02/11/2011

Le centre, ce trou noir de la politique

(Chronique parue dans le Nouvelliste du 2 novembre 2011)

On entend dire que le centre serait sorti renforcé des élections fédérales du 23 octobre 2011. L'idée n'est pas fausse. Elle est absurde. Car le centre ne désigne rien en politique sinon la résultante, après le choc, d'une proposition de droite opposée à une proposition de gauche. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, de centre fort. Possible partout où deux idées adverses ont vocation à se croiser, le centre, qui n'est a priori nulle part, condamne ses incarnations au destin de girouette. Car le centre n'est pas un programme, mais une posture. Opportuniste. Qui consiste à laisser les extrémités affirmer leurs positions politiques et à se borner à y répondre en se plaçant à équidistance entre les unes et les autres. C'est la négation du positionnement politique. Si le "centre" devait, par impossible, formuler une idée propre, la dialectique qui s'engagerait avec ses contradicteurs placerait aussitôt ailleurs le centre du débat.

Comme les trous noirs attirent la matière, le centre attire les partis débutants et les partis décatis, qui ont en commun de devoir s'assurer un rôle politique avec quelques pourcent seulement de l'électorat. Que seraient l'UDC ou le PS avec le score du PBD, des Verts-lib ou même du PDC fédéral? Le non positionnement politique, c'est la certitude de se trouver, toujours, du côté du plus fort. Les victoires du centre ne sont pas les siennes propres puisqu'elles sont celles du camp auquel son ralliement a apporté la victoire. Mais qu'importe en regard de la certitude de ne pas connaître la défaite. Au Parlement, du moins. Car devant le peuple, que l'on croise rarement et jamais au centre, c'est autre chose. Un tel confort tôt ou tard devait faire des émules.

Paradoxalement, l'arrivée de nouveaux partis se réclamant du centre va augmenter encore la polarisation du Parlement, dont l'embouteillage au centre n'est qu'un épiphénomène. Car en quittant leurs familles d'origine pour une herbe plus verte, les dissidents de l'UDC et du PLR (BD et Verts-lib.) libèrent de leur présence les forces de droite qu'elles modéraient précédemment en y faisant office de contrepoids internes. Le Conseil national 2011-2015 verra donc s'affronter une droite et une gauche plus homogènes, recentrées sur leurs fondamentaux et en position de faire leur marché parmi une nébuleuse dispersée de mercenaires et de supplétifs qui se battront pour survivre en se vendant au plus offrant.

Appeler les radicaux de gauche, verts-libéraux, évangéliques et bourgeois démocratiques à venir s'embouteiller dans un trou noir politique, dont le centre serait le PDC, tient de l'appel au suicide collectif. Rendez-vous dans quatre ans!

 

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