21/10/2011

Far West sur les blogs : La Tribune de Genève doit clarifier sa pratique

Dans un monde idéal, un journal qui se dote d’une version électronique interactive et d’une blogosphère propre élargit à bon compte son offre éditoriale par la publication de chroniqueurs talentueux, de commentateurs inspirés, de citoyens concernés, tous parfaitement conscients de la responsabilité civile et pénale attachée à l’usage public de la liberté d’expression. Un tel journal obtient ainsi une proximité accrue avec son lectorat, une meilleure identification au produit et donc de meilleures ventes.

Tout ceci est vrai également dans le monde réel, avec en plus la responsabilité civile et pénale de l’hébergeur éditeur lorsqu’il participe à la diffusion de textes contraires au droit. Car si les chroniques et les commentaires émanent le plus souvent d’intervenants respectueux des bonnes mœurs et de la loi, elles peuvent aussi déraper ou être le fait de quérulants d’autant plus prompts à déverser leur fiel sur le pauvre monde de la blogosphère qu’ils sont autorisés, à tort, à y pratiquer masqués derrière des pseudonymes qu’ils croient inviolables.

En matière d’atteintes à la personnalité, les nouvelles technologies ont brouillé les esprits en même temps qu’elles ont modifié les pratiques. Des lettres anonymes, que la rédaction de la Tribune de Genève ne publierait jamais sur papier, sont désormais diffusées en la forme de commentaires sous pseudos sur les blogs qu’elle héberge. Avec pour toute cautèle, cette incantation pathétique car sans réelle portée : «  Le contenu des blogs n'engage pas la rédaction de la Tribune de Genève ». A voir.

Rappeler aux bloggeurs que leurs écrits engagent leur responsabilité est un message sans doute vertueux et pédagogiquement nécessaire. Mais nullement suffisant à exonérer l’hébergeur de sa responsabilité de diffuseur. Ce d’autant moins que la Tribune, en déclarant tenir ses bloggeurs pour responsables, en cascade, des commentaires que des tiers viennent poster sur leurs pages reconnait au moins sa propre responsabilité, en cascade également, s’agissant des textes que les bloggeurs viennent inscrire sur son site.

Or, et c’est là que le bât blesse, lorsqu’un abus lui est signalé, le rédacteur Tribune responsable des blogs rejette candidement sa responsabilité de diffuseur en se bornant à renvoyer dos à dos la victime et l’auteur s’affronter en duel sur la toile. Inviter le lésé à en découdre plume au poing sur le blog litigieux de celui qui lui a porté atteinte est sans doute bon pour le spectacle et donc pour le business. Mais cette pratique digne du far West n’est ni adéquate ni responsable.

La Tribune doit en changer.

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18/10/2011

A nous, tous les PrivilègeS

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 18 octobre 2011)

Un hôtelier de Brigue, dans cette même rubrique il y a peu, troquait ses habits frais de chroniqueur pour la pourpre lourde du chef de bande qu'il fut. Et dans un geste auguste où la senteur de la naphtaline le disputait à l'âcreté du verbe traduit, livrait à la vindicte populaire le parti du peuple suisse (30% des électeurs), coupable présumé par avance des hypothétiques baisses de subventions fédérales auxquelles le sursaut patriotique des partis bourgeois en faveur d'une armée de 100 000 hommes ne manquerait pas de condamner, selon lui, le peuple valaisan tout entier...

Superbe morceau de propagande, fondée sur la peur et la "bouc émissairisation" simpliste, que d'autres socialistes, plus ouvertement nationaux, n'auraient pas désavoué, c'est certain.

Le slogan 2011 du parti des petits copains est à ce propos tout à fait remarquable. Et exemplaire: "Pour tous sans PrivilègeS", caricature inversée de son auteur, le slogan du PS s'inscrit dans le droit fil d'une filiation de gauche qui se réclame des penseurs théoriques: ne jamais s'appliquer à soi-même les recettes que l'on préconise pour le salut de l'humanité. Pour écrire ses pages inspirées sur l'éducation, Rousseau n'a-t-il pas abandonné ses cinq enfants à l'assistance publique, dont on connaît le taux de mortalité effarant de l'époque? Pour critiquer l'esprit petit bourgeois, Karl Marx n'a-t-il pas fait un enfant (Frederick) à sa bonne (Helen) et forcé son ami (Engels) à le reconnaître? Pour fustiger le capitalisme et les banques, Bertolt Brecht, en révolte contre tous les pouvoirs sauf celui de l'Allemagne de l'Est, n'a-t-il pas ouvert un compte en Suisse? Pour chanter la liberté et la franchise conjugales, Sartre ne fut-il par le plus dissimulateur des compagnons doublé d’un amateur de vaudevilles à l'ancienne? Pour dépasser le capitalisme, DSK n'a-t-il pas pris la tête d'une institution de Bretton Woods, toute entière vouée aux fondamentaux de l'économie de marché? Pour fustiger l'influence d'une prétendue extrême droite, Bodenmann ne s’est-il inspiré des méthodes de Goebbels?

Il fallait qu’à Genève Salerno favorise Drahusak et offre à Garbani un salaire de cadre pour soigner son spleen aux HUG. Il fallait qu’à New York DSK trousse la bonne nègre. Et que l’Internationale socialiste cajole inlassablement les pires dictateurs d’Afrique et d’ailleurs. Il fallait, partout, ces armées des camarades favorisés pour que le PS suisse puisse, en toute légitimité, accoucher d’un grand slogan de campagne 2011 : Pour nous tous les PrivilègeS!

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07/10/2011

Y-a-t ’il un percepteur dans l’avion ?

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 5 octobre 2011)

C'est un Etat, la Suisse, qui a tiré UBS de la faillite, c'en est un autre, Singapour, qui a obtenu le remplacement de M. Gruebel à la tête de la banque sauvée par l'argent du contribuable suisse. Depuis que la crise économico-financière a été déclenchée et propagée par les Etats-Unis de Monsieur Obama, un capitalisme d'Etat se profile à l'horizon.

Les Etats ne cherchent plus à dicter les règles, ni à se soustraire à l'influence des marchés mais à s'en servir pour asseoir des objectifs de politique intérieure. Ce capitalisme d'Etat, on le constatera bientôt, contrarie les objectifs et menace l'existence même du capitalisme entrepreneurial qui a fait la prospérité de notre pays. Derrière le masque du respect, purement formel, des procédures du Parlement, l'Etat fédéral s'oriente vers un dirigisme économique, potentiellement totalitaire. Le capitalisme d'Etat n'est pas une nouvelle idéologie, ni un nom de code, mais une dérive, sournoise, au plus haut niveau politique qui consiste à se faire réélire en acceptant la primauté des marchés sur l'action politique et à soumettre un petit pays aux lois des plus grands.

Madame Evelyne Widmer-Schlumpf possède sans doute la capacité de gérer un village grison, voire de diriger les finances d'un canton et de fonctionner comme présidente de la conférence des directeurs cantonaux des finances. EWS est un percepteur. A qui on demanderait en vain d'orienter le système financier suisse avec une vision de son futur économique et financier. C'est un tout autre métier, qui requiert d'autres qualités, qu'elle n'a pas, tout comme ne les avait pas non plus son prédécesseur, Hans Rudolf Merz, dont les démarches maladroites et malheureuses sont encore dans toutes les mémoires.

Tout ce qui fait entrer de l'argent dans les caisses de l'Etat est bon, et suffisant aux yeux du percepteur. Car cet argent permettra de corriger, par des mesures d'aides dont les électeurs sont toujours reconnaissants, les problèmes sociaux liés à de mauvais choix politiques, quels qu'ils soient. C'est ainsi que le percepteur pense utile d'attirer, par un deal fiscal intéressant, des entreprises étrangères qui s'installent avec leur personnel, qu'il faut ensuite loger et transporter, et qui n’engage pas un seul chômeur local, les salaires des postes uniquement subalternes créés sur sol suisse n'étant attractifs, compte tenu de la cherté croissante des infracteurs, que pour des personnes établies de l'autre côté de la frontière.

Ce n'est pas au percepteur qu'il faut demander de répondre aux questions de société. D'autant moins lorsque ces questions sont celles de savoir si l'Etat doit présumer la bonne foi de ses citoyens ou partir de l'idée que tous sont malhonnêtes et imposer un régime de persécutions. Ou encore si l'Etat doit adapter ses finances à ses recettes ou imposer ses excès à des contribuables corvéables à merci.

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06/10/2011

Genève menacée par une crise grecque ?

(Sécurité financière:  Commentaire d’actualité suisse n° 3 du 6 octobre 2011)

On dit qu’à l’inverse de la dette grecque, la dette suisse ne risque pas de couler le pays. C’est peut-être vrai pour la Confédération. Mais dans une canton comme Genève, la dette publique par habitant avoisine celle des grecs. Le Canton est-il aussi « too big to fail » ?

Depuis des semaines, la Grèce fait l’ouverture du téléjournal. Athènes : les ministres grecs préparent un xième plan de sauvetage. Bruxelles : Monsieur Papandreou négocie le soutien des Européens avec Monsieur Barroso. Paris, Berlin : Monsieur Sarkozy, Madame Merkel vendent le plan grec à leurs cabinets et parlements respectifs. Athènes : le peuple est dans la rue, le plan est quasi insupportable. Et l’exercice de repartir pour un tour. Et les téléspectateurs que nous sommes de compatir au malheur d’un peuple ami, quoi que si différent.

La crise grecque tient en trois mots : trop de dettes.

Fin 2010, la dette publique externe de la Grèce totalisait 579 milliards de dollars, soit 53'984 dollars par tête d’habitant (source CNBC).

La Grèce est un pays centralisé. Ce  n’est pas le cas de la Suisse, où coexistent une dette fédérale, des dettes cantonales et des dettes communales.

Fin 2010, la dette publique genevoise par habitant atteignait 32'427 dollars, soit 29'833 francs suisses au cours actuel (source UBS, « La Suisse en chiffres »). A ceci s’ajoute la dette fédérale par habitant, soit  15'277 dollars (14'055 francs suisses). La seule dette monétaire cantonale est ainsi de 47'704 dollars par habitant. A ceci s’ajoute la dette (variable) des communes. Et encore les garanties de paiement non couvertes données aux caisses de pensions du personnel de l’Etat : plusieurs milliards supplémentaires qui ramène la dette publique genevoise tout près du montant de 53'984 dollars de la dette grecque par habitant.

Les genevois vont-ils aller se faire voir chez les grecs ?

On vote le 23 octobre !

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03/10/2011

En flagrant délit, tout citoyen est sergent

« En flagrant délit, tout citoyen est sergent » tel est l’adage qui délimite la légitimité de l’action citoyenne face à un crime ou un délit en train d’être commis. C’est le réflexe de Tintin, journaliste de son état, qui n’écoutant que son courage, tire son Browning de sa poche révolver, arrête le malfaiteur en pleine action et le remet à Dupont et Dupond. C’est possible et pas seulement dans les bandes dessinées. Le citoyen est invité à agir en appui de la police, ou lorsque celle-ci est retenue par d’autres tâches, à la tripe condition de se trouver face à un délit (ou un crime, une contravention n’est pas suffisante), flagrant (c'est-à-dire en train d’être commis) et dans les limites de ce qui est strictement nécessaire à la remise du cas en mains policières.

C’est en vertu de cet adage, sans doute, qu’un groupe de citoyens légitiment excédés de voir jour après jour les escrocs au bonneteau détrousser impunément leur victimes sous leurs yeux, s’est senti inspiré à agir en supplétifs de la force publique défaillante. Las, le Grand Conseil genevois ayant institué le bonneteau en contravention, l’action de ces citoyens courageux ne peut se fonder sur un « délit » flagrant. Ne pouvant procéder légitiment à des arrestations citoyennes, les vigiles bénévoles en sont ainsi réduits à des rondes, plus dangereuses pour eux-mêmes que pour les malfrats, sans soutien aucun, et c’est le moins qu’on puisse en dire, de la part d’une maréchaussée plus anxieuse de conserver un monopole dont elle ne fait pas usage que d’augmenter sa présence sur le terrain.

Malgré la tendance à faire du trafic de drogue une contravention, cet acte reste un délit. Le vol à la tire aussi. De même le cambriolage, qui peut être un crime selon les circonstances. Il reste donc un vaste champ d’action pour les citoyens concernés.

Plutôt que de dissuader la légitime défense de ceux qui font preuve de courage, les autorités genevoises seraient mieux inspirées de remercier les citoyens en révolte contre l’insécurité et de les appuyer en rappelant publiquement les conditions, les limites mais aussi la vertu de l’arrestation citoyenne.

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01/10/2011

Barazzone, UDC refoulé ?

Personne ne conteste que Lüscher soit compatible avec l’électorat UDC. Le PLR n’avait pas besoin de pousser le bouchon jusqu’à crier Christophe sur ses bulletins de vote. Tout le monde sait bien que c’est à Zurich et non à Genève que Christoph Blocher est candidat. Mais bon. Voilà que le PDC fait mieux encore. En matière de sur identification à l’électorat UDC, ce n’est pas juste un prénom mais tout un slogan UDC que le parti à la vachette a repris sur ses culs de bus avec Guillaume Barazzone : « De la Suisse dans les idées » n’est autre que le slogan de campagne fédérale de l’UDC Genève en 2003 ! Et aussi le slogan qui m’a fait élire en 2007. Et donc le slogan avec lequel je me présente sur mon profile smart vote en 2011 ! Merci Guillaume de ce ralliement tardif. Mais pourquoi avoir attendu si longtemps ?

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