07/07/2011

La Suisse est l’avenir de l’homme

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 27 juin 2011)

Toi qui n’es pas mort à Madrid, écoute les indignés d’aujourd’hui, Camarade. Là bas, sur la Plaza del Sol. Et ceux d'Athènes, où notre siècle saigne. Entends leur rejet de la Gauche. Et de la Droite. Détaillants d’un même grossiste. Européen. Coupable d'avoir tendu un miroir. Aux  alouettes. Entends leur rejet de la politique des politiciens. Et la soif d’une politique des citoyens : des élus intègres, des solutions locales, un contrôle démocratique. Direct. Le référendum et le droit d’initiative. A Madrid et à Athènes, la Suisse aurait de beaux jours devant elle, non ?

Toi qui vibre pour la Palestine, Camarade, écoute les indignés du printemps arabe. Entends leur répudiation des puissants de l’Internationale socialiste. Coupables d'avoir volé leur nation. D'avoir volé leurs espoirs. Ecoute cette soif de politique citoyenne : des leaders mais intègres, des solutions mais locales, un contrôle des appareils, mais directement  par le peuple.  A Tunis, au Caire, à Damas, la Suisse se présente comme l’avenir de l’homme.

Et Rome, Camarade, où le peuple vient de dire « non ». Par référendum, je vous prie : non à l’immunité des princes. Non aux lois faites sur mesures. Par les politiciens. Pour les politiciens. Un non qui claque au vent, comme un coup de feu nocturne sur la péninsule des arrangements. Où tout se négocie depuis des lustres. Droite, Gauche, entendues. A commencer par les chaines de télévision. Une au Parti communiste, une autre pas. Un non qui rappelle celui des Suisses. Le dimanche soir. 

Et toi qui crois en la terre, Camarade, celle de ceux qui la cultivent. Ecoute, les peuples du monde qui rêvent, à haute voix, de disposer, comme toi en Suisse, de leviers politiques. Capables de juguler, un tant soit peu, les vents brutaux de la mondialisation économique sortis de la boite de Pandore du droit international.

Alors, Camarade, admets le une bonne fois. Rester maître chez soi, ça ne procède pas d’une démarche de contemplation nostalgique d’un passé révolu ! Pas à Madrid, pas à Athènes. Ni à Tunis, ni au Caire, ni à Damas, ni à Rome. Ni dans les champs cultivés du monde entier. Ni en Suisse. Etre maître chez soi, c’est le moyen le plus actuel et le plus sûr, pour tous les peuples du monde, de se réconcilier avec eux-mêmes. Et d’assumer un destin politique.

Alors, vote Camarade. Tant que tu peux voter, vote. Et ne donne jamais, jamais aux juges le pouvoir de te dire ce sur quoi tu auras le droit (ou pas le droit) de voter. Crois en la démocratie directe, même en Suisse ! Et chante, avec Aragon ou sans lui, mais chante avec moi : La Suisse est l’avenir de l’homme.

 

 

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Commentaires

Dites-moi que je me trompe !
Vous êtes en train de nous expliquer qu’il vaudrait mieux que les pays européens et nord africains se referment sur eux-mêmes afin d’être à nouveau « maitre chez eux ». C’est bien ça ?
A l’heure de la mondialisation, de l’espace virtuel d’Internet, des voyages low-coast, de la démocratisation des transports et des communications, de la globalisation des marchés, des échanges interculturels, etc. etc. cette « vision »du monde me parait pour le moins surannée.
Ainsi, chaque pays en se repliant sur lui-même et en gérant de son côté ses petits (ou gros) problèmes sans tenir compte de la réalité du monde qui l’entoure serait tout à coup en mesure de mieux s’en sortir. Ben voyons !
Je veux bien qu’on cultive le simplisme chez vous (les partis populistes), mais bon là cela tourne au grotesque !

Écrit par : Vincent | 07/07/2011

Vincent,
Je crois que c'est vous qui êtes anachronique. Que je sache, la Suisse est l'un des pays les plus inventifs et les plus ouverts au monde, quoiqu'elle tienne à ses frontières et à ses différences. Ne restez pas bloqué sur le 6 décembre 1992, comme un passéiste moyen. Le monde a évolué depuis. Blocher et l'UDC avaient raison, seuls contre tous. D'accord, c'est difficile à avaler. Mais il vous faudra bien l'admettre un jour ou l'autre. C'est quoi, l'âge adulte d'une défaite: 18 ans, 19 ans, 20 ans?

Écrit par : Michael Kohlhaas | 07/07/2011

@vincent.Non, vous ne vous trompez pas, vous êtes hors sujet. Tout le monde sait (même vous) que la Suisse est à la fois un des pays les plus ouverts au monde et celui dont la peuple dispose des leviers institutionnels utiles à décider par lui-même. Vous feignez d'opposez des corollaires.

Écrit par : Yves Nidegger | 07/07/2011

Je pensais bien que vous n’alliez pas me donner raison mais cela n’empêche que je ne vous comprends pas, d’un côté vous écrivez que la Suisse serait donc l’exemple à suivre (là-dessus on est plus ou moins d’accord) et de l’autre vous dépensez une énergie folle à dénoncer tout ce qui va mal dans notre pays à cause des décisions prises et des valeurs prônées par d’autre que vous ?

Il faudrait savoir, la Suisse décline et les suisses doivent avoir peur de tout (et particulier des étrangers) comme votre parti le crie sur tous les toits ou au contraire tout va bien dans le meilleur des mondes parce que nous ne sommes pas alignés ?
Ce n’est pas clair votre affaire !

Écrit par : Vincent | 07/07/2011

Vincent,
La Suisse est le seul pays où le peuple exerce une réelle responsabilité sur sa destinée et où il a la possibilité d'influer sur le cours des choses par des moyens institutionnels (c'est-à-dire autrement qu'en faisant la révolution). C'est ce simple fait qui résout la prétendue contradiction que vous croyez voir dans la position de M. Nidegger. Ni l'UDC, ni M. Nidegger n'ont dit que tous devaient penser comme eux. En revanche, ils veulent que la démocratie inclue réellement le peuple dans les prises de décision. Et c'est bien ce que réclament tous les indignés et révolutionnaires d'aujourd'hui. Non?

Écrit par : Michael Kohlhaas | 07/07/2011

Je suis d'accord sur le fond de cet article (au style très hâché, tout de même). Je crois aussi que la démocratie directe est l'antidote au déficit démocratique en Europe, mais elle ne peut bien sûr être instaurée réellement qu'une fois les souverainetés nationales rétablies. Raison de plus d'attendre avec impatience la mort de l'UE.

Quant aux pays arabes, laissons-les trouver leur propre voie et arrêtons de penser que nos modèles sont transposables dans toutes les sociétés, y compris dans celles où la religion n'est pas séparée du politique (et ne semble pas près de l'être).

Écrit par : Christian | 09/07/2011

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