20/04/2011

Soleil vert

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 19 avril 2011)

Surprise. Lors de la session spéciale des Chambres fédérales, des parlementaires verts ont fustigé l'afflux en Suisse de trop nombreux immigrés: boucs émissaires désignés des maux environnementaux. Ah bon, s'est-on étonné dans les gazettes, les Verts entendent-ils mener campagne en braconnant sur les terres conservatrices?

Qu'on se rassure: il ne s'agit pas d'un retournement. Mais d'une position de fond, liée à la logique verte poussée dans ses ultimes retranchements.

Que l'on s'inquiète aussi: le pire est à venir. Fukushima a donné aux écolos l'audace d'un "coming out": ils ne sont ni humanistes ni philanthropes. Leur idéologie les prédispose au contraire à la misanthropie. En témoigne leur tout dernier logo "écopop": plus d'écologie = moins d'humanité.

L'idée n'est pas nouvelle. Au XVIIIe siècle, le bon pasteur Malthus enseignait déjà que l'augmentation de la population était néfaste au bien-être de l'humanité. Il préconisait la régulation des naissances. Au nom d'une morale humaniste, mâtinée d'arithmétique. Rien de tel chez les environnementalistes d'aujourd'hui. Qui s'inquiètent de la croissance démographique non pour ses effets sur le bien-être de l'humanité mais sur celui d'une planète, qu'ils ne considèrent pas en premier lieu comme l'environnement nécessaire de l'homme mais comme un être en soi, une divinité païenne (Gaïa), substrat accidentel d'une humanité devenue pléthorique et dont la divinité ne partage pas le destin.

Aux antipodes de l'humanisme, cette approche traite donc l'excès de population comme une maladie, dont la planète doit être guérie. Et les Verts de se voir en héros d'une guerre de libération: ils se comptent avant la bataille, exigeant que chacun choisisse son camp, avec eux ou contre eux, pour la planète ou pour la mort.

Car ils considèrent benoîtement qu'une partie de l'humanité serait... de trop. Laquelle? Des théoriciens environnementalistes américains ont déjà franchi le pas vers l'inhumain: l'humanité se divise en deux. D'un coté, il y a le monde développé, essentiellement occidental, moins peuplé et dont le taux de fécondité est inférieure au seuil de renouvellement, il a pour lui un rêve industriel déjà assouvi et une forte conscience écologique. De l'autre, le reste du monde, surpeuplé, caractérisé par une fécondité vertigineuse, une soif aveugle de développement et une surdité endémique à toute considération d'ordre écologique. Laquelle de ces deux humanités trouve-t-elle grâce aux yeux de Gaïa?

Mortifère, l'analyse écolo-démographique ne peut être porteuse d'aucune solution utile s'agissant des problèmes liés à l'immigration en Suisse. Ecopop est un alcopop: un produit qui procure une ivresse instantanée à ses adeptes, un sentiment irréel de maitrise et, au réveil, la formidable gueule de bois d'un lendemain qui déchante.

 

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08/04/2011

Les bourdons et la politique

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 8 avril 2011)

Quoique son propre pouvoir d'achat soit en lui-même dérisoire, le jeune enfant n'en constitue pas moins, on le sait, une cible marketing de tout premier ordre. De par sa faculté à peser, fortement, sur nombre de décisions de consommation. La politique n'y échappe pas. En témoigne le thème des "places de crèches" qui s'invite désormais systématiquement aux premiers rangs des campagnes électorales, municipales, fédérales et même cantonales. Ils sont nombreux, à gauche comme au centre du monde, à vouloir emboucher les trompettes d'un Manuel Tornare, vénéré depuis des lustres genevois et bien au-delà de son lointain PS, pour son légendaire salut romain "places de crèches!", emprunté à Michel Rossetti mais tellement plus sexy que le ringard "bonjour!" de ses concurrents largués en rase campagne électorale.

Des places de crèches, d'accord, il en faut. Un certain nombre. Mais de là à en faire le point G d'un programme, voire l'alibi d'un destin politique, il y a tout de même la distance ontologique qui devrait séparer l'humain de l'animal, même politique. Personne ne s'ôtera de l'idée qu'avec ou sans accent est-allemand, "un enfant, une place de crèche!" est un slogan de bourdon en campagne. Car, enfin, ce qui distingue l'être humain des animaux sociaux, ce ne sont pas les nurseries, dont les ruches et les fourmilières sont idéalement dotées (une larve, une place de crèche!), mais les familles, notion certes si mal en point qu'on en confie désormais la définition aux juristes, mais notion quand même, et fondatrice de civilisation, je vous prie, envers lesquelles l'Etat, même social, n'est redevable de prestations qu'intrinsèquement subsidiaires.

Il y va, entre autres choses, de la démocratie. Qui suppose une pluralité de vues, de traditions de pensées, d'histoires familiales, réunies par un pacte républicain juste assez fort pour les fédérer. Tout le contraire d'une fourmilière où l'ordre social procède d'un code génétique unique, d'une filiation exclusive, d'une seule hiérarchie, matriarcale, incontestée car incontestable. L'élevage mercenaire universel procède d'une vision autoritaire de la société : hautement planifiée (les mères au travail, les nurses aussi), hautement fiscalisée (deux revenus imposables valent mieux qu'un), hautement hiérarchisée (mandarins de la faculté en gardiens du temple), hautement socialisée (dès la naissance).

Doux comme le miel de la démission, "un enfant, une place de crèche" est un slogan de bourdon en campagne.

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