18/10/2011

A nous, tous les PrivilègeS

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 18 octobre 2011)

Un hôtelier de Brigue, dans cette même rubrique il y a peu, troquait ses habits frais de chroniqueur pour la pourpre lourde du chef de bande qu'il fut. Et dans un geste auguste où la senteur de la naphtaline le disputait à l'âcreté du verbe traduit, livrait à la vindicte populaire le parti du peuple suisse (30% des électeurs), coupable présumé par avance des hypothétiques baisses de subventions fédérales auxquelles le sursaut patriotique des partis bourgeois en faveur d'une armée de 100 000 hommes ne manquerait pas de condamner, selon lui, le peuple valaisan tout entier...

Superbe morceau de propagande, fondée sur la peur et la "bouc émissairisation" simpliste, que d'autres socialistes, plus ouvertement nationaux, n'auraient pas désavoué, c'est certain.

Le slogan 2011 du parti des petits copains est à ce propos tout à fait remarquable. Et exemplaire: "Pour tous sans PrivilègeS", caricature inversée de son auteur, le slogan du PS s'inscrit dans le droit fil d'une filiation de gauche qui se réclame des penseurs théoriques: ne jamais s'appliquer à soi-même les recettes que l'on préconise pour le salut de l'humanité. Pour écrire ses pages inspirées sur l'éducation, Rousseau n'a-t-il pas abandonné ses cinq enfants à l'assistance publique, dont on connaît le taux de mortalité effarant de l'époque? Pour critiquer l'esprit petit bourgeois, Karl Marx n'a-t-il pas fait un enfant (Frederick) à sa bonne (Helen) et forcé son ami (Engels) à le reconnaître? Pour fustiger le capitalisme et les banques, Bertolt Brecht, en révolte contre tous les pouvoirs sauf celui de l'Allemagne de l'Est, n'a-t-il pas ouvert un compte en Suisse? Pour chanter la liberté et la franchise conjugales, Sartre ne fut-il par le plus dissimulateur des compagnons doublé d’un amateur de vaudevilles à l'ancienne? Pour dépasser le capitalisme, DSK n'a-t-il pas pris la tête d'une institution de Bretton Woods, toute entière vouée aux fondamentaux de l'économie de marché? Pour fustiger l'influence d'une prétendue extrême droite, Bodenmann ne s’est-il inspiré des méthodes de Goebbels?

Il fallait qu’à Genève Salerno favorise Drahusak et offre à Garbani un salaire de cadre pour soigner son spleen aux HUG. Il fallait qu’à New York DSK trousse la bonne nègre. Et que l’Internationale socialiste cajole inlassablement les pires dictateurs d’Afrique et d’ailleurs. Il fallait, partout, ces armées des camarades favorisés pour que le PS suisse puisse, en toute légitimité, accoucher d’un grand slogan de campagne 2011 : Pour nous tous les PrivilègeS!

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