24/10/2012

L’Etat pervers

(Chronique parue dans le Matin du 19 octobre 2012)

La démocratie impose à l’Etat, chose publique, une évolution parallèle à celle des mentalités, chose privée. C’est sa vertu et son tendon d’Achille. Ainsi, au plan privé, les mœurs familiales ont-elles par exemple muté d’un régime de parents autoritaires, imposant leur modèle à leur progéniture, vers un régime de parents manipulateurs, où la séduction a remplacé l’autorité, pour aboutir aux parents pervers, qui disent une chose, en pensent une autre et en font une troisième. L’Etat a suivi, passant d’un régime autoritaire, où le citoyen doit obéissance à une règle édictée, à un régime de manipulation, où le citoyen est invité à la soumission, pour aboutir à l’Etat pervers, qui dit une chose, en vise un seconde et en fait une troisième. L’Etat manipulateur ? C’est celui qui, entendant par exemple rendre obligatoire le port de la ceinture de sécurité ou bien bannir la fumée des lieux publics, se garde bien d’édicter une norme contraignantes à cet égard avant de s’être assuré, par des campagnes de propagande ciblées, de l’approbation anticipée d’une majorité, fut-elle silencieuse, justifiant socialement la répression des futurs récalcitrants. L’Etat pervers ? C’est celui qui, motivant son régime de sanctions par l’intention déclarée de réduire les comportements socialement nuisibles n’en espère pas moins que les transgressions seront toujours plus nombreuses afin de couvrir le montant en constante progression qu’il inscrit annuellement sous la rubrique «contraventions» des recettes de son budget ainsi équilibré. L’Etat pervers, c’est aussi celui qui, partout en Europe, ment délibérément en annonçant des points de croissance impossibles du PIB dans le but de faire adopter des budgets qui comportent des rentrées fiscales boostées par une augmentation irréelle des recettes, fondées sur une augmentation bien réelle des taux d’imposition au prétexte vertueux d’un effort passager vers le retour à l’équilibre…

 

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Commentaires

Une citation du dramaturge est-allemand, Bertolt Brecht,
qui s'était ouvertement opposé au régime lors des événements de 1953:
 
« J'apprends que le gouvernement estime que le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ».
Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre? »

C'est la matérialisation de la perversité.

Écrit par : mauro poggia | 24/10/2012

pervers : Qui aime accomplir des actes immoraux.

Je sais pas quel a été votre enfance, mais manifestement, ca devait pas rigoler tous les jours.

Écrit par : Djinus | 24/10/2012

Djinus merci. Mon enfance était très heureuse. La perversion, et non la perversité, est l'art de détourner. Ici, les institutions de leur finalité.

Écrit par : mauro poggia | 24/10/2012

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