03/01/2012

Le Conseil d’Etat règne mais ne gouverne pas

Dire des institutions genevoises qu’elles ne fonctionnent pas serait injuste. Elles fonctionnent. A l’envers : Qui doit servir, se sert. Qui doit être servi, est asservi. Qui paie obéit. Les TPG ordonnent, les usagers courent. Les locataires sont protégés. Contre la construction de logement. Les criminels aussi. Contre la police. Laquelle réserve ses rigueurs aux seuls honnêtes gens. Le Conseil d’Etat règne mais, comme la reine d’Angleterre, ne gouverne pas. Le pouvoir est aux mains des commis.

En matière de mobilité, ce sont les ingénieurs du trafic. Qui décident des options politiques. Autoriser les TPG à optimiser leur propre exploitation aux dépens des usagers : décision politique. Sacrifier les piétons au profit du transfert modal sur les places : décision politique. Paralyser le transport individuel par des aménagements malthusiens : décision politique. Liquider les résistants par une signalisation assassine : décision politique. Au final des milliers de décisions politiques que le Conseil d’Etat n’a ni annoncées ni préparées. Faute de les avoir prises, voire comprises. C’est au point que le gouvernement se dit surpris qu’on puisse lui demander d’assumer politiquement la cacade des TPG et l’asphyxie durable de la mobilité la plus chère de tous les temps.

En matière d’enseignement, c’est un quarteron de psys. Qui préside aux destinées du DIP. Socialiser plutôt qu’instruire : décision politique. Préférer le remplissage de fiches au talent des enseignants : décision politique. Ignorer le verdict des évaluations PISA : décision politique. Déboussoler les résistants (parents ou enseignants) par un état de réformes permanent : décision politique. Au final, des milliers de décisions politiques que le Conseil d’Etat n’a ni prises ni comprises. Au point que le gouvernement se montre surpris qu’on puisse lui demander d’assumer politiquement la génération d’illettrés la plus chère de l’histoire.

En matière de sécurité, c’est le règne des experts. Affirmer que l’insécurité est affaire de sentiment : décision politique. Laisser sonner le 117 dans le vide la nuit : décision politique. Déclarer l’automobile ennemi public numéro un : décision politique. Refuser de construire des lieux de détention en vue d’expulsion : décision politique. Décourager la légitime défense et l’arrestation citoyenne : décision politique. Laisser les syndicats de police prendre le pouvoir : décision politique. Au final, des milliers de décisions politiques que le Conseil d’Etat n’a ni prises ni comprises. Au point de s’étonner qu’on puisse lui demander d’assumer politiquement la loi de la jungle la plus chère du monde.

En matière de finances, c’est le règne des météorologues. La conjoncture est bonne, les comptes seront bons. Malgré le Conseil d’Etat, qui laisse filer la dette. La conjoncture est mauvaise, les comptes seront mauvais. Brillante prédiction. Fin 2010, la dette publique genevoise par habitant atteignait 32'427 dollars, soit 29'833 francs suisses. Avec la dette fédérale, 15'277 dollars par habitant (14'055 francs suisses), la seule dette monétaire cantonale atteignait 47'704 dollars par habitant. A ceci s’ajoute la dette (variable) des communes et les garanties de paiement non couvertes données aux caisses de pensions du personnel de l’Etat : plusieurs milliards supplémentaires. Au final, fin 2010, la dette publique genevoise par habitant s’apparentait à celle de la Grèce (53'984 dollars par habitant). Rien n’a été fait pour réduire cette dette en 2011. Pire, le budget 2012 prévoit plusieurs centaines de millions de déficit, donc de dette supplémentaire.

Gageons que les années de vaches maigres, qui s’annoncent durables, contraindront enfin Genève à répudier son régime de cour, voué à l’inauguration des chrysanthèmes, et à opter pour la République, prévue par la Constitution. Qui suppose qu’un ministre dirige et assume personnellement. Ou alors démissionne.

Bonne année 2012.

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Commentaires

et en francs suisses ?

Écrit par : Charly Schwarz | 03/01/2012

Excellent papier.

Par contre, pour le moral ça donne un début d'année catastrophique.

Écrit par : anonyme | 03/01/2012

@ Charly Schwarz,

Pour le FS multiplez par 0.92.

Écrit par : anonyme | 03/01/2012

Le Conseil d’État vit, mais se rend.

Écrit par : Pascal Décaillet | 03/01/2012

Excellente réflexion qui prête à sourire ou à désespérer ! Toutes ces pseudos décisions politiques révèlent un flagrant manque de discernement ou d'incompétence de ceux qui nous gouvernent lesquels ont pourtant été élus par le peuple.

Écrit par : Dominique | 03/01/2012

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