne sont pas les nurseries, dont les ruches et les fourmilières sont idéalement dotées (une larve, une place de crèche!), mais les familles, notion certes si mal en point qu'on en confie désormais la définition aux juristes, mais notion quand même, et fondatrice de civilisation, je vous prie, envers lesquelles l'Etat, même social, n'est redevable de prestations qu'intrinsèquement subsidiaires.

Il y va, entre autres choses, de la démocratie. Qui suppose une pluralité de vues, de traditions de pensées, d'histoires familiales, réunies par un pacte républicain juste assez fort pour les fédérer. Tout le contraire d'une fourmilière où l'ordre social procède d'un code génétique unique, d'une filiation exclusive, d'une seule hiérarchie, matriarcale, incontestée car incontestable. L'élevage mercenaire universel procède d'une vision autoritaire de la société : hautement planifiée (les mères au travail, les nurses aussi), hautement fiscalisée (deux revenus imposables valent mieux qu'un), hautement hiérarchisée (mandarins de la faculté en gardiens du temple), hautement socialisée (dès la naissance).

Doux comme le miel de la démission, "un enfant, une place de crèche" est un slogan de bourdon en campagne.

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Commentaires

A Vernier, pour les élections, le citoyen peut même choisir une liste intitulée:
Pour la jeunesse : 1 enfant = 1 place en crèche / 1 jeune = 1 emploi
Précisons qu'il s'agit d'une liste libérale, socialiste, verte, une Famille recomposée digne des grands moments de l'ère communiste. Pour rappel à tous ceux qui n'ont pas connu l'époque du rideau de fer, quand l'Etat était là pour s'occuper de vous de la naissance à la mort et que la famille, était considérée avec méfiance pour les velléités d'indépendance de pensée qu'elle risquait de susciter.

Écrit par : christina meissner | 08/04/2011

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