02/05/2011

Pâques à Tchernobyl

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 2 mai 2011)

Il est des commémorations dont on n'a pas le droit de se priver. Le Russe Dimitri Medvedev aux côtés de l'Ukrainien Viktor Ianoukovitch devant le monument aux morts de Tchernobyl vingt-cinq ans après l'explosion qui a pulvérisé 12 milliards de milliards de becquerels dans la nuit du 26 avril 1986 est de celles là. J'avais donc entrepris d'y assister. Bien avant que Fukushima ne place les catastrophes nucléaires sous le feu de l'actualité. Et ne s'invite dans les campagnes électorales de certains.

Dimitri Medvedev est très petit. On ne s'en frappe guère lorsqu'il pose avec Poutine, mais debout sous le soleil de Pâques, à côté du géant ukrainien, on ne voit que la différence de taille. Plus forte encore que Kohl-Mitterrand, main dans la main à Verdun, en 1984. Deux ans avant Tchernobyl, mais septante ans tout de même après la très meurtrière bataille. En Ukraine, seuls vingt-cinq ans ont passé depuis cet ordre de Moscou. Relayé par Kiev. De brûler les étapes au redémarrage du réacteur arrêté lors d'un test de sécurité. Mikhaïl Gorbatchev, l'actuel président d'honneur de Green Cross international, était aux commandes de l'Union soviétique. Depuis un an. Il n'était pas question de Glasnost. Ni de Perestroïka. Mais d'alcoolisme et de corruption. Le marxisme était indépassable. La productivité misérable. Face à l'Amérique de Reagan, il fallait travailler plus pour produire plus. D'électricité. Les responsables de la centrale ont objecté. Rappelé que leur réacteur était instable. Au démarrage. En vain. Tout est allé très vite. La réaction s'emballait à 1 h 23 et à 1 h 24 le réacteur explosait: 200 bombes d'Hiroshima de rejets radioactifs ont contaminé l'Europe. L'URSS reconnaissait le drame trois jours plus tard. Après que la Suède atteinte par un nuage radioactif en eut alerté la communauté internationale.

Je me suis rendu à Tchernobyl depuis la petite ville de Slavutich. Par le train. Avec les 3500 employés de la centrale. Qui ne produit plus d'électricité. Mais exige chaque jour d'importants travaux. De maintenance. Slavutich a été construite à la hâte pour conserver une main d'oeuvre et des compétences nécessaires à l'industrie nucléaire. Ses habitants sont des anciens de Pryat, la ville fantôme, hypercontaminée, évacuée dans l'urgence après la catastrophe. Le maire de Slavutich est catégorique: pas d'avenir sans nucléaire. L'Ukraine, du même avis, invite les Occidentaux à installer leurs centrales chez elle: vastes espaces, main d'oeuvre qualifiée et un savoir-faire, au besoin exportable, en cas de catastrophe...

Venus à Tchernobyl pour confirmer des convictions suisses, mes collègues parlementaires de gauche en sont repartis tous bleus. A force de se pincer. Verts de rage ou rouges de confusion, ils se ressaisiront. A temps. J'en prends le pari. Pour prononcer cet été des discours aussi lisses qu'univoques

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Commentaires

Témoignage à méditer, tant les informations qui y sont livrées sont multiples.

Description des personnalités en présence -russes,ukrainiennes,suisses-,des lieux et des conséquences de l'explosion.

Merci d'avoir livré ce message qui ne peut laisser indifférent. Vos propos obligent à la réflexion, ce qui, en soi, est toujours positif.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 02/05/2011

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