20/05/2011

Quel jury pour DSK?

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 20 mai 2011)

Or donc, c'est à un jury composé de 23 citoyens new-yorkais, tirés au sort, qu'il revenait de dire hier soir si le dossier DSK contient, ou non, suffisamment d'éléments à charge pour fonder une inculpation.

Les jurés ont statué à huis clos, après que les faits leur aient été exposés par le procureur de New York et que les témoins eurent été entendus. Par une majorité de 12 au moins, ils ont décidé qu’il y avait lieu (indictment) plutôt que non lieu (dismissal) d'ouvrir une procédure pénale contre DSK et sur quels chefs d'accusations parmi les sept proposés. DSK dira ensuite s'il plaide coupable ou non coupable pour chacun des chefs d'accusations retenus et la procédure ira son cours.

Le nombre des jurés qui composent une chambre d'accusation américaine varie selon les Etats. Le grand jury de New York en compte 23, dont 16 au moins doivent être présents lors du vote. Le principe de l'égalité des armes entre l’accusation et la défense voudrait que le jury de la chambre d’accusation, tout comme celui qui connaitra de l’affaire au fond, soit composé de personnes libres de toute prévention positive ou négative à l'endroit de la personne de l'accusé. Pas  facile à réaliser.

Comme c'est courant dans une affaire de viol, la défense de DSK se méfie des femmes, susceptibles d'identification forte avec la victime. Et des Afro-Américains, en raison de l'origine de la plaignante. La moitié des New-Yorkais blancs sont juifs, comme le prévenu, problème pour l’accusation.

Présumés hostiles à l'égard d'Israël, les New-Yorkais du Moyen-Orient pourraient verser dans le revanchisme. Tout comme les tiers-mondistes et les anti-FMI. Sans parler de la gauche radicale, anticapitaliste, anti social-démocratie, anti-caviar, ceux qui n'aiment pas les Porsche, ni les costumes en soie, ni les hôtels cinq étoiles, ni les vols transatlantiques en première ou le pied à terre à quatre millions de dollars. Exclus les profs de français, et tous ceux que l'art de vivre gaulois séduit à un titre ou à un autre. Exclus aussi les anti-Frenchies primaires, qui sont nombreux aux USA. Exclus les employés et ex-employées du FMI.

Au final, le jury doit être composé d'asiatiques mâles, immigrés de fraîche date, ne parlant pas encore la langue: les seuls dont l’opinion n’est pas gravement pervertie par une presse, qui ressasse cette affaire en boucle, en anglais et en espagnol, prononçant le verdict désirable plus de mille fois par jour. Des gens qui ne lisent pas les journaux, n'écoutent pas la radio, ne regardent pas la télévision, ne connaissent personne à New York, feraient un jury acceptablement neutre. De préférence sourds et aveugles.

Le procureur leur présentera le détail des faits, leur montrera les analyses ADN, leur exposera les éléments constitutifs de la typicité de chacune des infractions de droit pénal retenues en regard des moyens de preuves disponibles. Las défense fera de même. Ils trancheront. Comme ils ont tranché hier soir. Avec, en fond sonore, les médias commentant leur décision et anticipant la suite du procès.

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02/05/2011

Pâques à Tchernobyl

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 2 mai 2011)

Il est des commémorations dont on n'a pas le droit de se priver. Le Russe Dimitri Medvedev aux côtés de l'Ukrainien Viktor Ianoukovitch devant le monument aux morts de Tchernobyl vingt-cinq ans après l'explosion qui a pulvérisé 12 milliards de milliards de becquerels dans la nuit du 26 avril 1986 est de celles là. J'avais donc entrepris d'y assister. Bien avant que Fukushima ne place les catastrophes nucléaires sous le feu de l'actualité. Et ne s'invite dans les campagnes électorales de certains.

Dimitri Medvedev est très petit. On ne s'en frappe guère lorsqu'il pose avec Poutine, mais debout sous le soleil de Pâques, à côté du géant ukrainien, on ne voit que la différence de taille. Plus forte encore que Kohl-Mitterrand, main dans la main à Verdun, en 1984. Deux ans avant Tchernobyl, mais septante ans tout de même après la très meurtrière bataille. En Ukraine, seuls vingt-cinq ans ont passé depuis cet ordre de Moscou. Relayé par Kiev. De brûler les étapes au redémarrage du réacteur arrêté lors d'un test de sécurité. Mikhaïl Gorbatchev, l'actuel président d'honneur de Green Cross international, était aux commandes de l'Union soviétique. Depuis un an. Il n'était pas question de Glasnost. Ni de Perestroïka. Mais d'alcoolisme et de corruption. Le marxisme était indépassable. La productivité misérable. Face à l'Amérique de Reagan, il fallait travailler plus pour produire plus. D'électricité. Les responsables de la centrale ont objecté. Rappelé que leur réacteur était instable. Au démarrage. En vain. Tout est allé très vite. La réaction s'emballait à 1 h 23 et à 1 h 24 le réacteur explosait: 200 bombes d'Hiroshima de rejets radioactifs ont contaminé l'Europe. L'URSS reconnaissait le drame trois jours plus tard. Après que la Suède atteinte par un nuage radioactif en eut alerté la communauté internationale.

Je me suis rendu à Tchernobyl depuis la petite ville de Slavutich. Par le train. Avec les 3500 employés de la centrale. Qui ne produit plus d'électricité. Mais exige chaque jour d'importants travaux. De maintenance. Slavutich a été construite à la hâte pour conserver une main d'oeuvre et des compétences nécessaires à l'industrie nucléaire. Ses habitants sont des anciens de Pryat, la ville fantôme, hypercontaminée, évacuée dans l'urgence après la catastrophe. Le maire de Slavutich est catégorique: pas d'avenir sans nucléaire. L'Ukraine, du même avis, invite les Occidentaux à installer leurs centrales chez elle: vastes espaces, main d'oeuvre qualifiée et un savoir-faire, au besoin exportable, en cas de catastrophe...

Venus à Tchernobyl pour confirmer des convictions suisses, mes collègues parlementaires de gauche en sont repartis tous bleus. A force de se pincer. Verts de rage ou rouges de confusion, ils se ressaisiront. A temps. J'en prends le pari. Pour prononcer cet été des discours aussi lisses qu'univoques

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